Les Arts foreztiers en langue berbère

Les-arts-forestiersDeux approximations (art de la verdure ou art forestier en dialecte kabyle des Babors) transcrites en tifinagh, le plus ancien alphabet berbère. Ces écritures nous ont été envoyées d’Algérie (Université de Sétif) pour honorer l’initiative des Arts ForeZtiers.

L'arbre du sommet du monde 1-2
Un des cèdres au sommet du Babor

Les Babors sont une région humide et boisée, située dans la partie orientale de l’Atlas algérien, dans la Petite Kabylie (Kabylie des Babors) à 70 kilomètres au nord de la ville de Sétif. Les Babors est le nom donné à deux massifs jumeaux : le Djebel Babor (2 004 mètres d’altitude) et le Tababort (1 969 mètres d’altitude).

Un parc national  de 1 700 hectares a été créé sur le Babor proprement dit. Il offre un biotope abritant de nombreuses espèces endémiques, car après la séparation Afrique-Europe, les espèces européennes se sont réfugiées dans les hauteurs des massifs maghrébins et ont évolué différemment. Les deux endémiques les plus célèbres du Babor sont le sapin de Numidie,  et, pour la faune, la Sittelle kabyle. Le parc abrite également des cèdres et des singes magot.

Tuksi foret

Robins des bois en Estonie

Les derniers Robins des bois du XXe siècle européen sont deux frères du pays balte de l’Estonie, les frères Aivar et Ulo Voitka, devenus les symboles de la résistance forestière des Estoniens,  qui offre des échos dans deux autres pays baltes contigus, la Lettonie et la Lithuanie.

Ces deux jeunes Estoniens de 18 et 17 ans, ont vécu cachés durant quatorze ans dans la forêt pour échapper au service militaire soviétique : en 1986, l’Estonie est un satellite de la Russie communiste. Cette contrée doit fournir son lot de jeunes recrues à l’Armée Rouge qui combat en Afghanistan. Refusant la conscription, les frères Voitka s’enfuient dans les forêts profondes du sud du pays, à 160 kilomètres de la capitale Tallinn. En habits militaires, le fusil à l’épaule, ils se construisent des caches souterraines pour se protéger du froid et des militaires. Ils y installent le chauffage et, pour se nourrir au delà des ressources de la forêt, braquent les quelques magasins en lisière des bois immenses. Malgré ces braconnages, l’histoire des frères Voitka se répand dans la population estonienne comme un vent de fraîcheur. Ces deux jeunes sont perçus des héros, des résistants au joug communiste voisin. En août 1991, l’Estonie accède à son indépendance et les Voitka demandent alors une amnistie au jeune gouvernement. Après un premier refus de cette grâce, les frères restent terrés dans les taillis, comme naguère Robin des Bois. En février 2000, piégés dans une cabane fortifiée en la forêt, Aivar et Ùlo, désormais âgés de 32 et 31 ans, se rendent aux autorités après un siège de six heures, la plus grande opération policière d’Estonie.

Peu après son arrestation, Aivar, considéré comme fou, est interné, tandis que son jeune frère Ülo, reconnu coupable de 21 chefs d’accusation, est condamné à trois ans de prison. L’opinion publique, par médias interposés, prend le parti des deux frères, qui symbolisent désormais l’Estonie rebelle et libre. Devenus des icônes, l’odyssée sylvestre des frères Voitka inspire un groupe de rock, un film et des jeux vidéo. Significativement, la promenade en forêt que font tous les écoliers estoniens est désormais appelée la Journée Voitka.Esthonie

L’Estonie est un pays couvert pour moitié de forêts, principalement de bouleaux, de résineux et peupliers. Seules 6 % de ces forêts immenses peuvent être considérées comme des forêts anciennes. La population balte, christianisée à la fin du Moyen Age, se reconnaît dans une spiritualité fortement animiste, proche de la nature, des lacs et des forêts. Sa littérature en porte une trace intime et ses chants collectifs traduisent la mémoire du vent, des arbres et des oiseaux. La tradition chantée reste vivace de même que chez les autres peuples baltes, lettons, finlandais et lithuaniens.

En août 2015, la chanteuse Lettonne Anda Peleka chantait en plein air pour le Festival des Arts ForeZtiers 2015 des mélodies de la forêt sur une cithare balte en bois de tilleul, le kokle.  En juillet 2016, l’éditrice  et poète Nicole Barrière interprétera à Chavaniac quelques poèmes lithuaniens sylvestres, issus du recueil  « Coeurs ébouillantés » (les oeuvres écrites de 17 femmes poètes) qu’elle a coordonné avec Diana Sakalauskaitė (Harmattan, 2012).

« Nos racines ne sont pas dans notre enfance, dans le sol natal, dans un lopin de terre, dans la prairie enclose où jouent les enfants de la maternelle. Nos racines sont en chaque lieu que nous avons un jour traversé. « (Karl Ristikivi, romancier et poète Estonien)

Carnet de travail (Hiver 2016)

Pages de carnet récoltés lors de notre première visite à Chavaniac-Lafayette.

à écouter en musique.

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Cordes de violoncelle tendues. 

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Analyse du phonotope de la forêt. Feedback avec installation de cordes et de claviers. Jusqu’à épuisement des piles.

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Under-score (collection de pas), Partition circonstancielle

arts-foreztiermUnder-score (acculer une stère lentement), Partition circonstanciellearts-foreztierlUnder-score (Barbelés), partition circonstanciellearts-foreztierkUnder-score (comme des carottes), partition circonstancielle.arts-foreztiero

Under-score (Quelconque), partition circonstancielle.

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Célio étudiant la phytosociologie.

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 Croquis pour une installation sonore. Sacs+Cordes+Branches+ Voix.

 

 

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Les archéologues de la belle Étoile, au ravin forestier de Vals

Depuis plus de vingt cinq années, dans un ravin forestier des hauts de Vals le Chastel, une équipe pluridisciplinaire du laboratoire d’archéologie du futur fouille l’épave d’un étrange vaisseau que nous avons nommé la Belle Étoile. De la carlingue, elle a extrait les célèbres manuscrits d’Imago Sékoya ainsi que de nombreux documents et objets. Des cupules éparpillées par le krach elle invente, à chaque campagne de fouilles, de nouvelles découvertes.

Quatre membres de l’équipe seront présent à Chavaniac pour les Arts Foreztiers 2016:résidence-Fred-Raymond

Franck Watel conte l’historique de ce travail et détaille plus spécialement les voyages d’Imago Sékoya. Il présentera un calendrier marsien daté de 2540, dont chaque mois est dédié à un arbre.

Éric Terrier représente le Vals Techlab, il dévoile sons et images numériques, spécialement celles retrouvées dans la mémoire d’un scaphandre marsien. Il s’attardera sur la flore de Mars.

Alain Freytet travaille inlassablement le terrain de fouilles en étudiant avec minutie les roches d’impactites ; il est aussi impliqué dans la description des paysages de Mars terraformée en 2540. Son intervention traitera d’un système autosuffisant mise en oeuvre lors de la colonisation de Mars : l’arbre d’Isidis.

Frédéric Raymond est le formidable inventeur de la cupule 002_F-14 de l’amas du verger qui recèle des traces indéniables d’une vie extraterrestre.

 

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L’arbre vivant et l’arbre mort de l’église orthodoxe

 Myriam Wazé envoie ces photos et texte :

« Chaque fois que je vais assister à un office dans cette petite église orthodoxe russe, je ne cesse de m’émerveiller devant l’originalité de ces deux troncs d’arbre qui semblent faire partie de la charpente. La minuscule église du 91 rue Lecourbe (Paris) a été construite autour de ces arbres dans les années 1920. De l’un, il n’en reste que le tronc, mais l’autre est bien vivant puisque on aperçoit la partie haute qui dépasse de la toiture.arbre orthodoxe 1

Le revêtement intérieur de l’église,  en lambris de bois foncé, les icônes en bois peint confèrent à ce lieu une sérénité apaisante et  enveloppante.

Et cet arbre qui a été sauvegardé a quelque chose de quasi sacré, puisqu’il représente la vie, rendant comme sensible la présence divine.C’est une représentation insolite et inattendue de la présence d’un arbre dans un lieu où on ne l’attend pas. Il agit sur moi puisqu’il évoque la Russie, la taïga et ses forêts…

Toute la présence du vieil arbre mort et de celui qui est vivant concourt à un ressenti mystique, si typique de ces sombres églises orthodoxes. L’odeur de cire brûlée des petits cierges renforce une forme d’élévation spirituelle, comme si cet arbre vivant devait manifester une forme de vie, côtoyant la mort et le souvenir des défunts.aebre orthodoxe 2

Ce sont plus des impressions personnelles que philosophiques qui me permettent de me sentir bien dans ce lieu. Est ce due à la seule présence de ces deux arbres ? Mais à coup sûr, ils rendent vivante cette église qui n’est ouverte que lors des offices. »

 

le chemin des Sausses

Récit d’une forêt de Yakoutie

Au nord-est de la Sibérie, dans les boucles du fleuve, vivent le peuple Sakha (yakoute), attaché à la pêche et à l’élevage. En 1929, une jeune auteur Nicolaï Neoustroïev issu du monde paysan, refondateur du théâtre Sakha, met en forme un vieux récit de son peuple, le Pêcheur ( (Balyksyt) que les éditions Boréalia publient pour la première fois en français en 2012, accompagné du film récent de Viatlechsav Semionov, tourné en république Sakha. La forêt est animée de l’esprit de Baianaï, l’esprit de la taïga touffue. Le texte ancien et le film font la part belle à l’âme des paysages, dans un sensibilité animiste, qui a été, dans les années 1930, réprimée en Union Soviétique.

Cet extrait pourrait se nommer : « Juste la joie d’être dans la nature.. »

« Quelle merveille ! Qui donc  a voulu que Dame nature fasse pousser ici cette forêt si noire qu’elle masque à la fois le soleil et le ciel ?

Et quelle immense forêt les amis ! Le vent souffle avec force sur ses mélèzes majestueux dont les branches pesantes se balancent lentement. C’est comme si les arbres refusaient de gratter de leur cime le plafond du ciel bleu et s’élançaient de toute leur hauteur depuis la terre gelée.
Aucun bruit ne vient troubler la quiétude environnante. On pourrait entendre le silence. Parfois un lièvre apeuré se faufile comme un éclair parmi les arbres.  Il arrive aussi que dans le ciel scintillant, on aperçoive un coq de bruyère scrutant le ciel, perché au sommet d’un mélèze.(…) Je lève les yeux et aperçois, dans les hauteurs du mélèze, le nid d’un balbuzard. Entre les branches, le nid de l’aigle pêcheur ressemble aux cheveux d’un sauvage qui auraient été coupés avec un couteau aiguisé. De temps en temps, l’oiseau s’élance hors de son abri touffu. Ses ailes noires déployées, il fait le tour du lac, puis disparaît aussitôt (…) Dans ce monde ou tout est sacré, il n’y a ni animal ni oiseau qui ne soient faits pour être admirés. »

Chêne liège 800 ans (monastère Beit Mery, Liban, photo S.Dallet)

Un vieil arbre symbolique, né au sein des batailles

On date de 911 la naissance du chêne d’Allouville  Bellefosse, ce qui coïncide avec la création du duché de Normandie (« Pays des hommes du Nord »), issu des raids vikings.  Ce chêne, actuellement  d’une douzaine de mètres de circonférence est creux.La légende lui assigne d’avoir hébergé Théobald du Cerceau, qui de retour de la cinquième croisade, se fit ermite au sein du grand végétal.   Il avoisinait jusqu’à l’époque moderne, deux arbres magnifiques, de même trempe : un hêtre et une épine noire, également plantés entre le cimetière et l’église.

En 1696, quarante enfants des écoles pouvaient y tenir ensemble. Le curé de la paroisse y fit alors construire un sanctuaire dédié à la Vierge, Notre-dame de la Paix. Sous la Révolution française, quelques ennemis des symboles de l’Ancien Régime, vont enflammer les trois arbres. Seul le chêne restera intact, préservé par l’instituteur, Jean- Baptiste Bonheur, qui  transforma l’offertoire marial en temple de la raison.

Monument historique depuis 1932, un film  comique des années 1980, Le chêne d’Allouville   réactualise l’ancienne querelle des amoureux et des détracteurs de l’arbre, suggérant une bataille paysanne pour préserver l’arbre des promoteurs.  Actuellement fragilisé, le chêne millénaire survit grâce à des étais, mais suscite chaque année la visite de  plusieurs milliers de curieux qui rêvent encore à la longue histoire des arbres…

 Dans une dimension analogue,  mais sans que les passants viennent le saluer, un olivier plusieurs fois centenaire continue a croitre sur la montagne libanaise,  dans la cour du sanctuaire Beth Mary. Il a survécu à bien des misères, tant son tronc est constellé de pierres broyées par les racines (photo à la une).  Plus proche du village de Lafayette, un tilleul creux offre une belle ramure sur le village forezien de Varennes Saint-Honorat. On peut imaginer que ces arbres, refuges ou sentinelles, plantés près des cimetières, sont les témoins d’un passé qui façonne profondément notre inconscient collectif.