Éthiques & mythes de la création, retour sur le Festival 2020

Entre juillet et septembre, la communication sur le Festival des Arts Foreztiers s’est surtout exprimée parle médium de Facebook. Nous revenons à un moment parisien du 3 octobre 2020 qui nous permettra de faire un premier bilan du Festival 2020 riche en émotions et en découvertes.

Cet événement est organisé par l‘Institut Charles Cros, créateur, puis partenaire du Festival et le Centre d’Histoire culturelle des Sociétés contemporaines (Université de Paris Saclay). Il s’agit d’une rencontre du séminaire « Éthiques & mythes de la création », qui, animée pr Sylvie Dallet, professeure des universités (présidente de l’Institut Charles Cros et du Festival) se déroulera le 3 octobre 2020

Site de référence : http://www.institut-charles-cros.eu

au 24 rue des écoles à Paris, de 10 à13 heures.

Pourquoi cette première rencontre ?

Le séminaire ÉTHIQUES et MYTHES de la CRÉATION (EMC) explore l’imaginaire qui préside à la création des savoirs.Pour ce faire, il conjugue concrètement des expériences artistiques et de terrain avec des exposés théoriques dans une perspective de compréhension globale des processus créatifs.

Cette confrontation transdisciplinaire associe les images, les sons avec les diverses formes de l’écrit, désormais transformés par les arts de l’enregistrement, qui sont des relais. Notre société démultiplie ces relais, qui sont des échos, des matières à narcissisme, mais aussi qui contribuent à réinventer des liens de proximité, enchâssés  dans notre existence par des processus mythiques. Il convient d’examiner cette fluidité mythique qui se transforme et perdure au travers des médias. Pourquoi associer l’éthique avec la création ?  ’éthique est une dynamique forte qui conjugue les arts, les sciences et la perception que chacun se fait de la construction des savoirs et du vivre-ensemble. L’éthique devient la ressource secrète de la création, dans une démultiplication d’aventures, de figures et de postures paradoxales, de la communion à la transgression des valeurs.

Le séminaire Éthiques & mythes de la création, présenté par l’Institut Charles Crosetle Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines(EA 2448, université de Versailles St-Quentin, UVSQ),  correspond à un rendez-vous scientifique pérenne, lié au projet international de recherche «Éthiques de la Création».  

Le séminaire se déroule dans l’espace Harmattan, 24 rue des écoles à Paris, dans le respect des gestes barrière.

Pour toute question et inscription (le séminaire est d’entrée libre, dans la limite des places disponibles),  courriel : sylvie.dallet@uvsq.fr

Samedi 3 octobre                           

Séance :« Résistances culturelles à la pandémie (l’exemple du Festival des Arts Foreztiers) » séance de matinée de 10 heures à 13 heures.              

         La séance du 3 octobre 2020 fait le point sur la dynamique du Festival de création des Arts Foreztiers,maintenu sur le village de Chavaniac-Lafayette en juillet 2020 malgré les inquiétudes institutionnelles liées à la circulation de la pandémie. Cette résistance à la peur a suscité une véritable expérience collective artistique et de parole autour du thème : La forêt nourricière. Ce Festival de plein air a, en effet,  réuni un public enthousiasteautour d’une soixantaine d’artistes et conférenciers. Le séminaire Éthiques & mythes de la création a, pour cette occasion,  été délocalisé dans le village, autour de quatre conférences spécialisées.
En convergence, le séminaire du 3 octobre accueille aussi  une conférence russe sur l’expérience de Tseh Knigi, atelier de livres d’artistes liées à l’espace forestier.

 

  • introductionSylvie DALLET  :  « La forêt nourricière, ses mythes et ses enjeux. Le Festival des Arts Foreztiers et sa légitimité culturelle et environnementale en période de crises et de contraintes sanitaires.  Le rôle du site internet  (www. lesartsforeztiers.eu) et des relais Facebook » 

Sylvie Dallet a fondé le Festival des Arts Foreztiers en 2010 sur un village altiligérien de montagne. Cette manifestation estival se déroule en biennale        sur différents lieux ouverts du village et réunit artistes et conférenciers autour de thèmes lié à la forêt : L’arbre du milieu du monde, Bestiaire enchanté, botaniques célestes et en 2020, La forêt nourricière…

Sylvie Dallet, professeure des universités (Arts) est, par ailleurs, membre du Conseil d’orientation, de recherche et de prospective (CORP) de la Fédération des Parcs Naturels Régionaux.

Les témoignages sur l’expérience des Arts Foreztiers  depuis dix ans: certains artistes seront présents (Virginie BOURSETTE, Albert DAVID, Bérengère d’ORSAY, Olga KATAEVA-ROCHFORD, Céline MOUNIER, Élisabeth TOUPET….)

                   Une présentation d’un collectif russe  TSEH KNIGI, un Atelier de livres d’artistes ( http://www.laforesta.co/visual-strolls, par Sara MAGAMBETOVA, cofondatrice de ce collectif, peintre, scénariste et écrivaine, passionnée de céramique et de travail du bois. La galerie web des deux artistes fondatrices, correspond à une réflexion collective sur les forêts. 

Festival des Arts Foreztiers, programme

 Le Festival de création des Arts ForeZtiers explore les expressions artistiques qui témoignent du respect envers la forêt et le Forez, dans la diversité des expressions contemporaines (arts plastiques, danse, photographie, vidéo, film, installations, musique, poésie, etc…). De 17 au 20 juillet, le thème de la Forêt nourricière est à l’honneur par une cinquantaine d’artistes exposants et conférenciers.

En juillet 2020, le Festival fête son dixième anniversaire …. un programme un peu modifié en raison de la pandémie( pas d’invitations internationales), mais encore plus stimulant pour nous faire réfléchir …

Plusieurs lieux du village de Chavaniac-Lafayette (43) en salles ouvertes et en extérieur, dont le jardin de la Ferme Saint Éloi, les entrepôts du Prévent et la salle des fêtes accueillent les œuvres, des performances et installations, une buvette, un espace de plein air pour les ateliers de lecture ou de création.

Les visiteurs déambulent naturellement d’un lieu à un autre, un bénévole (souvent l’artiste lui-même) se consacre, sur certaines plages horaires, à l’accompagnement de visiteurs en leur présentant les différents événements et œuvres, dans le respect des gestes barrière (et mise à disposition de gel et masques).

Expositions

sur les différents lieux du Festival……

La galerie terres d’Aligre, dédiée à la céramique contemporaine et aux métiers d’art, présente une exposition collective sur le thème de La Forêt Nourricière.

Chaque artiste s’est emparé du thème avec sa démarche créative personnelle, son univers esthétique et ses savoir-faire : assiettes et plats décorées façon Forêt Nourricière, sculptures d’arbres, de graines, bogues, faînes et autres gibiers ! Des œuvres murales ou à disposer comme chemin de table… Une projection vidéo « des Marches » de Lou Perdu sera projetée en en continu.

Dans la salle des fêtes de 10h à 19h, du vendredi 17 au lundi 20 juillet 2020.

Exposition de photographies liées aux métiers du bois : en coordination avec le thème du Festival, l’association mémoire de Chavaniac Lafayette,  Adrienne & Eugénie présentera des photographies liées aux métiers du bois.

Gustave Courtet présente dans la cour gazonnée de la salle des fêtes les samedi 18 et dimanche 19, une démonstration de moissonneuse miniature de sa création.

Salle des Fêtes : de 10 heures à 19 heures du vendredi 17 au lundi 20 juillet.

Expositions des œuvres plastiques et sculptures, installations et vidéos

Ferme Saint Éloi et remises & entrepôts du Prévent

Tous ces espaces sont soit en plein air, soit ouverts largement pour permettre la promenade devant les oeuvres.

Librairie :

La librairie terres d’Aligre présente un choix de livres sur le thème du festival. Les livres de la Clairière sont prêtés par la Bibliothèque de Montreuil.

Dans la salle des fêtes de 10h à 19h, du vendredi 17 au lundi 20 juillet 2020.

Animations créatives :

La situation du festival, en déambulation libre,  nous semble propice à expérimenter de nouvelles pratiques, une autre approche pour se déplacer, rencontrer et échanger avec les autres, se croiser, attendre son tour à la buvette… gestes si ordinaires que nous accomplissons spontanément, automatiquement et qui tout à coup doivent être incarnés, pensés, reconsidérés dans la distance. Nous devons partager une culture d’après la pandémie, dans le respect des gestes barrière comme une nouvelle danse…

En journée :

S’il te plait, lis-moi cette histoire…

À la Clairière, les jeunes et moins jeunes enfants peuvent retrouver ou découvrir l’univers imaginaire de la forêt à travers les contes, les histoires, les images et de belles illustrations. Ils pourront lire, feuilleter et… demander à Claire de leur lire l’histoire qu’ils auront choisie.

Dans le jardin devant la salle des fêtes de 10h30 à 12h30 et de 15h30 à 17h30, du vendredi 17 au lundi 20 juillet 2020.

Des Marches

Depuis plusieurs années lors de ses promenades dans la forêt Lou Perdu réalise de courtes vidéos.Elle a mis au point un scénario qu’on retrouve dans chacune des séquences.  L’appareil photographique, dirigé vers le sol, est tenu avec les deux mains au niveau du ventre. La vidéo débute par une vue du sol et de ses pieds. Puis Lou se met en marche et lève petit à petit son objectif jusqu’à la dernière image qui clôt la séquence.

Dans la salle des fêtes, vidéos en boucle de 10h à 19h du vendredi 17 au lundi 20 juillet 2 et exposition de photos.

Promenade Biopoétique

Cette promenade au travers le village sera animée par le conteur et biologiste Christian GrenouilletFleur de Centaure qui nous fait découvrir des végétaux ignorés. Cette déambulation inspirée ne doit pas dépasser trente personnes.

Rendez-vous  dimanche 19 juillet à 11 heures, Ferme Saint Éloi. La promenade contée dure environ 80 minutes, participation 10 euros par adulte.

Inscriptions : artsforeztiers@orange.fr

Peindre ensemble

Un classique des Arts Foreztiers depuis sept années… le grand tableau collectif du dimanche 19 juilleten après-midi rassemble les artistes avec le public, convié de participer au tableau collectif, conçu sur le thème de l’année.

Jardin de la salle des Fêtes.

Animation peintures tuiles « Visages de l’Humanité » animé par Martine Guitton.

Jardin ferme Saint Éloi, matinées.

Visite guidée de l’exposition, en présence des artistes, par une conférencière du SMAT Pays d’Art et d’Histoire

Rendez vous Ferme Saint Éloi samedi 18 juillet, à 14 heures 30

En  fin de journée et soirée

Animations musicales de plein air

Le samedi 18 

Des chants avec Céline Mounier ; des musiques électroniques inspirées de l’énergie des plantes avec Albert David.

Ferme Saint Éloi (jardin) à partir de 18 heures 30

Le dimanche 19

Kora, piano et marionnettes, avec Zakaria, Ahmad Ouedraogo, Fabien Auréjac

Ferme Saint Éloi (jardin)  à partir de 18 heures 30.

Des conférences / dialogues

Rencontres et dialogues sur l’alimentation, métiers du bois, déforestation & cultures industrielles, forêt des contes, femmes & forêts….

Les  conférences se déroulent à 16 heures, à la Ferme Saint Éloi en plein air où, s’il pleut, dans les entrepôts ouverts du Prévent.

La promenade et la cueillette sont des activités qui expriment notre désir de garder ou retrouver le lien avec « des choses simples ». Certaines se sont transmises à travers les siècles : reconnaître les plantes comestibles des non comestibles ! D’autres notions ont en partie disparu : éviter la cueillette excessive, choisir le meilleur moment pour cueillir…

Vendredi : « Cueillir la montagne »

Le sociologue spécialiste de la Margeride, Martin de la Soudière abordera différents aspects de la cueillette et les différentes facettes des cueilleurs / cueilleuses d’aujourd’hui. Il parlera des myrtilles, des champignons, des lichens… Son livre « Cueillir la Montagne » (coécrit avec Raphaël Larrère) est un de ses premiers ouvrages. les textes seront lus par le comédien Gérard Lefort.

Samedi : «  Femmes & forêts, les mythes »

Sylvie Dallet, professeure des universités (arts) , autrice, membre de la Société internationale de Mythanalyse et du Conseil d’Orientation, de recherche et de Prospective de la Fédération des Parcs Naturels Régionaux,  amorce un dialogue sur les femmes et les contes & récits de la forêt. Sylvie Dallet a crée le Festival des Arts Foreztiers en 2010. En 2020, les deux tiers des artistes qui exposent ou performent au Festival des Arts Foreztiers sont des créatrices.

Dimanche : « Une Forêt jardinée »

L’association « Et Pourquoi pas » (Blassac- Haute Loire) sur l’art et la manière de s’y lancer… Comment concevoir et préparer une forêt jardin. 

En la présence de Nathalie Boudoul, vice-présidente du Parc Naturel Régional du Livradois Forez, qui compte la commune de Chavaniac Lafayette parmi ses membres.

Lundi : « Sylviculture et transformation du sauvage»

Avec Gautier Blanc, technicien au Centre régional de la Propriété forestière (Communauté de Communes des Rives du Haut Allier). Il abordera les métiers du bois et de la régénération forestière.

Artistes, conférenciers et partenaires

Les numéros ( ) correspondent aux départements d’origine des artistes

ARTISTES EXPOSÉS

Sculptures céramiques

Cécile Auréjac (43), Dominique Bajard (42), Nicole Crestou (18), Céline Danet (77), Jean-Michel Doix (89), Fany G (18), Émilie Gavet (18), Jocelyne Guérin (19), Marie-Pierre Lamy (76), Élise Lefebvre (87), Blandine Leroudier (42), Céline Linossier (43), Bérengère d’Orsay (75), Isabelle Poupinel (75), Mélodie Meslet-Tourneux (67), Marie Rancillac (75), Marlène Réquier (91), Marie-Lucie Trinquant (89), Magali Wagner (69)

Sculptures métal, bois et textile

Rosine Astorgue champignons tissés, Matthias Cazin et Zetwal découpe tôles (43), Gustave Courtet (43), Élisabeth Toupet tissages & textiles herbes (28), Yzo (sculptures métal et écorces) (07)

Plasticiens (techniques mixtes)

Véro Béné (43), Virginie Boursette (42), Magali Cazo (75), Lou le Cabellec (75), Diane Cazelles (43), Sylvie Dallet (43), Tamara Ivanda (43),Olga Kataeva (95), Félix Monsonis (43), Mélanie Pasquier (49), Fabienne Recanzone (43), Eddy Saint-Martin (43), Suzy Tchang (75)

Photographies, installations, Musiques, Poétiques

Fabien Auréjac, Danielle Boisselier (69), Albert David (94), Faezeh Firoozi (75), Lou Perdu (75), Marie Lafont (43), Pascal Masson (43), Ahmad Ouedraogo (43), Céline Mounier (94), Zakaria (63)…

Animations et Conférences

Lou Perdu (75)  : vidéos « Des Marches »

Claire Blatchley (93) : « S’il te plait, lis moi cette histoire, la Clairière »

Christian Grenouillet (43) : « Promenade biopoétique »

Martine Guitton : ateliers enfants tuiles/forêt nourricière

Martin de la Soudière : « Cueillir la montagne »

Association « Et Pourquoi pas ? »

Gautier Blanc, Centre Régional de la propriété forestière des Rives du Haut Allier et PNR Livradois-Forez

Sylvie Dallet, Présidente du Festival.

PARTENAIRES

Association « Adrienne & Eugénie » (43) 

Centre Régional de la propriété forestière de la Communauté de Communes des Rives du Haut Allier (43)

Institut Charles Cros (www.institut-charles-cros.eu)  (93)

Institut Universitaire Technologie –MMI Champs sur Marne (77) – affiche réalisée par Jules Cointrel.

CHCSC/Université Paris Saclay (94) 

Bibliothèque de Montreuil (93

Moulin Richard de bas (www.richardedebas.fr) (63) 

Parc Naturel Régional du Livradois-Forez

Terres d’Aligre (terres-d-aligre.over-blog.com) (terresdaligre@orange.fr) (75)

Vivadesign (43)

Le Festival, espéré

Nous suivons les annonces du déconfinement avec toute l’attention nécessaire. Cependant, nous ne pourrons cette année accueillir les artistes internationaux comme nous souhaitions le faire.

Pour notre dixième anniversaire, nous espérons que les collectivités locales nous apportent un vrai soutien afin de relancer l’action culturelle,  dans une déambulation libre et inspirée par ce nouveau thème de l’actualité :

FORÊT NOURRICÈRE…

Un projet s’élabore sur le thème du banquet, avec notre partenaire la galerie d’art et de céramiques Terres d’Aligre (Myriam Bürgi) , avec qui nous avions déjà travaillé en 2018. Les céramistes sont déjà à l’ouvrage : Cécile Aurejac, Nicole Crestou, Jean-Michel Doix, Fany G, Jocelyne Guérin, Marie-Pierre Lamy, Blandine Leroudier, Céline Linossier, Marie Rancillac, Émilie Gavet, Élise Lefèvre, Berengère d’Orsay, Mélodie Meslet-Tourneux, Marlène Requier, Marie-Lucie Trinquant, Magali Wagner, ….

Les nouveaux venus de la Forêt nourricière, peintres et plasticiens préparent leurs oeuvres : Virginie Boursette, Natacha de Badké, Magali Cazo, Clara Crespin, Faezeh Firoozi, Tamara Ivanda, Lou le Cabellec, , Matthias Cazin, Mélanie Pasquier, Yzo, Pierre Vermersch….

Et les conteurs, performeurs, liseurs tels quepierre vrmesch Claire Blatchley (« récits de la Clairière »), Christian Grenouillet (« Promenade biopoétique »), Nicole Barrière, Martine Guitton (« ateliers foreztiers »)..

Des films et des vidéos, avec Carole Contant, Lou Perdu, Vidéoformes….

Des années précédentes, nous reviennent Félix Monsonis, Olga Kataeva, Véro Béné, Pascal Masson, Danielle Boisselier, Albert David, Céline Mounier, Sylvie Dallet, Elisabeth Toupet, Rosine Astorgue, Fabienne Recanzone, Eddy Saint Martin, Suzy Tchang….

Nos partenaires : Crédit Mutuel, Terre d’Aligre, librairie La Grenouille, Hôtel de la dentelle, Moulin Richard de bas, Panoramique auvergnat, Viva design, Zetwal… nous contacter sur le mail : artsforeztiers@orange.fr

Les étudiants ont crée des affiches extrêmement inventives dont celles ci, très expressives et difficiles à départager : créations de Jules Cointrel (affiche qui a été choisie pour annoncer le Festival) , de Michelle O’Brien, d’Emma Guiglioni, d’Antoine Assanvo, de Mélodie Chan, d’Aubin Olivrie, de Virgile Mendes, de Julie Saint Martin, de Yasmine Kourichi

Vos pouvez nous écrire pour donner votre avis sur ces créations !

Des jardins-forêts désirables et désirés en ville

Une cour d’immeuble à Berlin

Le temps présent m’invite à arpenter mes 3,14 kilomètres carrés ! Je regarde la nature urbaine. Je regarde des jardins cultivés et repère où il pourrait y avoir des lieux pour des jardins-forêts. Je songe à Delhi, aux actions de forestation urbaine. Je songe à Détroit, où j’étais partie en voyage grâce à Bénédicte Manier dans Un million de révolutions tranquilles. Les villes doivent être nourricières. Je plonge dans la mémoire de mon ordinateur et je retourne à Montréal, où les arbres libres dépassent bien des maisons dans certains quartiers. Puis flashback à Berlin, ville aimée pour ses friches et ses espaces où la nature va sauvageonne. Je me remémore des jardins de la proche ceinture parisienne, ceux des mignonnes de Montreuil, des pêches. Souvenir d’une photo de ces murs à pêches, bâtis de telle sorte que les fruits bénéficient de la bonne chaleur pour arriver à maturité tout en étant abrités du vent !

Des jardins-forêts peuplent des villes et des campagne. Ils sont présents près des habitations. Ils sont forêts gourmandes et forêts militantes. Dans Jardins-forêts de Fabrice Desjours, je lis : « Les jardins-forêts sont comme des spectacles vivants, des pièces de théâtre comestibles où chaque figurant végétal prend sa place et développe son potentiel à mesure du déroulé des saisons… Tout change et tout est impermanent dans ces espaces où se mêlent à l’infini le sauvage et le domestiqué, dans ces espaces qui ont pour seuls metteurs en scène le temps et la créativité ».

Photo du livre Jardins-forêts de Fabrice Dejours, ouvert aux pages 38 et 39

Le jardin-forêt repose sur une conception du monde basé sur l’hortus. Cela signifie en latin « jardin luxuriant, richesse et ressources ». L’hortus est un espace étagé où règne la densité et la diversité. Dans les années 1960, Robert Hart a été un pionnier en Angleterre. Il est allé chercher son inspiration sous les tropiques. Le principe est qu’y sont implantés des arbres nourriciers, des arbustes, des buissons, des légumes vivaces, des plantes aromatiques et médicinales, des légumes-racines, des champignons et des lianes. La recherche est celles des interactions positives. Chaque jardin-forêt est unique. Cela invite à penser qu’un jardin-forêt est une œuvre d’art.

Je pense qu’il existe un réseau des jardins-forêts urbaines en lisant Désir de villes d’Eric Orsenna et Nicolas Gilsoul et Genres urbains, un livre qui rassemble plusieurs textes autour d’Annie Fourcaut. Lisons ce qui suit avec la même énergie que l’auteur du roman Les furtifs, Alain Damasio, d’un passage où il est question d’une libération joyeuse.

À Ramallah, s’inspirant d’un projet de l’architecte Alejandro Aravena, un squelette devient arbre béton avec des dents creuses. Une dent creuse peut devenir chambre ou jardin. Concevons des jardins-forêts dans quelques dents creuses. A Bordeaux, une agence acquiert des terrains clés pour les préserver de l’urbanisation et la Nature devient ainsi un Bien Commun. A Montréal, objectif Canopée sur la ville, la santé des arbres est surveillée par drones et des jardiniers sont invités à retourner « cultiver l’asphalte ». Des villes-arbres sont en projet près de Nanjing. L’architecte Stefano Boeri est confiant à ce sujet. Il est l’architecte du Bosco Verticale de Milan. Entre Saint-Denis et Sainte-Marie de la Réunion, la forêt jardinée est orientée nord-sud et les habitations sont resserrées. À Suresnes, Henri Sellier adoptait le principe de cité-jardins, « des modes d’aménagement esthétiques » de l’habitat. New-York fait naître une forêt sur les débris des Twin Towers tandis qu’à Rio de Janeiro, un ancien dépotoir à ciel ouvert s’est métamorphosé en jardin botanique écologique. À Metz, la Seille qui était busée et enterrée, réenchante la ville et conquiert la faune. A Helsinski, les forêts ont résisté à la pression urbaine grâce en partie à une ville construite sous terre. Il faut savoir que Helsinski se planifie dans son épaisseur. Tenez, le ministère de l’Agriculture et des Forêts travaille sur une cartographie cadastrale en trois dimensions. Des architectes, des habitants jardiniers et des jardiniers de métier, des employés concepteurs des services publics des territoires, des développeurs, des géographes-paysagistes transforment ensemble des villes en plusieurs points du globe. Les artistes hackent la ville sous ses voies de métro aériens, sur son béton et dans la forêt urbaine comme les danseurs de la troupe de Pina Bauch magnifiquement mis en scène par Wim Venders dans Pina. Ils tracent des promenades comme autant de fils entre les espaces.

Photo prise au pied de là où j’habite

Me voilà avec le désir de hacker les friches en ville. Peut-être que les maires qui aiment les arbres pourraient-ils acheter les terrains en friches achetables pour créer des forêts-jardins. Des conseils de copropriétés pourraient transformer des parkings enlaidissant en espace de forêt-jardin. Des AMAP pourraient se convertir aux forêts-jardins. Je me plais à y rêver quand je arpente mes 3,14 kilomètres carrés en toute proche banlieue parisienne.

Jardin actuellement fermé à Malakoff

A partir de là, j’imagine une association de cueilleurs et cueilleuses et de chefs et cheffes cuisto cuisinant les récoltes. A Mumbay, il y a le réseau des dabbawallah, un des plus efficace au monde de distribution. Lisez ce billet par exemple. Le « fait maison » pourrait être un « fait à la maison d’à côté de la forêt-jardins ». Uber cyclistes, pourquoi ne pas devenir des « wallah cyclistes » ?

Feuilles du confinement : les Hemos

Nous sommes confinés en nos murs, les nôtres et nos réseaux sociaux, la forêt resplendit, la pollution s’abaisse et les animaux curieux de notre comportement se hasardent dans les villes : cerfs en Grande Bretagne, sangliers à Fontainebleau et à Barcelone, canards avenue de l’Opéra à Paris, il n’est pas de jour où un oiseau étonné vient gazouiller à nos fenêtres. Le vivant vient à nos portes, curieux de l’expérience que le virus nous apporte.

Au Japon les cerfs sont sortis du parc de Nara pour excursionner en ville, tandis qu’à Carnac, les cygnes et les cervidés explorent nos plages désertes. En Malaisie, des groupes de singes affamés, naguère nourris par les touristes, parcourent les rues, n’hésitant pas rentrer dans des commerces aux portes disjointes. En Pays de Galles, des chèvres baguenaudent la nuit sur les jardins des cottages, se régalant des fleurs. Au Sri Lanka, le cerf axis se hasarde en ville, d’un pas assuré.

Les cerfs migrants de Richmond Park prennent possession des jardins de Londres et, en France, on a photographié hier deux téméraires qui exploraient la banlieue de Boissy Saint-Léger.

« C’est une parenthèse enchantée dans la relation entre l’Homme et la nature », souligne Pierre Dubreuil, directeur général de l’Office français de la biodiversité (OFB). Le ralentissement sans précédent des activités humaines profite à la biodiversité. Dans la capitale, la chute des pollutions de l’air, sonore et lumineuse « permet par exemple aux oiseaux de mieux réguler leur rythme journalier, d’avoir moins de stress », explique Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris en charge de la biodiversité et des espaces verts. « Avant, ils devaient décaler leur chant à cause du bruit des activités humaines dès six heures du matin. ». Anne Drevon, qui vit rue Montorgueil au coeur de Paris, nous raconte qu’elle entend son quartier, naguère le haut lieu de l’épicerie de bouche, redevenir forêt sonore.

Sur les routes, la diminution drastique de la circulation devrait largement profiter aux amphibiens, se réjouit Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) : « Des dizaines de milliers de crapauds et grenouilles sont écrasées chaque année, surtout en période de reproduction en février et mars, donc moins de voitures signifie moins de collisions, espère-t-il. Idem pour les hérissons, dont 1,8 million meurent tous les ans sous nos voitures. » Les conducteurs et promeneurs se font plus rares, mais également les chasseurs. « Dans un premier temps, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) semblait avoir obtenu du ministère des possibles dérogations en cas d’“enjeu sanitaire”, par exemple contre les sangliers ou les corbeaux », dénonce Madline Reynaud, de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). À la suite de protestations multiples, la chasse a finalement été totalement interdite, ainsi que le piégeage, le gardiennage et l’agrainage du gibier.

Un article très documenté de Lorène Lavocat pour le journal en ligne Reporterre, rappelle que « le coronavirus aurait été transmis aux humains à travers le pangolin et par une espèce de chauve-souris, dont les habitats sont peu à peu détruits par la déforestation. Du fait de la destruction des écosystèmes, « des animaux sauvages se retrouvent de plus en plus sur des territoires restreints, en contact plus souvent que prévu avec les humains et leurs animaux domestiques,résume Serge Morand, écologue spécialiste des liens entre biodiversité et épidémies. « Des contacts improbables se créent entre les humains, leurs animaux domestiques et des bactéries ou virus qui vivent avec la faune sauvage, avec des possibilités de passage accrues vers l’animal domestique et l’humain. » Reporterre reviendra dans les prochains jours sur les leçons écologiques à tirer de l’épidémie. « L’épidémie ne révèle rien, mais elle nous met dans une posture où l’on ne peut plus faire comme si on ne savait pas », conclut Vinciane Despret, anthropologue et autrice de Habiter en oiseaux (Actes Sud, 2019). »

À Chambord, biches, balbuzards et aigles bottés reprennent leurs territoires paisiblement, sans l’afflux des touristes qui les avaient fait fuir. Des paons se promènent à Rézé. À Courchevel dans les Alpes, on a vu un loup explorer les pistes de ski. Dans le parc des Calanques, hérons cendrés et fous de bassan, osent s’aventurer sur des espaces humains, désormais déshumanisés par le retrait des hommes. Des témoignages affluent d’oiseaux de nuit sur les fenêtres, de renards près des habitations, de pumas qui déambulent, comme à Santiago du Chili.

Deux paons à Rézé


Les villes occidentales sont devenues en quelques semaines les improbables zoos que les animaux, par un subit retournement viennent visiter. Changeons donc le mot de Zoo, impropre puisque sa racine vient du grec « animal », en Hemo, ce vieux mot latin qui a donné humus, la terre. Les Hemos seront donc désormais ces lieux où les animaux viennent contempler les hommes confinés qui, par un étonnant retour, attendent cette improbable visite pour la commenter sur les réseaux sociaux.

Mais qu’arrivera t’il lorsque nous oserons retourner dans les rues et les forêts qui sont leur territoire ? Les chasseurs et la police vont ils accepter ces animaux en liberté dans le tissu urbain ? Et ne pouvons nous pas désormais, nous inspirer du modèle indien qui accepte la cohabitation urbaine avec les animaux ? Le Canada, l’Angleterre, les pays nordiques esquissent quelques timides acceptations d’animaux dans les parcs, mais qu’en sera t’il du reste du monde ?

Un puma égaré à Santiago du Chili

Pour recueillir des informations sur la cohabitation des animaux et des humains en Inde, cf. le blog de l’autrice Bénédicte Manier (un article de 2017)

http:/lindeaufildesroutes.blogspot.com/2017/09/cohabiter-avec-les autres-especes.html

Une dernière chose : pour nous écrire, nous les confinés qui espérons la forêt : artsforeztiers@orange.fr

N’hésitez pas à nous adresser vos expériences de la vie sauvage qui se renouvelle sous vos yeux et vos oreilles. Et préparons ensemble le thème du prochain Festival des ARTS FOREZTIERS : Forêt nourricière du 17 au 20 juillet 200..
Les villes deviendront elles, pour un temps, la forêt des bêtes ?

Parlons de forestation urbaine et de reforestation périurbaine

Il est des livres qui comptent. « Made in India », de Bénédicte Manier, en fait partie. Ce livre est à lire comme un récit de voyage d’une femme qui va à la rencontre de personnes qui entreprennent des choses bien pour la nature, les gens, les femmes et les forêts. Il faut le lire avec une carte de l’Inde sous les yeux et voyager avec les doigts. Quand j’ai lu ce livre, j’ai dit à mes garçons : « Nous irons en Inde, nous planterons des arbres ! » J’ai dit cela à Bénédicte en sachant que nous avons décidé de partir en avril. Bénédicte s’est gentiment moquée de moi en me disant que planter des arbres au plus chaud de l’année est un non-sens. Nous sommes allés à la rencontre de personnes qui nous ont raconté leurs actions de forestation urbaine, à Delhi et à Bangalore, et de reforestation périurbaine, autour de Pondichéry. Nous avions commencé à faire leur connaissance en lisant « Made in India ».

A Delhi, Vimlendu Jha a fondé Sweccha. Vimlendu se définit comme un « entrepreneur social, écologiste et fou de design ». Il était jeune, étudiant, il se promenait sur les bords de la Yamuna, le fleuve qui passe contre Delhi, pleine de déchets. Il organise un grand nettoyage, il entreprend de planter des arbres nourriciers en ville.

En parallèle, Vimlendu organise des ateliers de recyclage. Il a aussi lancé une application Million Kitchen qui permet à des femmes de livrer des repas. La « ville comestible » peut devenir havre de résonance. De nouveaux espaces s’ouvrent alors pour un être-au-monde plus doux. Au moment où j’écris ces lignes il faut songer qu’à Delhi, quand on regarde la météo sur son téléphone portable, on y lit « very unhealthy air ». Ces nouveaux espaces urbains sont vitaux, des morceaux de forêts qui mitent la ville. Ces initiatives créent du souffle, de l’ombre, de quoi manger et imaginer des romances à l’ombre de pommiers. Je songe aussi aux bâoli, les puits  à niveaux, dont l’usage a été abandonné au fil du temps, après l’arrivée des Britanniques. Ils permettaient de récupérer les pluies des moussons. Le processus de dépossession de la maîtrise de l’eau est raconté par Rana Dasgupta dans Delhi Capitale. Nous avons été submergés de bonheur par la beauté des bâolis qui demeurent intacts. Pourquoi ils ne sont pas réutilisés, réinventés, c’est une énigme.

A Bengalore, Sundar Padmanabhan a été subjugué par la méthode Miyawaki. A ses débuts, il était cadre chez Toyota et c’est là qu’il a découvert la méthode Miyawaki . Il a quitté son travail et a fondé son entreprise de création de forêts urbaines primaires. Il s’est inspiré des techniques du japonais Akira Miyawaki qui permettent une croissance rapide des jeunes arbres. Les arbres font baisser la température sur la zone plantée de 5°. Dans une ville comme Bengalore, tout comme à Delhi, il fait souvent plus de 40° au plus chaud de l’année. Il faut songer à la force des arbres comme climatiseurs puissants ! Le secret, planter avec des espèces locales et parfois, ça demande de retrouver la mémoire géographique et ça demande de faire resurgir de la mémoire ! En France, on peut trouver de ces types de forêts, créées selon cette technique, à Paris notamment, https://www.reforestaction.com/blog/le-mois-de-la-foret-plante-une-foret-urbaine-miyawaki-avec-les-parisiens. A Bangalore, les policiers qui travaillent à côté de la forêt aiment s’y ressourcer. C’est là à l’ombre des arbres qu’ils installent des chaises où nous discutons avec Sundar sur les échanges entre les racines des arbres qu’augmente le réseau micellaire.

A Auroville, près de Pondichéry, Aviram Rozin a créé Sadhana Forest. Il y a quinze ans, là, où nous nous trouvons était un terrain sans arbre. C’est devenu une forêt. La forêt subtropicale sèche. Le secret de la reforestation a été la préparation du terrain. Il faut une terre meuble pour qu’une graine germe.

Aviram n’y connaissait rien au départ en reforestation, nous explique-t-il. Il s’est formé. Aujourd’hui, Sadhana Forest est une communauté qui accueille chaque année des volontaires. La forêt couvre 28 hectares et compte 28 000 arbres d’espèces autochtones dont plusieurs nourriciers. Faire revenir la forêt fait revenir l’eau et les paysans autour peuvent cultiver la terre à nouveau. Il fait très chaud dans le Tamil Nadu mais à l’ombre des arbres, la chaleur est parfaitement supportable.  Sadhana Forest dispense aussi des cours de permaculture en Haïti et au Kenya.

Tout en nous racontant cela, Aviram parle à un jeune arbre en lui disant qu’il serait bien qu’il pousse un tantinet plus harmonieusement et organise son espace pour que son énergie se répercute sur toutes ses branches. Il lui parle comme à un tout jeune enfant. Passant devant un autre arbre, il le salue. Il l’aime.

Nous sommes là en zone périurbaine en forêt. La forêt est ville en ce qu’elle est habitée d’une grande communauté. Chaque habitation est en hauteur par rapport au sol afin que les scorpions et les serpents laissent leurs habitants en paix. Pondichéry est à quinze minutes en scooter de là. Nous étions en pleine ville à Delhi et Bangalore. 

Les affiches du Festival arrivent avec le printemps

 Encore une fois, la situation de confinement que nous traversons, doit nous permettre une plus grande créativité… et peut être un peu de fantaisie et d’attention aux détails. Le printemps nous accompagne : observer par la fenêtre la nuit qui commence à montrer ses étoiles brillantes (la pollution francilienne décroît et fait concurrence au ciel limpide de l’Auvergne) est un spectacle nécessaire, de même que continuer à sourire et à réfléchir.
… Les Anciens disaient : dieu est dans les détails.. et c’est sans doute l’occasion de rééduquer notre regard  par l’attention que nous portons aux choses familières, familiales et vivantes. L’Art correspond à cette attention au monde qui se transforme.

Cet article va rassembler au fil de l’eau, les affiches que nous adressent les étudiants du DUT Multimédia de l’Université de Marne la vallée : ils continuent à préparer le Festival des Arts Foreztiers de 2020, confinés chez eux mais présents sur leurs ordinateurs. N’hésitez pas à faire des commentaires sur ce blog !

Après la première affiche de Julie SAINT-MARTIN et celle de Yasmine KOURICHI, incluses dans une précédente publication du blog des Arts Foreztiers,
Voici l’affiche de Minal LAD, très colorée et très gaie ! Un arbre au feuillage compact et cette étonnante couleur rose qui contraste avec le vert et le bleu … Serena LEANDRI imagine une verte frondaison de sapins altiligériens et autres arbres en silhouette, tandis que Minosoa ADRIANOMANANA fait chevaucher le programme sur les volcans, tandis que les fruits annoncent une belle récolte artistique ! Bravo les filles !

Ce jour, 27 mars, Robin RIVIÈRE nous envoie sa proposition d’affiche, axée sur les « bois noirs », ces sapinières qui parsèment les paysages d’Auvergne. Avec une belle courbe qui contraste avec l’horizon des sapins dans la brume !

Ce jour, 7 avril, Thibault PAULARD nous envoie sa proposition d’affiche, qui rajoute au logo du lézard, le vol joyeux de deux perroquets, qui, se pourchassant, symbolisent la vie entre les arbres !

Graphiste Minal LAD-
Graphiste Serena LEANDRI
Graphiste Minosoa ADRIANOMANANA
Graphiste Robin Rivière

Graphiste Thibault PAULARD

Le festival des arts Foreztiers fête ses dix ans

Il y a dix ans, le village de Chavaniac-Lafayette et son Château accueillaient une manifestation naissante de douze artistes sur le thème des “Quatre vivants”, que l’on pouvait interpréter comme les quatre points cardinaux, les quatre éléments réunis autour de ce village mythique de Lafayette et de la Ferme Saint Éloi.

Dix ans… comment décrire ce qui s’est passé en dix ans ? De la première année en août 2010 où le Festival de création des Arts Foreztiersa débuté en la cour triangulaire du château de Chavaniac et le joli square de l’alliance Lafayette-Washington (rebaptisé par l’artiste Lolly David, square de la Liberté) sur le thème Les Quatre Vivants,

Douze artistes en 2010, quarante en 2016, cinquante créateurs en 2018… et en 2020 ?

Un nouveau thème : FORÊT NOURRICIÈRE qui va exprimer la diversité des expériences créatrices sur l’ensemble du village du 17 au 20 juillet 2020…


Depuis 2010, la manifestation a crû régulièrement en qualité, en nombre et en notoriété. Nous avons présenté en 2018 les œuvres et les créations de quelque 50 artistes, hommes et femmes, jeunes et expérimentés, dont l’originalité esthétique a été remarquée à l’échelon régional mais aussi national (le mensuel de référence Artension signalait le Festival parmi les 19 meilleurs Festivals de plein air de l’été 2018) et international depuis 2013 avec une première expression d’artistes chinois en Haute Loire. Cette croissance internationale sur un site de montagne est toute à fait exceptionnelle, liée à l’esprit d’ouverture de la manifestation: venus de Shanghai, de Taiwan, de Noailles (Haïti), d’Australie et de Russie, ces artistes contribuent à faire connaitre le village et ses paysages alentours, du Puy en Velay à Brioude et la Chaise Dieu. Du côté français, les artistes se sont déplacés d’Angers, de Saint Étienne, de Lyon et d’Ile de France à notre appel. Enfin, la région regorge de créateurs de qualité à Chanteuges, Connangles, Blassac, Brioude, Pébrac, Pinols, Saint Ilpize, Vals le Chastel, Saint Didier sur Doulon… Ces créateurs forment le noyau fidèle des artistes foreztiers qui reviennent régulièrement créer ensemble lors du Festival.

Un des principes du Festival est que, dans la mesure du possible, les artistes soient actifs, partenaires des équipes vertes qui les aident à installer les œuvres sur l’ensemble du village lors des jours qui précèdent le Festival. Certains artistes, venus de loin, sont en résidence sur la ferme Saint Éloi pendant plusieurs jours – parfois plus d’une semaine – en fonction de leur éloignement et aussi de leur volonté de s’imprégner des lieux inspirants de cette Auvergne sylvestre. Lors de la manifestation qui dure trois journées pleines, les créateurs (peintres, photographes, sculpteurs, céramistes, performers en danse et en musique) présentent eux-mêmes leurs œuvres au public, afin de le faire participer à ce rassemblement d’artistes. Depuis sept ans, un tableau collectif est réalisé par les passants et les artistes réunis et, depuis cinq ans, le centre de loisir de Paulhaguet participe, par une journée d’exposition des travaux des enfants sur le thème de l’année.

Depuis 2018, les étudiants du DUT Multimédia de l’Université de Marne la vallée participent de la création de l’affiche des Arts ForeZtiers ( accompagnement par Sylvie Dallet ). Cette année encore les promotion des premières années de l’IUT de Champs sur Marne s’engagent sur le chemin sylvestre d’une affiche originale !

Graphiste Julie Saint Martin
graphiste Yasmine Kourichi

Nous avons décidé de montrer quelques affiches qui émergent, afin de ne pas réserver à la seule équipe des Arts ForeZtiers le plaisir de choisir entre quelque 50 propositions..
Julie Saint Martin nous adresse sa première version de l’affiche, une canopée stylisée qui s’élance vers le ciel…. et Yasmine Kourichi une autre suggestion, un bol forestier et sa longue cuiller sur table de bois…

Des Forêts de Lettres

Lorenzo Soccavo, auteur (blog et FB : Futurologie de la lecture) et membre de l’Institut Charles Cros, partenaire du Festival des Arts Foreztiers, nous adresse ce texte qui explore les liens entre la Forêt et la Lecture… en annonce du thème de Forêt nourricière, sujet du prochain Festival (du 16 au 20 juillet 2020)…

Un autre regard sur la forêt nourricière…

La forêt est un effet de réel du langage. Une illusion cognitive.

Car, hors l’entreprise humaine de tout nommer, qu’en serait-il réellement ?

Nous désignons en langue française cet ensemble que nous nommons « forêt » du nom de « forêt » dans l’ignorance de ses racines (une étymologie foisonnante) qui se coulent jusqu’à des temps immémoriaux, de ceux dont nous n’avons pas gardé la mémoire consciente.

Le rassemblement de ceux qui forment forêt en un lieu donné, nous les nommons « arbres ». Mais nous avons aussi désigné différemment ces arbres en fonction de leur espèce, puis nous avons nommé chaque partie de ces arbres, non seulement les racines, le tronc et les branches, les feuilles et les fruits, mais également les plus infimes divisions que nous pouvions opérer jusqu’aux parties intérieures, et nous avons produit un lexique considérable autour de l’exploitation humaine des arbres, et finalement nous avons été jusqu’à les capturer au cœur même de nos mythes. Énormément de mots. Mais quel rapport notre vocabulaire entretiendrait-il encore avec ce qui serait la réalité ?

Nous vivons dans une fiction…

Nommer ainsi le monde c’est en faire des ustensiles de théâtre et des décors de cinéma.

Dans l’un de ses joyeux et subtils romans, La Vouivre (1943), Marcel Aymé faisait dire à la charmante créature : « Pour moi qui ai connu le pays autrefois, je trouve la campagne bien fade avec votre bête de blé, vos champs de pommes de terre et tout ce vert plat à faire lever le cœur. Si tu avais vu, il y a seulement cinq mille ans, ce fouillis, cet emmêlement du bois mort et du bois vif, cette bataille des plantes pour se pousser à la lumière, quelle pagaïe ! Aujourd’hui, vos rasibus à blé et à pommes de terre, le village bien assis au milieu, et les prés à vaches et les vues filées à travers deux rideaux de peupliers, c’est fait comme un jardin. Et la forêt : des arbres plantés comme des asperges, les coupes, les futaies, les taillis, tout bien ordonné, divisé, et les allées droites, les carrefours, les sentiers. C’est le parc au bout du jardin. »

Dans la succession des décors, dans le téléfilm de nos vies quotidiennes, même en simples figurants ou figurantes, pouvons-nous quitter la scène que cette Mélusine nous décrit et passer de l’autre côté des représentations que les mots engendrent ? Est-ce encore possible ?

Un échange de souffles…

Forêt, peinture de Katarina Axelsson (Suède)

Comment les non-humains, comment le vivant qui se développe dans un autre système de communication que celui de notre langage perçoit-il ce que nous appelons « le monde » ?

La romancière Sylvie Germain approche semble-t-il cette sensation dans son roman A la table des hommes (2016) : « Le monde leur est à la fois opaque et évident, ils ne le réfléchissent pas, jamais ils ne s’étonnent devant lui, ils se tiennent simplement, totalement, en son sein. L’espace alentour, aussi beau soit-il par endroits, ne fait pas pour eux paysage, ils ne le contemplent pas, ils posent sur lui un regard lisse, luisant de candeur. Ils le hument, ils le respirent par tout leur être, les yeux mi-clos. Ils l’inspirent et l’expirent à une juste cadence ; tel est le dialogue qu’ils entretiennent avec lui – un continuel et pénétrant échange de souffles. ». Comment se fait-il alors que ce soit paradoxalement par la lecture de tels mots que nous pourrions déjouer l’illusion que les mots entretiennent ? Quelle est donc cette sorcellerie ?

Cela vient d’un rêve…

Cette sorcellerie est celle de la lecture et j’avance l’idée que la lecture serait sortie du bois bien avant que les hommes inventent les écritures et façonnent leur monde en une succession de paysages.

Cette image de la lecture sortant du bois m’obsède en fait depuis un rêve que j’aurais fait il y a plusieurs années. J’emploie le conditionnel car le temps passant je ne suis plus certain de pouvoir faire honnêtement la part du rêve de celle de l’élaboration affective et intellectuelle qui depuis lors est à l’œuvre que je le veuille ou pas.

Davantage qu’une image, ce qui persiste en fait en moi c’est d’abord un double sentiment : celui à la fois d’une attente et d’une inquiétude. Puis s’impose le souvenir, probablement un faux souvenir, une reconstruction, de ma présence un jour au bord d’une route de campagne, et séparé d’une forêt par un champ. Mais une forêt d’où la lecture allait sortir.

En vérité j’ai presque l’impression de revoir la scène en vision subjective comme si je l’avais un jour réellement vécue : je suis au bord d’une route de campagne et en face de moi il y a un champ, de terre labourée il me semble, qui s’étend jusqu’à la lisière d’un bois.

Avec une certaine appréhension, nous guettons la lecture qui va sortir du bois et venir à nous. J’écris nous car j’ai le net sentiment que nous étions plusieurs, et même assez nombreux je crois. Je ressens les autres autour de moi.

Dagnan -Bouveret

Nous sommes donc là, et tout à coup nous sentons une présence à la lisière. Cela remue un peu dans les buissons. Légèrement. Puis Cela sort calmement du bois et s’avance vers nous autres assemblés qui l’attendions. Cela nous rejoint dans le monde ordinaire. Car, oui, Cela nous a accompagnés lorsque nous sommes partis. Je veux dire précisément que Cela serait venu avec nous dans notre monde. Mais évidemment je me suis réveillé au moment où dans mon rêve mon regard allait se poser sur. Sur quoi ?

Cependant c’est ainsi que j’imagine l’arrivée de la lecture, car j’ai le pressentiment que c’est d’elle qu’il s’agissait dans mon rêve.

Sortir du bois…

Que se passe-t-il lorsque la lecture qui sort du bois croise la lectrice ou le lecteur qui entre dans la forêt, et que leurs regards, comme leurs chemins, se croisent eux aussi ?

Que nos ancêtres soient descendus des arbres et soient un jour sortis des forêts, ou bien que depuis la savane une horde primitive ait observé de loin la lisière des bois, ou bien encore qu’il y eut un temps où il n’y avait que forêts, il n’empêche que le livre, par sa racine étymologique liber (évoquant l’écorce des arbres), ses feuilles, les bibliothèques, qui étaient à l’origine les coffres de bois dans lesquels on le protégeait, et par bien d’autres aspects encore, le livre est lié au végétal.

Associée originellement au vivant, la lecture a son tempo significatif, ses rythmes singuliers induits par la musicalité intérieure de la langue, mais aussi par les effets de répétitions de certains éléments sonores et visuels qui la structurent et sont parfois très subtils ; il y a un pouls de la lecture dont l’écho porte les résonances des matériaux multiples qu’elle rencontre, des papiers aux organes phonatoires des lecteurs.

Revivre cette scène…

Comment percevrions-nous le monde par le prisme d’une pensée non-verbale ? Sans la médiation du langage ? Et, paradoxalement, ne pourrions-nous pas approcher de cet impossible par le truchement de la lecture ?

Je propose ce qui pourrait être une performance au sens propre, de remettre en actes, de revivre en situation cet épisode onirique d’humains guettant l’arrivée de la lecture. Peut-être éveillerions-nous une mémoire enfouie ; de certains gestes, d’une inquiétude latente pourrait resurgir un éclat de l’ineffable rencontre de nos ancêtres avec le récit du monde.

Si nous remplacions la double métaphore bien connue du monde comme livre et du livre comme monde, par celle de la lecture qui sort du bois et de la lectrice ou du lecteur qui entre dans la forêt que se passerait-il ? Si nous faisions le choix d’un mode d’abstraction qui nous extirperait peut-être en partie, un peu, des illusions du langage ?

Lorenzo Soccavo

Le tableau « Dans la forêt » est une allégorie du peintre Pascal Dagnan Bouveret (1892). La femme de dos, qui est elle ? La présence de la joie musicale ou des sonorités du texte ?

Les enfants verts, conte ou prophétie de la forêt nourricière ?

peinture Sylvie Dallet (techniques mixtes, automne 2019)

Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature 2018, est aussi une femme engagée, attentive à la nature des hommes et des plantes. Elle a publié un extraordinaire roman policier favorable aux animaux, dans lequel elle se met en scène, horrifiée par la chasse :

Sur les ossements des morts (2012) est un roman proche du style de Fred Vargas, finesse et humour brodent un récit foisonnant qu’il faut lire et relire.
On connait moins son opuscule les Enfants verts, un conte initiatique qui s’inspire pour les métamorphoser deux épisodes mythiques de deux enfants issus de la forêt anglaise, allemande puis polonaise.

Pour mémoire, des récits anglais du XII ème siècle mentionnent une première fois l’apparition d’enfants verts. Dans le comté de Suffolk, deux enfants à la peau verte seraient apparus, capturés dans la forêt par les paysans village de Woolpit. Frère et sœur, les enfants verts s’exprimaient dans une langue inconnue et refusaient de manger autre chose que des fèves. Au fil du temps, ils apprirent à se nourrir d’autres aliments et perdirent leur couleur verte, mais le garçon, malade, mourut peu après le baptême des enfants. La fille s’adapta à sa nouvelle vie, mais son comportement continuait à présenter des signes d’insoumission à la vie en société.

Cette histoire n’est mentionnée que dans deux sources médiévales : l’Historia rerum Anglicarum et la Chronicum Anglicanum. Elle constitue peut-être un compte rendu d’un événement ayant réellement eu lieu, mais il est possible qu’il ne s’agisse d’une légende populaire décrivant une rencontre imaginaire avec des créatures souterraines ou extraterrestres. Le mythe se situe là dans toutes ses caractéristiques : apparition, étrangeté, relatée oralement par la mémoire populaire. Le poète et critique britannique, Herbert Read s’inspire en 1934 du mythe au travers son unique roman, L’enfant vert. Dans ce récit, le héros, The Green Child,  retrouve la soeur et voyage avec elle dans le monde d’origine des enfants verts, où il découvre la sagesse et le sens de l’Univers. Une sorte de Petit Poucet qui n’aurait pas quitté la forêt nourricière.

L’auteur John Macklin a raconté une histoire très similaire à celle des enfants verts dans son livre Strange Destinies (1965), qu’il situe en Espagne dans un bourg nommé Banjos. Un après-midi du mois d’août 1887, deux enfants sortirent d’une grotte située aux alentours du village de Banjos. Ils marchaient en se tenant par la main et traversèrent un champ où des paysans étaient en train de moissonner. Ils avaient l’air craintif et ils parlaient un langage incompréhensible. Leurs vêtements étaient faits d’un tissu inconnu et leur peau était complètement verte. Comme les enfants du Suffolk, le garçon ne survit pas, tandis que la fille vécut encore quelques années, intégrée en apparence à la communauté du village.

Dans la culture des pays celtiques, le vert est souvent associé au peuple du Sídhe, fées qui vivent dans des royaumes souterrains bâtis sous les tertres. Une autre symbolique relie la couleur verte à la mort, en accord avec la conception traditionnellement répandue selon laquelle les fées seraient les esprits des personnes défuntes. 
La couleur verte sous-entendrait donc que les deux enfants venaient du monde des fées/des morts. Selon certains folkloristes, ce fait serait renforcé par le fait que dans la culture populaire les fèves sont la nourriture des défunts. L’hypothèse extraterrestre est également régulièrement évoquée.

L’histoire des enfants verts se retrouve en Europe centrale : Olga ToKarczuc lui consacre un conte très court où elle suggère une sorte de communauté anarchiste d’enfants retournés vivre dans les arbres, à la peau légèrement verdâtre, par proximité des feuilles.

L’époque a changé de visage, mais la double découverte reste la même : deux enfants apeurés, dont l’existence mystérieuse fait réfléchir les scientifiques et créent de la légende…
Au XVIIe siècle, William Davisson, un botaniste écossais, devenu médecin particulier du roi polonais Jean II Casimir, suit le monarque dans un long voyage entre la Lituanie et l’Ukraine. Esprit scientifique et curieux, il étudie les rudesses climatiques des confins polonais et les coutumes locales. Un jour, lors d’une halte, les soldats du roi capturent deux enfants. Les deux petits ont un physique inhabituel : outre leur aspect chétif, leur peau et leurs cheveux sont légèrement verts… Le médecin va observer leurs comportements…

Comment ne pas songer à cette insurrection actuelle des enfants pour le Climat ?
L’imaginaire se déploie à des moments de faille… dans une forêt qui nourrit des Enfants verts…