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Regards animaux par Isabelle Lambert

Isabelle Lambert, enseignante d’arts plastiques dans la Loire et peintre de talent, nous adresse  quelques images fortes de grands mammifères, qui formeront, par leurs regards singuliers,  une installation originale lors du Festival des Arts Foreztiers 2018.

Chimpanzé, panthère, loup, ours… Des œuvres peintes contemplent la femme qui les peint. Nous avons demandé à Georges Chapouthier, biologiste et philosophe,  spécialiste  de la relation animale (cf : Kant et le chimpanzé, éditions Belin, 2009) de réagir sur ces peintures étonnantes. Voici ses Réflexions sur les peintures d’Isabelle Lambert, envoyé quelques heures après avoir reçu les images :

« Point n’est besoin de souligner l’extrême ambiguïté qui a, depuis toujours, guidé les rapports de l’espèce humaine et des autres espèces animales, qui partagent avec elle la planète bleue. Des rapports faits de sympathie et d’hostilité, d’amour et de haine, d’affection et de cruauté, de tendresse et de violence, de vie et de mort. Les progrès de la science ont permis de souligner, de nos jours, l’étonnante proximité des animaux à sang chaud et des êtres humains. D’où la reconnaissance – récente – des aptitudes, voire des droits de nos proches cousins.

Mais au-delà de la vérité objective de la science, quelle meilleure approche que le vécu existentiel de relation homme-animal ? Et pour ce faire, quoi de mieux que l’approche d’une artiste comme Isabelle Lambert, qui va rechercher la relation existentielle dans ce qu’elle offre de plus profond : le regard, avec tout ce qu’il apporte de communication et de témoignage sur la vie intérieure de celui dans lequel on sait plonger ses yeux.

Tous les parfums de la jungle et toutes les ruses du primate se retrouvent dans le regard ironique du chimpanzé. La saveur sauvage de la proie et la rousseur des tropiques se reflètent dans les yeux méfiants et le regard froid de la panthère. Le loup communique à la fois l’appel des steppes et une socialité si proche de la nôtre. Le regard implorant de l’ours plaide pour le goût de miel des fleurs de la montagne et contre l’extinction des espèces par les caprices de l’être humain…

Parce qu’elle plonge dans le regard brut de l’animal, notre frère, Isabelle Lambert sait nous plonger dans l’infini des difficultés et des joies  de la vie qu’il contient.

Et à partir de ce petit morceau d’échange sensoriel et d’émotion artistique, elle nous fait basculer dans le mystère même de l’être.

Georges Chapouthier

Sculpter les photographies

En  juillet 2016, Albert David, professeur des universités et photographe de coeur, exposait pour la première fois au Festival des Arts ForeZtiers. Ses cadrages poétiques, aux arbres baroques et graciles furent remarqués par le service culturel de la mairie de Brioude qui souhaita les présenter à la Maison de Mandrin en septembre 2017. Cette jolie maison aux arcs gothiques,  bâtie au Moyen-Âge par un chanoine du chapitre de la basilique, visitée par le célèbre contrebandier Mandrin en 1754, est ouverte aux amateurs d’art . De nombreuses expositions de peintures, sculptures, photographies se succèdent toutes les trois semaines.

Lors de cette nouvelle exposition, Albert se fit accompagner par Aurélie, sculptrice de pierre tendre, venue de Montreuil pour cette occasion. Céline Mounier, présente également lors du Festival ForeZtier  où elle avait posé pour la performance de Philippe Tallis, « La Forêt nue », écrivit alors cette « animation d’une danse à la maison de Mandrin » qui fait suite.  Cette variation révèle sa saveur, avec et au delà des photographies et des sculptures.

« Albert expose des photographies et Aurélie des sculptures. Leurs oeuvres vivent leur vie ensemble. Voyez plutôt :

La Petite fille ouvre le bal. Enfin, on la regarde et on la respecte pour sa présence à elle, En attendant Pina. Les Fragments heureux pour une danse, ils se trouvent entre Le chemin, celui de la liberté, et Figures imposées. La vie est ainsi faite, les instants de félicité se rencontrent cheminant. La contrainte va offrir de ces instants.

Le cheval salvadorien est non loin du chemin. Il apporte du calme à la danse. Il se laisse caresser. Il est doux. Il est face à la Nature urbaine en rébellion. La ville crée sa propre nature en même temps que la nature est en ville, domestiquée. Parfois, elle redevient mi-sauvage, mi-fantastique. Le chat volcanique veut grimper sur La partition des arbres et pour le moment, il écoute la mélopée urbaine. Le chat est de lave.

Se tient loin de lui le guerrier de paix, Ne te presse pas de me laisser… Là où tu demeureras, je demeurerai. C’est la Paix qui le demande. Il est là, côtoyant Dans les limbes et faisant face à Migrations. Dans Migrations, des statues s’en vont. Elles en imposent de départ. Le Guerrier de la paix les regardent les belles, si majestueuses.

La lumière est tamisée, on parle à bas mots, on se chuchote à l’oreille là où les Conversations servent l’initiation. L’initiation est subjuguée par Conversations. Il y a de quoi vu comme va le monde qui a tendance à se vriller en plusieurs lieux. De loin, Le métayer observe la scène. Il est à l’écart et il y tient.

Bello se sent bien à côté de l‘Eden amoureux tandis que Raoul craint les Transformers qui éclatent de leurs feux de couleurs et de ciels bleus. Nos caresses lui font du bien. Il est très doux. Ses fesses s’offrent aux caresses. Au milieu de la scène, Le Bélier. Il est fier au milieu et personne ne réussit à lui faire peur. Il y en a qui ont essayé. Quand soudainement,

En plein coeur de l‘Aventure politique, L’enchanteur chante les louanges d’une danse. C’est que Pina est arrivée avec sa troupe. On imagine la danse sur la place devant la Maison de Mandrin. À moins que le regard n’aille vers Le village fantôme.

L’art forestier (Saint Laurent du Maroni- suite)

En complément de notre article sur les palétuviers et du Forest Art de Saint-Laurent du Maroni, l’amie qui nous l’a fait explorer, Laeticia Pagès, nous adresse les photographies des magnifique troncs – totems qui ornent l’entrée de la forêt des Malgaches. Certaines sculptures sont coiffées d’un chapeau de tôle qui les protège des intempéries et de l’humidité. Ce dispositif de faîtage rend hommage aux carbets (maisons de bois) couvertes de tôles de l’habitat amérindien et bushinengue. Arrivés en Guyane après les Indiens, les Bushinengue (« hommes de la forêt » ou « noirs marrons ») sont traditionnellement des charpentiers, des menuisiers, des sculpteurs. Fuyant depuis le  XVIIè siècle,  l’esclavage des plantations hollandaises, ils sont implantés au-delà du fleuve Maroni en territoire forestier français.

Contrastant avec le caractère hiératique des sculptures, hautes de plusieurs mètres, la signalétique  des promenades emprunte à la Bande Dessinée ses caractères ludiques.   

Neiges franciliennes

« Palmier chargé de neige » 2018, Montreuil

La neige est tombée sur Paris et l’Ile de France, donnant à tous les arbres l’occasion de se comparer « aux sapins en bonnets pointus » de Verlaine. Le lilas porte désormais des fleurs de coton et le palmier ressemble à un ananas de nacre, dont le toupet garde la couleur de l’été. Chacun se déguise en un carnaval blanc…

Théophile Gautier  (1811-1872) décrivait ainsi, au XIXème siècle, ce retour de la neige à Paris :

« Dans le bassin des Tuileries,

Le cygne s’est pris en nageant,

Et les arbres, comme aux féeries,

Sont en filigrane d’argent.

Les vases ont des fleurs de givre,

Sous la charmille aux blancs réseaux;

Et sur la neige on voit se suivre

Les pas étoilés des oiseaux. »

Puis en 1843, cette ode  à UNE JEUNE ITALIENNE

« Février grelottait blanc de givre et de neige ;

La pluie, à flots soudains, fouettait l’angle des toits ;

Et déjà tu disais : « Ô mon Dieu ! quand pourrai-je

Aller cueillir enfin la violette au bois ? »

Notre ciel est pleureur   et le printemps de France,

Frileux comme l’hiver, s’assied près des tisons ;

Paris est dans la boue au beau mois où Florence

Égrène ses trésors sous l’émail des gazons.

Vois ! les arbres noircis contournent leurs squelettes ;

Ton âme s’est trompée à sa douce chaleur :

Tes yeux bleus sont encor les seules violettes,

Et le printemps ne rit que sur ta joue en fleur ! »

La journaliste Dane Mc Dowell vient de publier en 2017  l’Herbier de Marcel Proust, orné des peintures imaginatives de l’illustratrice Djohr. Ces images répondent si bien au poème de Théophile Gautier que nous les citons en contrepoint de la nostalgie de l’Italienne Avec le fameux tableau de Brueghel  (1565)pour annonce, Les chasseurs en hiver, l’Ile de France se métamorphose en février…pour prélude à la renaissance du printemps.

 

Palétuviers et sentiers guyanais du Maroni

 Le palétuvier  gris élance ses racines dans les eaux salines des embouchures, festonnant  de ses entrelacs le quartier amérindien de Paddock, enclave jardinée nichée sur les rives de la  Saint Laurent du Maroni, en Guyane. Leurs troncs nervurés  de ces « moutouchi marécages »,  dessinent des formes à la Dali qui permettent, par leurs tissages en surplomb, une rêverie qui  ouvre à la complexité du monde. Le beige bleuté  des eaux du fleuve offre un saisissant contraste avec la chevelure de la mangrove, qui se mue au fil des observatoire en grotte secrète ou en tissage mythique.…  Lorsque la nuit tombe, le fleuve se mue en un lac d’argent que la houle parcourt de murmures paisibles. Une vouivre  amérindienne, Maïpolina,  apparait parfois aux Indiens du fleuve, de même qu’un mystérieux  Molokot – ou   Popoké (pour les Noirs Boni)- , l’esprit du tigre d’eau….

La  ville de Saint Laurent du Maroni, une des villes portes du Parc Naturel Régional de Guyane,  est bordée d’une végétation foisonnante et fleurie. Celle-ci  se  déploie sur le fleuve frontière, dans les jardins fleuris ou dans la forêt des Malgaches,  qui doit son nom aux bagnards déportés de Madagascar.   La mauvaise réputation de cette forêt,  tragique et dangereuse, vient d’être métamorphosée par l’Office National des Forêts qui,  depuis 1957, la laisse croitre sans exploitation forestière. Pour attirer les citadins vers cette nature qui se reconstitue, l’ONF organise depuis une dizaine d’années des parcours pédestres, animés par des conférenciers. En novembre 2017, l’entrée de cette forêt historique a été embellie par les oeuvres monumentales  (en troncs dressés) de sept sculpteurs (ou collectifs de sculpteurs) qui ponctuent les chemins de a mémoire et de la biodiversité.  Cette expérience de Forest Art à Saint Laurent du Maroni donne à voir de beaux totems dressés par des sculpteurs de Guyane, mais aussi de Martinique, Bourgogne, Paris, Suriname et Nouvelle Calédonie : les artistes ont façonné pendant dix jours des tronçons de bois de plusieurs mètres de hauteur, travaillant les essences rouges du  wacapou ou du taaputiki. Le paysage ouvre à un imaginaire mêlé de gestations et de genèses ou le genre humain côtoie les animaux de la forêt.

Une invitation à la poétique du monde, comme le penseur Bachelard nous y invite, entre terre, bois et eaux.. L’art doit apporter ensemble, légèreté  et gravité au promeneur, tandis que le bois fait respirer l’imagination.

Sylvie Dallet (janvier 2018)

 

 

Nos voeux

 « L’homme est fait, disent ils,

D’un tronc planté debout sur deux fortes racines,

Étendant vers le ciel deux branches à cinq rameaux,

À la pointe un bourgeon où l’arbre tient ses rêves« …(Daniel de Bruycker, 2004)

Pour les prochaines éditions de ce dialogue de 2018,  nous parleront de l’Office National de Forêts secoué par une crise profonde, de la Guyane sylvestre et toujours, du Festival  qui se prépare pour juillet 2018 à Chavaniac-Lafayette avec nos partenaires.

« Nous avons tous le droit à la beauté et à la poésie de nos forêts » (George Sand, 1855)

Que 2018, vous apporte les mille lumières de l’expérience forestière, telle que Georges Perec (1967)la pressentait :  » Tu peux être le Dieu des chiens, Dieu des chats,  dieu des pauvres, il te suffit d’une laisse, d’un peu de mou, de quelque fortune, mais tu ne seras jamais maître d’un arbre.

Tu ne pourras jamais que vouloir devenir arbre à ton tour »

 

Le Français? Une Langue animale…

Nous ne résistons pas à republier un billet d’humour de Jean d’Ormesson, rédigé en 2016 et sans doute destiné à inspirer le prochain thème des Arts ForeZtiers…

« « Myope comme une Taupe», «rusé comme un Renard», «serrés comme des Sardines»…
Les termes empruntés au monde animal ne se retrouvent pas seulement dans les Fables de La Fontaine, ils sont partout.

La preuve: que vous soyez fier comme un Coq, fort comme un Boeuf, têtu comme un Âne, malin comme un Singe ou simplement un chaud Lapin, vous êtes tous, un jour ou l’autre, devenu Chèvre pour une Caille aux yeux de Biche.

Vous arrivez à votre premier rendez-vous fier comme un Paon et frais comme un Gardon et là, … pas un Chat! Vous faites le pied de Grue, vous demandant si cette Bécasse vous a réellement posé un Lapin.

Il y a Anguille sous roche et pourtant le Bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard, la tête de Linotte avec qui vous êtes copain comme Cochon, vous l’a certifié: cette Poule a du Chien, une vraie Panthère! C’est sûr, vous serez un Crapaud mort d’amour. Mais tout de même, elle vous traite comme un Chien.

Vous êtes prêt à gueuler comme un Putois quand finalement la fine Mouche arrive. Bon, vous vous dites que dix minutes de retard, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un Canard. Sauf que la fameuse Souris, malgré son cou de Cygne et sa crinière de Lion est en fait aussi plate qu’une Limande, myope comme une Taupe, elle souffle comme un Phoque et rit comme une Baleine. Une vraie peau de Vache, quoi! Et vous, vous êtes fait comme un Rat.

Vous roulez des yeux de Merlan frit, vous êtes rouge comme une Ecrevisse, mais vous restez muet comme une Carpe. Elle essaie bien de vous tirer les vers du nez, mais vous sautez du Coq à l’Âne et finissez par noyer le Poisson. Vous avez le Cafard, l’envie vous prend de pleurer comme un Veau (ou de verser des larmes de Crocodile, c’est selon). Vous finissez par prendre le Taureau par les cornes et vous inventer une fièvre de Cheval qui vous permet de filer comme un Lièvre.

Ce n’est pas que vous êtes une Poule mouillée, vous ne voulez pas être le Dindon de la farce. Vous avez beau être doux comme un Agneau sous vos airs d’Ours mal léché, il ne faut pas vous prendre pour un Pigeon car vous pourriez devenir le Loup dans la bergerie.

Et puis, ça aurait servi à quoi de se regarder comme des Chiens de faïence. Après tout, revenons à nos Moutons: vous avez maintenant une faim de Loup, l’envie de dormir comme un Loir et surtout vous avez d’autres Chats à fouetter.

Texte de Jean d’Ormesson (2016)

Lettre aux amitiés internationales

Monet peint par Sisley en la forêt de Fontainebleau

Cela fait longtemps que nous y songions.

Mais nous avons attendu cette veille de 2018, pour préparer notre sixième édition.
Le Festival des Arts ForeZtiers, blotti dans le village symbolique de Chavaniac, lieu de naissance du général Lafayette, humaniste, physiocrate et héros de trois révolutions libertaires (une américaine et deux françaises) programme depuis sa création, des artistes internationaux inspirés, issus de l’Espagne, de l’Italie, de la Lettonie, de l’Australie, de la Chine, de Taiwan, d’Haïti, de Belgique, du Maroc… Nous continuons à correspondre, dans la communauté de nos expressions joyeusement différentes.

Depuis la création du site des Arts ForeZtiers, des yeux attentifs visionnent les images et les textes proposés par l’équipe des Arts ForeZtiers, avec une grande régularité de consultation. Nous sommes très heureux de cette familiarité internationale qui s’est installée au fil des années. Vous n’êtes pas tous des robots venus nous vendre des produits industriels !

Nous sommes, nous aussi, curieux de vous connaître, de vous entendre, de vous lire, peut être de comprendre votre amour pour les forêts… Nous espérons que notre thème de 2018, Bestiaire enchanté, saura vous inspirer des expressions  et réponds poétiques, comme les petites lumières obstinées des lucioles.

Cette farandole de lecteurs inconnus, venus du monde entier, est porteuse d’un imaginaire secret, coloré d’images, de sons et de récits :

« Dragon » tissages Elisabeth Toupet (Lyon 2017)

Allemagne, Algérie, Angola, Australie, Autriche, Belgique, Bénin, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Canada, Chine, Congo, Corée du sud, Côte- d’Ivoire, Espagne, Estonie, États-Unis, Grèce, Gabon, Guadeloupe, Haïti, Japon, Inde, Irlande, Italie, Lettonie, Liban, Luxembourg, Maroc, Martinique, Mexique, Nouvelle-Calédonie, Pays-Bas, Pérou, Portugal, Pologne, Polynésie française, Réunion, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Sénégal, Singapour, St Martin, Slovaquie, Suède, Suisse, Tchéquie, Thaïlande, Tunisie, Turquie, Uruguay et Vietnam…

N’hésitez pas à nous parler, nous soutenir, échanger des idées, des récits et nous parler d’œuvres qui vous tiennent à cœur… l’art, l’humour et la vie collaborent à des rencontres indispensables à la création. Le Festival est une oeuvre vivante qui évolue à chaque session, semblable au lézard dont il a pris l’emblème. 

Le Festival des Arts ForeZtiers, naguère produit par l’Institut Charles Cros http://www.institut-charles-cros.eu/, s’est défini depuis octobre 2017 en association loi 1901, avec des partenariats autonomes. L’Institut Charles Cros lui reste lié comme membre fondateur, mécène et partenaire de recherche.

À bientôt de vous lire

Sylvie Dallet (pour l’équipe des ForeZtiers)

Céramique Cécile Auréjac, peinture Diane Cazelles (Brioude 2017)

La liste des artistes chercheurs et partenaires est toujours consultable sur le site de l’Institut Charles Cros, sur ce lien  : http://www.institut-charles-cros.eu/?page_id=14

 

École Buissonnière, un poème de Charles Cros

 Naguère le poète Charles Cros (1842-1888) écrivit une charmante ÉCOLE BUISSONNIÈRE, toute inspirée par les saisons. Sa chanson des buissons, légère et grave comme la vie du poète,  laisse transpercer, en son langage des fleurs, la mélancolie des insoumis.

Ma pensée est une églantine
Éclose trop tôt en avril,
Moqueuse au moucheron subtil
Ma pensée est une églantine ;
Si parfois tremble son pistil
Sa corolle s’ouvre mutine.
Ma pensée est une églantine
Éclose trop tôt en avril.

Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes,
Un peu rude au doux abandon
Ma pensée est comme un chardon ;
Tu viens le visiter, bourdon ?
Ma fleur plaît à beaucoup de bêtes.
Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes.

Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux
Aux chants des eaux et des oiseaux,
Ma pensée est une insensée.
Les roseaux font de verts réseaux,
Lotus sans tige sur les eaux
Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux.

Ma pensée est l’âcre poison

Qu’on boit à la dernière fête

Couleur, parfum et trahison,
Ma pensée est l’âcre poison,
Fleur frêle, pourprée et coquette
Qu’on trouve à l’arrière-saison
Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête.

Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid
Sans souci d’heure ni d’endroit
Ma pensée est un perce-neige.
Si son terrain est bien étroit
La feuille morte le protège,
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid.

 

Oeuvres : Sophie Thibaudat-Babouin et Danielle Boisselier (festival des Arts ForeZtiers 2016).

Le Cerf en son automne

 

le cerf, roi de la forêt, peint par Rosa Bonheur (1875)

L’automne  embrumée rassemble cerfs, daims et chevreuils, dans des courses de séduction et de chasse que les poètes ont célébrées. Le Cerf est un animal imprévisible et compliqué, symbole d’une forêt éternelle. Médiateur entre le ciel et la terre, il broute entre les racines d’Yggdrasil, l’arbre du milieu du monde de la mythologie nordique. Chevreuils et daims l’accompagnent, non loin de l’écureuil et du loup. Au XIXème siècle, Rosa Bonheur l’a peint de multiples façons, seul, avec la harde, en hiver, à l’automne. La forêt de Fontainebleau résonne encore de son empreinte, de ses brames et des chasses à courre.

Le cerf représente le mystère forestier, de la ramure aux racines.

Les représentants (Gloria Friedmann, 1992, FRAC Lorraine)
le roi-cerf ( oeuvre raku Cécile Aurejac, présentée au Festival des Arts Foreztiers en 2016)

Cette image se poursuit outre-mer au travers du film d’animation japonais, Princesse Mononoké, crée par le Studdio Ghibli et Miyazaki. Dans cette magnifique fresque sylvestre, un  cerf d’or incarne le fragile et authentique esprit de la forêt, accompagné de loups et de sangliers.

L’esprit cerf  du film de Miyazaki

À l’affût de ces récits, quelques images de présences légères ou violentes… Biche ô ma biche… est un chanson plus douce que les images de Bambi n’évoquent des tourments de la mère du faon. Le cerf mène de rudes combats pour une biche avant de l’abandonner, tandis que le bel Actéon métamorphosé par le courroux de Diane chasseresse pour l’avoir regardée se baigner, périt sous les crocs de ses chiens.

Sur le bitume de l’université de Nanterre, des cerfs bleus, peints au pochoir, mènent à la Ferme du Bonheur…

Cerf peint sur la chaussée de l’université de Paris X Nanterre (photo Dallet)

En 1946, Colette  toujours fascinée par le monde animal, écrivait dans l’Étoile Vesper ces lignes :

« Pour le seul printemps, nous devenons pareils à l’oiseau sous l’auvent de tuile, au cerf lorsqu’une certaine nuit il respire, dans la forêt d’hiver, l’inopiné brouillard que tiédit l’approche du temps nouveau ».

 

DU 20 au 22 juillet 2018, le Festival des Arts ForeZtiers renait sur le thème du Bestiaire enchanté...