FEMMES et FORÊTS (1)

une histoire longue ….

Cet article est issu de la conférence de Sylvie DALLET donnée lors du Festival des Arts Foreztiers 2020.
Il est découpé en chapitres dont voici le premier, consacré à la Préhistoire et au monde gréco-latin.

Bertha Wegman (1847-1926)

 Pour en comprendre l’évolution, il faut penser la comparaison dans l’espace et dans le temps.

Des profondeurs du temps, les femmes jouent un rôle fondamental dans la conservation des forêts et ceux pour plusieurs raisons qu’il convient de définir ou de rappeler. La forêt est à la fois un refuge et un lieu de nourriture abondante de racines, de champignons de plantes et de graines, pour celles qui savent en reconnaitre les vertus.  La première partition des tâches concerne sans doute concerne cette glane des espèces végétales comestibles ou curatives, alors que la chasse mobilisait plutôt les hommes, mais sans exclusive. Selon la végétalisation des sols, les femmes ont assuré, au sein des communautés, des tâches spécifiques qui, du soin au nourrissage, dépendaient en grande partie de la manne  forestière.

La Protohistoire du 6eme au 4eme millénaire avant notre ère, ’inscrit sur une vaste période, dont les connaissances évoluent  au gré des études de terrain, mais aussi, comme pour l’étude du monde vivant, en fonction des modes et des idéologies du temps présent. La préhistorienne américaine d’origine lituanienne, Marija GIMBUTAS (« Le langage de la déesse ») a révolutionné l’approche classique sur un espace  flou qu’elle appelle « la vieille Europe » :  attentive à la permanence des cultes agraires, elle a procédé à des inventaires minutieux qui révèlent des cultes à la Grande déesse sous des formes diverses : ourse, serpent, oiseau, autant de métamorphoses significatives du féminin protohistorique.

 Cette longue période va est brutalement confrontée à des migrations de peuples nomades Kourganes, venus à cheval et sans grande considération pour les populations liées au végétal.
La rupture s’effectue en effet par l’arrivée de ces « peuples à tumulus » venus de la région de la Volga  (sans doute plus loin encore), modelant de leurs rites l’espace indo-européen  d’une empreinte qui s’exprime entre – 2800 ans et 1500 ans. Issus d’une tradition migrante, ils vont se heurter, puis partiellement se fondre à une population  aux rythmes agraires, dont les cycles de fécondité étaient accolés à la puissance d’enfantement des femmes. Si l’espace européen des plaines ne peut résister à ces arrivants, les îles méditerranéennes présentent encore des formes archaïques liées à la période précédente : en Crète pour exemple, l’archéologue relève des figures de déesses dansantes, liées aux cycles de la végétation. .

 Sur cet espace-temps distendu, les informations se précisent désormais permettant des comparaisons fécondes.  Les plus anciennes expressions du divin mentionnent la déesse Oiseau et déesse serpent qui métamorphosent la matière ou l’élèvent. L’étoffe dont on fait les rêves est une matière végétale qui est très tôt transformée par le tissage. La dame au filet apparait sur des gravures ou peintures rupestres : elle qui est à l’origine de la Terre, dans sa fécondité reproductrice devient la déesse fileuse, tisserande et déesse du destin, de la métamorphose et des arts.

 Outre ces représentations, la déesse mère Reine des Montagnes et maîtresse des animaux sur des appellations récurrentes telles que  la Grand-mère Ourse, ou la  patronne des bisons des cerfs et des lions. En effet,  les mots anciens témoignent des racines communes : Bher  signifie enfanter  et l’anglais qui en dérive bear, signifie l’ourse. L’analogie des cycles explique aussi l’analogie des expressions consacrées : les bisons portent neuf mois…

Gardienne des ressources de la forêt, le thème de la femme sauvage est associé aux attributs  animaliers tels que: tête de taureau, abeille, papillon, grenouille, crapaud, hérisson… que l’on retrouve sur différents légendaires.

Les Grecs et Romains conservent ces filiations à la fois dans l’étymologie et la reconnaissance de  parité des dieux et des déesses.

Dans l’Antiquité, la femme  et la sylve  sont des noms féminins de même que la nature

 Plusieurs récits mentionnent cette filiation de la femme et de la forêt. Le poète Ovide mentionne que Callisto, suivante de Diane est transformée en ourse…. Tandis qu’Artémis et Athéna portent des attributs animaliers.   

La croyance des peuples gréco-romains en l’existence réelle de divinités forestières aurait eu pour fonction de les empêcher de détruire les forêts car pour couper les arbres, il leur fallait d’abord consulter les ministres de la religion et obtenir d’eux l’assurance que les dryades avaient abandonné la forêt qu’ils comptaient couper.

Les dryades ont l’apparence de très belles jeunes filles et incarnent la force végétative des forêts dans lesquelles elles peuvent errer en liberté nuit et jour. L’antique Dryade est à la fois  issue de la mythologie du chêne (force et longévité) et celle du jardin des Hespérides (le jardin de la fécondité; planté de de pommiers aux pommes d’or, offert par la Terre-Mère Gaïa, lors des noces de Zeus et d’Héra)  ; La tête portait souvent une couronne en feuilles de chênes et elles tenaient parfois des branches d’arbres portant leurs feuilles et leurs fruits. En tant que gardiennes des forêts, les nymphes étaient parfois représentées avec une hache entre leurs mains, afin de punir ceux qui s’attaquaient aux arbres dont elles avaient la garde.  D’autres représentations de dryades vêtues d’une étoffe vert foncé, avec des chaussures en écorce d’arbre.

Dépeintes comme les divinités mineures protectrices des forêts et des bois, elles étaient aussi fortes et robustes que fraîches et légères et formaient des chœurs de danse autour des chênes qui leur étaient consacrés. Elles pouvaient survivre aux arbres placés sous leur protection car contrairement aux hamadryades, elles n’étaient pas liées à un arbre particulier.

Ces nymphes étaient représentées dans l’art sous forme de femmes dont la partie inférieure du corps se terminait par une sorte d’arabesque dont les contours allongés figuraient un tronc et les racines d’un arbre. La partie supérieure du corps était nue et simplement ombragée par une chevelure abondante flottant sur les épaules de la nymphe, au gré des vents.

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