Fête des Plantes à Chavaniac-Lafayette les 1 et 2 juin

L’association festival des Arts Foreztiers participe à la foire « Fête des plantes » organisée par l’association Les Jardins Fruités, le week-end du 1 et 2 juin 2019 à Chavaniac Lafayette. Le thème en est « jardins au naturel »…

A la Ferme saint Eloi, devant la grille du Château dans le jardin et dans la grange… ancienne ferme restaurée des Lafayette

Plusieurs artistes sont pressentis et seront présents pour continuer le dialogue des Arts ForeZtiers sur le jardin et les dépendances de la Ferme Saint Éloi, devant le château de Chavaniac.

Pour l’occasion, la mandragore géante créée par Franck Watel (avec Eddy Saint-Martin) pour le Festival 2018 sera de sortie…

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Ce partenariat des Arts ForeZtiers aux Jardins Fruités s’exprime par un exposition d’oeuvres originales liées au jardins du monde (Guyane, Russie, France) :

– les photographies inédites de Sylvie Dallet (jardins de Guyane, route de Saint Laurent du Maroni) d’Albert David (les pins de boulange du Zouave et fleurs étranges)

et celles de deux artistes russes : Olga Kataeva (Lignes de vie au Jardin) et Kirill Bugaev (les jardins historiques de Kommunal et de Peterhof, Russie)

Olga Kataeva Rose neige
Feuilles- Kirill Bugaev
  • des peintures d’Eddy Saint-Martin et de Diane Cazelles, des sculptures forgées des Forgerons de Noailles et bien d’autres surprises créatives et artistiques…
  • et toujours le partage de l’écurie historique de la Ferme Saint Éloi avec l’association « Adrienne et Eugénie » qui y exposera des dizaines de photographies locales..
  • et aussi une buvette et la possibilité de goûter des tripes à l’ancienne et la soupe d’orties, préparées par Anne Monsonis et Gilbert Schoon
  • des conférences sur la reforestation en Inde par les globe-reporters des Arts ForeZtiers, Céline Mounier et Albert David à 16 heures le samedi et le dimanche

Weixuan Li, vernissage parisien

La jeune peintre Weixuan Li (elle vient d’avoir trente ans) retourne en Chine en cette fin d’avril 2019 et promet de revenir dès que possible au Festival des Arts Foreztiers. Elle vient en effet d’être reçue docteur en Art par l’Université de Paris Saclay, sous la direction de Sylvie Dallet et Emmanuel Lincot. Sa thèse portait sur l’oeuvre de Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929) et son influence sur la peinture à l’huile de la Chine contemporaine.

Elle a participé activement aux Festivals des Arts ForeZtiers de 2015, 2026 et 2018, et, avec enthousiasme, promet d’y revenir en juillet 2020 (les 10 ans des Arts ForeZtiers) accompagnée de nouveaux artistes chinois. La découverte des paysages d’Auvergne a donné naissance à plusieurs oeuvres, réalisées sur place en résidence d’été à la Ferme Saint Eloi (Chavaniac-Lafayette).

Parmi les peintures non encore exposées, elle a confié à Sylvie Dallet celle qu’elle n’a pas encore terminé : « l’Allée des pommiers », réalisée in situ devant la ferme Saint Éloi…

Elle convie tous ceux qui ont aimé ses peintures réalistes à une rétrospective de son travail au 24 rue des écoles à Paris. Étaient présents au vernissage, parmi les nombreux invités : Benedetto Repetto et Letizia jeunes docteurs de la même promotion, Giulia Bogliolo Bruna (autrice de l’ouvrage « Objets messagers de la pensée inuit » publié dans la collection Éthiques de la Création de l’Institut Charles Cros, postface de Sylvie Dallet), Rosine Astorgue, Anne et Félix Monsonis et ses parents venus de Chine la soutenir.

Du 21 au 27 avril, entrée libre.
Vernissage mardi 23 avril de 18 à 21 heures.

Ann Eisner, peintre de la forêt des Pygmées

L’artiste new-yorkaise Anne Eisner (1911-1967) vécut dans l’ancien Congo belge (aujourd’hui la République démocratique du Congo) de 1940 et 1950. La passion qui la liait au très original anthropologiste de terrain Patrick Putnam l’amène à séjourner dans le Camp Putnam (station de recherche, lieu d’hébergement et dispensaire médical qui porte aujourd’hui le nom d’Epulu) à la lisière de la forêt tropicale humide de l’Ituri. Son engagement auprès des populations de la région l’a, ensuite, convaincue de s’y installer et de partager la vie des populations autochtones. 

Ann Eisner voyait la forêt comme un refuge, attentive à la relation sociale et philosophique que les Pygmées Mbuti avaient tissé avec cette sylve profonde. Engagée dans le quotidien de cette population qui lui avait accordé sa confiance, elle a élevé à leur demande, trois bébés orphelins Pygmées, dans la tradition étendue des « mères » de la forêt. Cette tradition s’inscrit dans un réseau secourable qui comporte les grand-tantes, les tantes et les voisines. Fascinée par une organisation sociale proche de l’entraide des arbres, l’artiste s’inspire aussi des manifestions artistiques locales, inscrites sur de l’écorce battue ou sur les corps. L’analogie entre l’écorce et le corps est évidente.

Peinture Ann Eisner (collection privée)

La peinture d’Ann Eisner comporte cette réflexion sur la trace de la forêt dans es rapports sociaux. À son retour aux États-Unis, elle fait don à l’Américain Museum of America History de 22 écorces battues et autres objets de sa collection.

Village Pygmée de la forêt


Un article lui est consacré dans les Cahiers du GRHFF de 2017 : « La forêt des sens : art, communauté et durabilité » par Christie McDonald, Kevin Tervala et Suzanne Blier, suite à une exposition qui s’est déroulée à Harvard en mars 2016, où les archives d’Ann Eisner sont conservées.
Par ailleurs, un ouvrage illustré publié en Italie sous la direction de Christie Mc Donald, (Images du Congo : Anne Eisner’s Art and Ethnography, 1946-1958), évoque de cette expérience immersive, qu’Ann Eisner décrit elle-même au travers de son livre publié en 1954, Madami : My eight years among the Pygmées (Harvard Press).

Photographies issues de l’article du GHFF.

La forêt pétrifiée de Lesbos

Le processus de pétrification se produit quand le bois est enterré sous une couche de sédiments pendant au moins une centaine d’années, où il se conserve d’abord en raison d’un manque d’oxygène, avant qu’une eau riche en minéraux ne circule dans le sédiment et imprègne peu à peu les cellules du bois de minéraux. Ceux-ci cristallisent ensuite éventuellement, de diverses manières.

Le bois pétrifié est composé de bois fossilisé où la matière organique a, plus ou moins complètement, été remplacées par des minéraux (le plus souvent des silicates, tel le quarz etc.), tout en conservant plus ou moins complètement la structure anatomique originale du bois.  On peut donc les sculpter comme la pierre où venir les admirer sur place.

De par le monde, il existe de multiples « forêts pétrifiées », en Arizona, en Patagonie, mais aussi, en Europe, sur l’île de Lesbos. Cette forêt qui couvrait l’île, connue pour sa poétesse Sappho (VIe siècle avant JC), est issue des explosions volcaniques, il y a 20 millions d’années, et ainsi restée immortelle jusqu’à nos jours. On croirait voir un Pompéi de troncs dressés ou couchés.

Un peu partout dans l’ouest de l’île, le visiteur peut rencontrer des restes de plantes ou d’arbustes pétrifiés, mais la plus grande concentration d’arbres fossilisées se trouve dans le lieu-dit Mpali Alonia, dans le Parc de la « Forêt Pétrifiée » et dans la région d’Antissa, déclaré Parc mondial. Ici plusieurs troncs s’élèvent jusqu’à 7 mètres de hauteur, le plus imposant ayant 20 mètres et un diamètre de 2,60 mètres. Un grande partie de la forêt se prolonge vers la mer. On songe aux fragments des vers de Sappho :

« Toutes les couleurs se confondaient sur son visage…

La lune dans son plein éclairait les cieux… »

Une grande partie de la forêt se prolonge jusqu'à la mer


C’est un botaniste autrichien, Francis Unger qui le premier a montré de l’intérêt pour cette curiosité, en 1844. En 1988, le français Louis Lausnay parle émerveillé de « la forêt pétrifiée de la patrie de Sapho ». Un Musée de la Forêt pétrifiée a été créé en 1994 à Sigri, dans l’extrémité ouest de l’île, en vue de promouvoir son étude et sa connaissance.

Tronc d'arbre fossilisé il y a environ 20 millions d'années

La plupart des espèces appartiennent à des formes primitives des Séquoias, ainsi qu’aux ancêtres des peupliers, des lauriers, des platanes, des chênes, des palmiers et des cyprès. Le feu de la lave a protégé la structure du bois dont elle a magnifié les couleurs, rouges, vertes et jaunes. Les experts concluent que dans la région, il y dominait un climat subtropical, proche du climat de l’Asie du sud-est ou encore de l’Amérique, qui se transformait rapidement en chaud continental.

Devons nous craindre par le réchauffement climatique du retour de telles forêts ?

Mélipones, la saga des abeilles sauvages de Guyane

Après l’article sur les artistes pollinisateurs, un regard particulier sur les abeilles sans dard de Guyane, les Mélipones.

80 espèces de ces butineuses se déploient en Guyane depuis près de 80 millions d’années, un record de longévité pour ces petites abeilles noires et velues, travailleuses infatigables qui stockent le miel dans des sortes de pots de stockage, construits en pyramides. Les chercheurs émettent l’hypothèse que les temps Mayas se sont construites à leur ressemblance. Le miel de Mélipone est rare, de couleur ambrée, fluide et beaucoup moins riche en sucres que celui, toutes saveurs confondues, l’abeille européenne, l’Apis. Un délice que les Guyanais récoltent pour leur propre consommation ! Les ruches sont disséminées sur les murs et dans les jardins, inoffensives pour les enfants.

Or, les Mélipones sont les seules abeilles a pouvoir naturellement féconder la vanille.  La vanille ou plutôt la gousse de vanille est une épice qui provient d’une plante liane portant le même nom (vanille ou encore vanillier). Originaire du Mexique, elle fait partie de la famille des orchidées, identifiée par la Mayas comme « la fleur noire« .  La Mélipone est le seul insecte à avoir la particularité de polliniser la fleur de vanille qui donnera alors une gousse de vanille. On a longtemps chercher à implanter de la vanille à d’autres endroits du globe, mais sans succès, en raison de l’absence de Mélipone. Pour l’île de La Réunion par exemple, la pollinisation a été expérimentée manuellement, en 1841 par un jeune esclave Edmond Albius, dont le procédé reste, jusqu’à aujourd’hui, pérenne.

Les scientifiques s’y intéressent de plus en plus car, en véritables sentinelles de l’environnement, elles permettent, au travers de leurs cires, d’identifier plus de 500 pesticides.  Par ailleurs, les Mélipones sont d’excellentes lanceuses d’alerte de la pollution de l’air. En France l’Apis joue aussi ce rôle, mais sans l’efficacité de la petite Mélipone, habituée à la nature sauvage et très réactive à la pollution. En défaveur supplémentaire,  l’abeille européenne commune est désignée communément sous le péjoratif « abeille tueuse »,  alors que la pacifique Mélipone ne pique pas.

La méliponiculture a donc le vent en poupe depuis les Mayas qui désignaient la Mélipone (Melipona Beecheii) sous le nom respectueux de Xunan cab , la dame royale. Cette récolte chez les Mayas aurait été donnée deux fois par an, le prêtre étant chargé de remercier le dieu Ah Musen Cab pour ce petit insecte qui leur fournissait du miel et de la cire. Ils l’associaient au chocolat dans la boisson, comme la tradition se perpétue aujourd’hui en Guyane.

Aujourd’hui,  les gros producteurs de miel  insistent sur le fait qu’une colonie de Mélipones ne fournit de 200 grammes à 5 kg annuellement contre les 20 à 50 kg fournis par la robuste Apis, italienne, caucasienne ou d’Europe centrale. Là encore, la règlementation internationale est axée sur l’espèce mellifère dominante, l’Apis, excluant le nectar de Mélipone, considéré comme un non-miel…

Il faut penser l’abeille sauvage selon les distinctions analogues aux nombreux bovidés qui ont accompagné l’être humain dans son développement.  Vaches à lait, de trait, de viande, gracieuses vaches aux cornes de lyre, vaches sacrées ou enfermées dans des étables insalubres… L’être humain selon  son degré de soin, de recherche et de curiosité va respecter les différences  des non-humains ou tenter de les annihiler. Et les artistes dans tout cela ? Sentinelles de la qualité, donnant de leurs oeuvres un goût unique que seuls les connaisseurs apprécient… mélipones discrète et sans violence.

Les sources scientifiques de cet article sont issues de l’article collectif  « Mélipone, redécouverte des abeilles amazoniennes de Guyane » paru dans Une saison en Guyane n° 17 août 2016.  Par ailleurs, une étude, baptisée « Méligua », financée par le FEDER, et pilotée par le Parc National, en partenariat avec l’APIGUA (l’Association des apiculteurs de la Guadeloupe) est plus récente. Une BD  pour les enfants évoque le mythe maya  (cf image jointe) : « Mélipona princesse maya »,  de Roch Domerego et Evelyne Duverne, aux éditions Baroch.

Anna Maria Sibylla MERIAN, naturaliste et peintre du XVIII°siècle

Parlons un peu d’une femmes botaniste et peintre de l’époque moderne, injustement oubliée des livres d’art français. L’Allemagne lui rendit un hommage décalé en imprimant son visage sur les premiers Deutsche marks du XXème siècle. Exploratrice du Suriname, alors colonie hollandaise, elle entre dans la jungle pour y étudier la vie des papillons.

Orpheline de père très jeune, Maria Sybilla Merian  (1647-1717) est une gloire  de l’école naturaliste allemande, peintre et scientifique tout à la fois. Remarquée pour son talent précoce, elle entre dans l’atelier de gravure de son beau-père, tout en se passionnant l’étude du cycle de vie et de la métamorphose des papillons ; elle décrit et représente les chenilles, les chrysalides, les spécimens adultes. En parallèle, elle s’intéresse aux plantes dont ils se nourrissent et aux parasites des cocons, et en réalise de nombreuses esquisses détaillées.

En 1675,  fait paraître son premier ouvrage, intitulé Nouveau livre de fleurs (Neues Blumenbuch). Consacré à la botanique, le livre s’attache à la description de plantes et de fleurs auxquelles elle s’est intéressée en étudiant le cycle de vie des papillons. Après la naissance de sa deuxième fille, Dorotha Maria, elle publie l’ouvrage La chenille, merveilleuse transformation et étrange nourriture florale (Der Raupen wunderbare Verwandlung und sonderbare Blumennahrung).

En 1685, Maria quitte son mari et part avec sa mère et ses deux filles vivre dans la communauté protestante  des labaristes du château de Waltha, dans la Frise occidentale. Elle y passera quelques années, tout en continuant son travail sur les chenilles. En 1690, elle demande le divorce. L’année suivante, elle se déclare veuve bien que son mari soit toujours en vie.

En 1692, la communauté de Waltha est dissoute et Maria part vivre avec ses filles à Amsterdam. Là, elle se lance dans la transmission de savoirs et enseigne en particulier à Rachel Ruysch, qui deviendra peintre à son tour. Elle gagne sa vie en réalisant des illustrations et se lance dans la collection de spécimens naturels, notamment insectes et coquillages. Ces collections sont alors très à la mode aux Pays-Bas, et Maria fréquente d’autres collectionneurs.
À travers ses collections, Maria découvre et s’intéresse aux papillons du Suriname, colonie de guyanaise des Pays-Bas. En juillet 1699, elle décide d’y partir en voyage avec sa fille Dorothea pour étudier la faune et la flore tropicale.  Maria obtient alors une bourse d’études et vend ses collections pour financer son voyage.

Après deux mois de voyage, Maria et sa fille parviennent au Surimane et effectuent plusieurs excursions dans le pays, accompagnées par des esclaves amérindiens qui les assistent dans leur travail.  Hébergée dans une communauté pieuse de Paramaribo,  aux confins de la Guyane française, Maria réalise de nombreux dessins de la flore locale et s’intéresse particulièrement à la métamorphose des insectes rencontrés. Au cours de son voyage, Maria contracte le paludisme et tombe gravement malade. Contrainte à rentrer aux Pays-Bas, elle emporte une vaste collection d’insectes collectés sur place. Il lui faudra trois ans de travail, autour de ses dessins et croquis, pour réaliser son important ouvrage sur la faune et la flore du Suriname : Métamorphoses des insectes du Suriname (Metamorphosis insectorum Surinamensium). Son travail sur le papillon Morpho bleu fait autorité.

Frappée d’apoplexie en 1715, elle décède en 1717.

Imbroglio TÉTRAS

L’odyssée du Tétras dans les Vosges  (tetrao urogallus major) dévoile la complexité du vivant sur le territoire forestier montagnard. Ce gallinacé sauvage apparait désormais comme un véritable “bio-indicateur culturel, une“espèce parapluie” dont la disparition entrainerait la fragilisation d’autres espèces locales: gélinottes, lagopèdes mais aussi mousses et autres expressions vivantes de la biodiversité dont j’oublie les noms de famille.

Nous assistons pourtant à une véritable amnésie écologique du public envers ce volatile étrange et lourdaud, le plus gros des galliformes européens, dont mes lectures d’enfance ont été bercées. Le Grand Tétras est, en effet,  un magnifique coq de bruyère, aux plumes bleu nuit et aux sourcils rouges, dont la France protège deux sous-espèces disséminées sur l’arc jurassien et dans les Pyrénées. Espèce en danger en Belgique, dans les Cévennes et dans les Vosges, le Tétras se complait en Scandinavie et en Autriche où, en abondance, il est chassé. Routinier à l’extrême, il ne bouge guère de l’endroit où il a conquis ses femelles, amoureux casanier des clairières et des lisières claires de forêts de résineux. La femelle pond 6 à 7 oeufs qui sont régulièrement mangés par les renards ou piétinés par les sangliers. On observe cependant que les femelles, naguère attachées à leurs bruyères comme le mâle, commencent à explorer des espaces nouveaux, jusqu’à se déplacer dans des contrées où elles se trouvent, dixit les forestiers, “en détresse sexuelle…”

Les notes qui vont suivre, traduisent et interprètent la rare réflexion collective à laquelle j’ai participé en novembre 2018 à Strasbourg, vingt ans après qu’un premer état de la question ait été dressé collectivement par des scientifiques et des forestiers réunis.  Pour la plupart, les organisateurs de la première réunion étaient présents, ce qui renforçait son importance. Cette seconde journée de concertation avait pris pour titre, “l’Avenir du Grand Tétras dans les Vosges, questions sociales & écologiques”. Pour marquer cette urgence, les pompiers avaient prêté leur amphithéâtre, dans une symbolique qui mérite d’être mentionnée, dès l’introduction.

Cette concertation entendait dresser le bilan des processus interactifs dont la Nature et l’humanité sont coutumiers : La saga du Grand Tétras navigue entre son lit de myrtilles et les prédateurs animaux et humains, mais plus encore signale une lecture symbolique de la biodiversité. Dans la problématique de l’environnement (et du réchauffement climatique), le coq de bruyère, offre un véritable imbroglio de représentations et de questions qui peuvent être la matrice d’une réflexion collective sur les espèces sauvages et leur imaginaire social.  Pour exemple, la revue Tétras Lire,lancée en 2015 par deux mamans, donne des ailes et des envies a à la jeunesse de la Région Auvergne Rhône-Alpes…

aquarelle Jules Moch

Le grand tétras est une espèce protégées, emblématique du parc naturel Régional des Ballons des Vosges pour la symbolique, mais, surtout, une archaïque espèce “proie” qui abrite sa rare nichée sous les myrtillers. Les buissons de myrtilles, broutés par les cervidés et foulés par les randonneurs, se font rares, tant est si bien que la population du Tétras  décline, passant de 1500 individus recensés en 1939 à quelque 45 en 2018, pour la plupart consanguins et affaiblis.

  Alors que faire pour développer le tétras vosgien alors que le tétras pyrénéen (tetrao aquitain) prospère avec quelque 5000 individus ?  Les Parcs sont soucieux de préserver la faune et la flore sauvages, mais aussi de donner au citadins des espaces de respiration en la nature. Pas question de les détourner des sentes des parcs, si ce n’est que de légiférer sur le VTT et surveiller les incursions pétaradantes des quads.

Grand Tétras. Famille des Phasianidés. Ordre : Galliformes

Depuis 2000, le PNR Ballons des Vosges a délimité, pour la tranquillité  de l’oiseau-symbole, des espaces de nidification, loin des sentes des randonneurs l’été et des pistes des skieurs l’hiver. Le tétras a assumé dans les Vosges un véritable rôle de bouclier pour préserver des zones de silence de la sauvagerie forestière. Malgré ces premiers soins, que d’aucuns estimaient suffisants en l’an 2000, l’oiseau se raréfie, sans pour cela affecter les gîtes en contrées plus hautes et plus froides, les lieux de ses origines. Les prédateurs humains en sont la cause, mais aussi les petits prédateurs et parfois les grands herbivores, cervidés et sangliers qui abroutent les arbustes, écrasent les oeufs ou les mangent.

Les expériences de “retours” venues des Parcs des Hautes fagnes (Belgique), d’Ardèche et des Cévènnes ont été présentées : la translocation (transport de tétras d’un lieu à un autre, pour exemple de Finlande ou des Pyrénées jusqu’en Auvergne), l’élevage (en Autriche par exemple).  De 1978 à 1994, quelque 600 oiseaux sauvages issus de Scandinavie ont ainsi été lâchés sur le parc des Cévennes à l’initiative de Christian Nappé qui a procédé également à des réintroductions sur les vautours, cerf, castors… présents sur les monts Lozère par le passé. Le tétras n’était il pas un des mets favoris du clergé à l’époque moderne ? De 2002 à 2005, 43 oiseaux autrichiens d’élevage ont été apportés sur le Mont Lozère, bagués et bichonnés, ce qui n’a pas empêché les  festins nocturnes des martres et les renards.  La confédération des chasseurs de Hautes-Pyrénées volent désormais au secours du Parc des Cévennes en leur fournissant trois à quatre oiseaux vivants chaque année, prélevés sur leurs chasses.

L’odyssée du tétras recommence, avec, à la clef, le retour des arbustes de myrtilles. L’Auvergne, en ses parcs naturels (Ardèche, Cévennes, Livradois Forez) s’intérresse de près à ce double retour, ce couple singulier, qui rappelle l’aventure gémellaire corse de la sitelle et du pin lario.
Si “aucun espace protégé n’est une île”, la solidarité écologique commence à s’exercer entre forestiers des différents parcs et, surprise, avec certains chasseurs. Les sciences humaines, attentives aux récits des origines et de la symbolique des espaces ne peuvent rester indifférentes à cette expérience. Elle met en évidence enfin outre cette solidarité écologique et symbolique à l’échelle européenne, une attention nouvelle aux “espèces- proie”, frugivores ou herbivores. Naguère, les grands carnivores (loup, ours), craints et respectés, emportaient la faveur des peuples (Amérindiens, Mongols etc…). Le déséquilibre qui advient aujourd’hui par l’abondance des sangliers et des cervidés, permet de repenser la nécessité des espèces intermédiaires et, paradoxalement de favoriser la réintroduction du loup, comme le régulateur nécessaire à cet équilibre forestier.

Un imbroglio sans doute…
De cette concertation de novembre, en y songeant, n’est ce pas l’art (issu d’une conversation avec la Nature et non plus d’une série de décisions techniques) qui se fraie un chemin dans la perspective  de l’environnement ?

 Un grand merci aux Tétras  et aux organisateurs ( PNR Ballons des Vosges -Conseil Scientifique) de cette journée d’écoute plurielle.

Sylvie Dallet

Les peintures de paysages avec Tétras ont été réalisées par le peintre animalier suédois Bruno Liljefors (1860-1939)

La couleur verte et la perception féminine

Les scientifiques pensent que la couleur verte est la première couleur que nous pouvons percevoir, analyser et décrire car nous sommes les parents des grands singes arboricoles qui connaissaient les moindres replis colorés des feuilles qui les environnaient. 

Contrairement à d’autres couleurs, qui changent de nom quand elles sont lavées de blanc ou rabattues avec du noir, comme le rouge qui devient rose ou brun, le vert conserve son nom, vert pâle ou vert foncé, vert vif ou vert grisâtre.

La sensibilité d’un œil humain dans l’obscurité (vision scotopique) est la plus grande pour une longueur d’onde d’environ 507 nm, qui serait un vert bleuâtre si on pouvait voir les couleurs dans ces conditions, tandis qu’un œil adapté à la lumière (vision photopique) est plus sensible pour une longueur d’onde de 550 à 555 nm soit un vert jaunâtre.

L’opposition des verts et des rouges forme (avec celles entre les jaunes et les bleus) et entre le noir et le blanc la base de la perception humaine des couleurs, constituée dès les cellules nerveuses ganglionaires et bipolaires, dans l’œil. Il semble que les femmes aient une meilleure vision des couleurs. À travers la plus grande partie du spectre visible, les hommes ont besoin d’une longueur d’onde légèrement plus longue que les femmes afin de percevoir exactement la même chose.

Et comme les longueurs d’ondes les plus longues sont associées aux couleurs les plus chaudes, certaines couleurs comme l’orange peuvent sembler légèrement plus rouges à un homme qu’à une femme. De même, l’herbe sera toujours plus verte aux yeux des femmes qu’aux yeux des hommes. Dans l’incapacité des hommes à distinguer les variations de teintes, les couleurs situées au milieu du spectre visible sont particulièrement touchées : les bleus, les verts, et les jaunes.

Cette petite grenouille brillante lutinée par une coccinelle (créée et multipliée par les enfants  du Centre de loisirs de Paulhaguet lors des Arts ForeZtiers 2018),  illustre parfaitement l’opposition fondamentale entre le rouge et le vert, ici pris au vif de leurs complémentarités animales.

L’Amazonie, la symphonie de l’écosytème

Un article de Sylvie Dallet :

L’Amazonie  est une  immense éco-région d’Amérique latine qui concerne neuf pays dans le monde :  Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyane française (dont la France), Guyana, Pérou et Surinam.  70% des produits latino américains sont arrosés par les eaux de l’Amazone, ou reçoivent indirectement les bienfaits de ses forêts.

Golem tropical (techniques mixtes sur papier, Sylvie Dallet)

Trente-trois millions de personnes vivent en Amazonie dont 385 peuples autochtones qui revendiquent  un respect des terres et de la forêt qui les nourrit.  La « madré selva » (la mère forêt) est associée à la Pachamama (la terre mère).  La moitié de cette éco région dispose d’une forme de protection juridique (aire naturelles protégées et territoires indigènes), mais cette protection insuffisante (comme au Brésil ou au Vénézuela)  est régulièrement contournée par les contrebandiers, les chercheurs d’or clandestins, les grandes compagnies minières ou pharmaceutiques.  Certains États comme la Colombie et le Pérou, renforcent une politique d’extension des parcs naturels et favorisent l’écotourisme. Plusieurs États ont  également décidé de donner une véritable personnalité juridique à la Nature (et ce faisant, à la forêt) : l’Équateur, la Bolivie et la Colombie. À l’inverse, le Vénézuela et le Brésil peinent à faire reconnaitre les droits de la forêt et les déboisements   continuent à s’accroître dans ces deux pays, le long des routes allogènes.

La sensibilisation planétaire à ce « poumon vert » est en marche, ce qui  ne signifie pas que les déforestations violentes, les destructions des animaux, ni les empoisonnements des rivières ont cessé, ni même ralenti significativement. Les affrontements en deviennent parfois plus sauvages, dans la lutte sans merci que se livrent les sauveteurs de la forêt et ses prédateurs. Nous avions participé voici quelques années par Les Arts ForeZtiers au combat des Kichwa (Quechua)  de Sarayaku pour préserver leurs espaces de vie, dans un État pourtant attentif aux usages et philosophies des Amérindiens : l’Équateur.

En 2012,  les Kichwa  ont remporté une victoire historique devant la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme, condamnant une concession pétrolière qui empiétait en violation des doris humains sur leurs territoires. La famille amérindienne des Gualinga  continue ce combat mené avec les artistes, par la voix de Nina Gualinga, qui fait le trait d’union entre l’Europe et l’Amazonie.    L’Amazonie est grignotée par le lancement de routes, qui coupent les espaces de reproduction des espèces et leur libre circulation.  La question se pose avec une nouvelle acuité avec le projet de « Montagne d’or », lancé sur la Guyane française qui déverserait des tonnes de cyanure dans les terres et les eaux. Paradoxe, La France avait fondé en 2007 le Parc amazonien de Guyane qui, à ce jour, est le plus grand parc naturel au monde.

Ce questionnement planétaire rappelle, à une autre échelle, le cri d’alarme des artistes et romantiques sur la forêt de Fontainebleau dans les années 1870-1872, dont je rappelle les arguments passionnés :« Pour essayer d’empêcher à l’avenir d’aussi vastes mutilations, les signataires de la pétition se sont constitués en comité de protection artistique (de la forêt de Fontainebleau, et, pour bien préciser leur but, ont voté à l’unanimité la résolution suivante ; Que la forêt de Fontainebleau doit être assimilée aux monuments nationaux et historiques qu’il est indispensable de conserver à l’admiration des artistes et des touristes, — et que sa division actuelle en partie artistique et non artistique ne doit être acceptée que sous toutes réserves.)
Les idées rétrécies réagissent sur les sentiments qui s’appauvrissent et se faussent. L’homme a besoin de l’éden pour horizon. Je sais bien que beaucoup disent: « Après nous la fin du mon Ici. C’est le plus hideux et le plus funeste blasphème que l’homme puisse proférer. C’est la formule de sa démission d’homme, car c’est la rupture du lien qui unit les générations et qui les rend solidaires les unes des autres. »

Cette mobilisation des artistes avait réussi a repousser les coupes forestières et  faire protéger les grandes forêts françaises comme autant de « réserves artistiques », réservoirs de la vie… L’essor des Parcs naturels découle de ce combat humaniste contemporain pour sauver la forêt vivante. L’Amazonie, ce géant vert partagé entre de multiples vivants et vivantes, est un autre trésor.

À consulter en publications récentes  :

  • le numéro spécial du Courrier international « Amazonie, le labo du futur » , septembre 2018
  • Z revue itinérante d’enquête et de critique sociale, numéro 12 : « Guyane, trésors et conquêtes », septembre 2018.
  •  et nos articles relatifs au combat humaniste et artistique des Quechua de Sarayaku
  • l’image mise en avant est issue d’un  livre illustré, anticolonialiste publié en 1919,  Macao & Cosmage ou l’expérience du bonheur, ouvrage rédigé par Édy Legrand. À relire, car réédité…

Artistes pollinisateurs ?

Le SIPOLL est une initiative de sciences participatives menée par le Museum d’Histoire naturelle et relayée sur la commune de Chavaniac-Lafayette par le Conservatoire des espaces naturels d’Auvergne. Devant le danger de destruction des abeilles largement commenté par les médias, le Muséum entend avertir de l’existence toute aussi nécessaire des pollinisateurs sauvages, quatre grandes familles discrètes qui travaillent à aider à la fécondation de 80% des plantes : hymènoptères (abeilles, bourdons, guêpes, tous dotés de deux paires d’ailes membraneuses), diptères (mouches  et parmi elles les syrphes, très actives qui se déguisent parfois en guêpes par la livrée rayée afin de tromper les prédateurs), coléoptères et bien sûr les papillons.

Nous connaissons l’abeille domestique, une seule espèce qui travaille en brigade hiérarchisée et butine partout où elle se trouve le précieux nectar dont nous saurons nous régaler avec les ours.  Nous avons développé une addiction à ce miel, recommandé sa valeur thérapeutique et économique,  et reconnu l’abeille comme un animal « noble » avec qui il est nécessaire de collaborer.  Mais que dire des franc- tireurs de cette armée,  ces quelque 800 espèces d’abeilles sauvages, noires, rousses ou velues, ces individualistes qui travaillent en solitaire, nichent dans les trous et les granges,  et abattent en travail spécialisé énorme ? Connaissez vous, pour exemple,  l’abeille du Lierre qui s’approvisionne ainsi que sa descendance essentiellement sur le lierre qu’elle contribue à faire vivre ?

peintures Diane Cazelles pour les Arts ForeZtiers 2018, mante religieuse Diego Martinez

Il y eut beaucoup d’insectes aux Arts Foreztiers de cette année, sous le vocable flou du Bestiaire enchanté… Les planches entomologistes de Diane Cazelles, les forgés de Diego Martinez, les bestioles de Georges Bellut, l’aoûtat de Capri… une faune inattendue qui parle à la flore, qui fait le lien avec les Botaniques célestes de l’année 2016. Tout le monde ne rêve pas de dragons et de licornes : Dragonfly en anglais ne signifie ‘t il pas  libellule ? Véro Béné attentive à la pipistrelle trouvait son écho dans les créatures apportées par la galerie Terres d’Aligre.

Il me semble qu’il faille s’interroger sur l’analogie des pollinisateurs sauvages avec les artistes, les intellectuels, les militants de l’entraide et de la créativité féconde. Pour les dénombrer, l’ampleur de la tâche est un peu vaste, mais ces insectes combattants de l’ombre qualifient les espaces où la propagande se dilue.  La quantité importe peu sauf s’ils se font rares.

Naguère, le photographe visionnaire Bernard Boisson évoquait, lors des conférences des Arts ForeZtiers (en 2015 et 2016),  la nécessité de préserver pour nous et en nous une « nature primordiale », réservoir nécessaire des transformations les plus singulières. Sylvie Dallet et Eric Delassus  l’écrivaient autrement lors de la publication en 2014 du collectif « Ethiques du Goût » :  la formation du goût peut être l’expression d’une morale exigeante et d’une survie de la qualité.

Songeons enfin, avant de refermer cet article (mais sera t’il jamais clos, tant il concerne la création dans son entraide secrète)  à cette sagesse du jardinier antique qui, parlant de ses plantes cultivées depuis des siècles  explique qu’on ne réussit une greffe que sur un « sauvageon »…

Sylvie Dallet