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Journées Arts Foreztiers / les Aimeraudes – 3 et 4 juillet 2021

Le Festival se déroule  depuis dix ans  en biennale dans le village de Chavaniac-Lafayette (Haute Loire) : le prochain est prévu pour l’été 2022 sur le thème : RACONTER LA FORÊT…

Le Festival est aussi une expérience itinérante et fonctionne en réseau, avec des partenaires qui partagent ses valeurs. Pour mémoire, il s’était associé en 2017 avec le Moulin Richard de bas à Ambert pour une exposition d’oeuvres papier. L’événement organisé aux Aimeraudes sur le site de Breuilpont dans l’Eure les 3 et 4 juillet prochains en témoigne. Les deux espaces ont en commun le faire ensemble, la recherche de la beauté et la défense de la vie.

Cette expérience mixte se déroule entre étangs et forêt de l’Eure, dans un paysage très différent de la montagne auvergnate. Il va rassembler pour la journée du 3 juillet deux expositions (les photographies d’Albert David et les peintures de Sylvie Dallet dans une scénographie particulière en intérieur et extérieur), un chorale dirigée par Esteban Pagella (« les chants de la forêt ») , une déambulation dansée et une conférence « Eaux & forêts ». Le 4 juillet, l’initiative sera donnée aux Aimeraudes avec une découverte botanique et gustative.

Les inscriptions pour ces journées se font sur Hello asso Arts Foreztiers et les demandes de renseignement sur ce site. Le Facebook des Arts Foreztiers relaie également l’organisation de cette manifestation

(coordination Céline Mounier).

La forêt des Bishnoïs

La communauté Bishnoï a été fondée au Rajasthan autour de 1500dans les régions de  Jodhpur et de Bîkâner. Son guide premier est Jambaji (14511536) qui, durant toute sa vie a élaboré 29  (bishnoï en hindi) principes de vie que cette communauté indienne non-violente respecte  la lettre.  La philosophie de cette communauté résulte de l’observation du cycle de l’eau et des arbres, gardiens de la vie même du monde. De ce fait,  tout ce qui permet la vie et la transmission de celle-ci importe plus que toute croyance  religieuse spécifique. Les versets que récitent régulièrement les Bishnoïs expriment cette volonté de libérer l’âme et le corps de toute servitude religieuse ou intellectuelle,  tel que résume cette profession de foi :  « Je n’ai jamais été disciple d’une école pour demander la connaissance. Mais j’ai su la piété en consacrant mon moi à Dieu.  (…)[1]

La volonté d’épargner et de protéger toutes les créatures, animaux (dont les hommes) et végétaux, le refus de mutiler ni de tuer un végétal est une règle, même pour s’alimenter. Le bois de chauffage, pour exemple doit être ramassé mort et  aucune branche ne doit être arrachée ni même élaguée. Un des principes le rappelle fermement : « « si un arbre peut être sauvé, même au prix de la tête de quelqu’un, cela en vaut la peine ».

Historiquement, cette communauté de proscrits de la fin du XVème siècle s’était regroupée près du désert du Thar, dans une zone fragilisée par les guerres et la déforestation abusive liée au commerce du bois et les incinérations mortuaires. Ces errants ont mis en commun une réflexion collective et ont édicté des règles simples de respect du vivant. Parmi ces principes, la femme qui donne la vie est particulièrement respectée : elle jouit d’un mois de repos complet après l’accouchement et de cinq jours pendant ses règles. Vivant librement, elles peuvent se remarier, alors que dans l’Inde ancienne, les veuves devaient s’immoler par le feu après le décès de l’époux. La distinction entre « mâle » et « femelle » n’a pas grande importance pour ces penseurs, panseurs du monde. Cependant la robe des femmes est rouge pour symboliser le vivant, tandis que les vêtements masculins sont blancs pour souligner leur désir de pureté. Pudeur, simplicité, refus des commérages, non-violence, les modes de vie communautaires vont de pair avec l’infini respect qu’ils portent au vivant.

Aujourd’hui, cette communauté forte de quelque 800 000 personnes s’implante, au delà du désert du Thar dans des villes indiennes. De fait, la morale libertaire et non violente des Bishnoïs suscite une regain d’attention qui dépasse les frontières indiennes : après le reportage photographique de Franck Vogel, l’écrivaine française Irène Frain leur consacre un livre important [2]qui retrace leur histoire, des origines jusqu’au massacre mythique en 1730 où à la suite d’Amrita Devi et de ses filles, les Bishnoïs enlacèrent les arbres que le souverain de Jodhpur demandaient de couper pour construire un nouveau palais.

À cette époque, 363 personnes furent décapitées, lors de cette confrontation entre des soldats avides de gain et les villageois qui allèrent au martyre calmement, suscitant au fil des meurtres l’admiration ou l’effroi des sbires qui fracassaient à la fois les corps et les branches. Depuis cette épisode de la résistance, où femmes, vieillards et enfants périrent, la forêt des Bishnoïs est reconnue pour forêt sacrée en Inde, avec un titre de propriété qui perdure depuis deux siècles. Quatre vingt années plus tard, les arbres abattus qui formaient les centres des villages, les khejris (cousins des mimosas et des acacias), emblèmes du Rajasthan, ont été replantés et forment, dans un alignement régulier, un sanctuaire où chaque année, les Bishnoïs viennent honorer leurs paisibles martyrs. Et les gazelles revenues continuent à chercher de la tendresse auprès des femmes bishnoïs.

 En résumé de l’aventure des Bishnoïs, qui témoigne de mon attention aux récits littéraires et photographiques d’Irène Frain et Franck Vogel et, je voudrais citer une parole d’un des rescapés de la Shoah, le sculpteur Shelomo Selinger, polonais de naissance, puis naturalisé franco-israëlien :

 “La vie est plus sacrée que Dieu, s’il existe”… ou, disons le sur une autre pensée, cette vie fugitive est l’étincelle divine que le vivant transporte sur d’infinis possibles. 

Sylvie DALLET

 Bibliographie succincte : 

                                                                   


[1]Verset 6 : On peut prendre naissance en tant qu’Hindou : et être un yogi par l’endurance, être un brahmane par des œuvres pures, sacrées, être un derviche (ascète) par le cœur pur, être un mollah par la retenue du moi et par des pensées religieuses, et être un vrai musulman par l’intellect et en suivant les enseignements du prophète. »

[2]Irène Frain, La forêt des 29, Poche, 2012

FEMMES & FORÊTS (3)

Troisième épisode de la conférence de Sylvie DALLET donnée le 18 juillet 2020 pour le festival des Arts Foreztiers

Du Moyen-âge à l’époque moderne…. dix siècles de contrastes

Sous le Moyen Age, les « dames blanches » forestières remplacent, dans l’imaginaire populaire, les dryades latines et sont généralement dépeintes comme douces et bienveillantes. Leur domaine n’est plus exclusivement forestier, mais s’exerce sur les confins, comme un souvenir des forêts-frontières celtes.

Surgissant aux lisières, elles aident ainsi les voyageurs à retrouver leur chemin, donnent à manger aux bergers, jouent avec les enfants perdus dans les bois et s’occupent des chevaux à l’écurie. Leur rôle est parfois funèbre en ce qui concerne les châtellenies, où peuvent annoncer la mort d’un proche, dans une sorte de revanche de classe…. ou de chasse.

Les récits populaires évoquent aussi, pour détourner les enfants des vagabondages loin du village, les tentations sucrées des sorcières des bois : Hansel et sa sœur Gretel sont attirés par une maison en pain d’épices qui devient populaire en Allemagne  par des petits gâteaux, dits « douceurs de la sorcière ». Le conte français du «Petit Chaperon rouge » est connu depuis le X ème siècle et sa tradition est sans doute antérieure. En Russie, les antiques sorcières, dites « baba-yagas » prennent leur gîte dans les forêts où elles aident les jeunes filles qui cherchent sincèrement l’amour. 

La forêt procure régulièrement refuge aux femmes, qui y fuient les exactions des brigands ou des grandes compagnies qui ravagent l’Europe en guerre. Les soldats vivent sur le terrain, pillent les villages, violent les femmes. Pour symboliser cette fréquentation d’urgence des forêts, il faut se souvenir du conte populaire de Geneviève de Brabant, nourrie par une biche, alors que son mari qui la suspectait d’adultère, voulait la tuer. Son enfant grandit en forêt, comme naguère la Vierge avait enfanté dans une grotte lointaine.

Mais la comparaison s’arrête là : le christianisme se défie de la relation ancestrale des femmes et des forêts jusqu’à condamner aveuglément les guérisseuses, jugées en masse comme sorcières. Le jardin (hortus) est préféré à la forêt (Sylva), dont le nom même forge l’étymologie du mot « sauvage ». Le Moyen-Age connait une longue époque de persécution des “sorcières” forestières, postérieure à la reconquête des vertus des simples par les monastères. Les qualités des plantes sont en effet reconnues comme curatives, mais leur cueillette et le rôle secret des guérisseuses, paradoxalement assimilés à des “charmes” néfastes lés à l’exercice de la magie.  Cette dépossession du pouvoir scientifique des femmes a été décrit dans le roman Les simples, publié en  2019 par Yannick Grannec. L’écrivaine décrit un monastère féminin dans la Provence de la fin du XVII ème siècle, dont la pratique naturaliste sera dénoncée par un évêque arrogant.

Parmi les monastères féminins qui pratiquent la naturalisme, beaucoup se développent en Allemagne, héritiers par la pensée des traditions germaniques depuis la guérisseuse et druidesse Weléda. L’abbesse Hildegarde de Bingen (1098-1179), reconnue pour sainte dès le XVIIème siècle puis docteur de l’Église en 2012, exerce  chez les Bénédictines son sacerdoce visionnaire qui allie des visions avec une expérimentation constante sur les plantes et les minéraux.  Elle recense dans son De Physicae (De la Nature) quelque 300 plantes curatives, prédictives et purificatrices, 41 mammifères et 61 animaux volants (oiseaux, chauves-souris, insectes), dont l’être humain peut avoir besoin. S’il est un exemple de cette conversion pieuse des simples, l’Angélique médicinale, importée de Scandinavie reçoit au XII ème siècle le nom de « racine du Saint- Esprit » ou « plante des anges » : elle permet, dit-on, de résister à la fois à la peste et aux envoûtements.

L’ambivalence de la connaisance des simples conduit à des exactions politiques liées à l’Inquisition catholique. Nul ne peut ignorer les vagues de procès en sorcellerie qui embrasent l’Europe  de la fin du Moyen Âge  au tournant du XVIIème siècle : quelque 80 000 féminicides  y sont décomptés. Cette inquisition violente qui  correspond à l’émergence du protestantisme et aux craintes d’hérésie qu’il suscite, violente des villageoises mais aussi des  femmes nobles ou bourgeoises, telles Merga Bien ou Sidonia von Brocke. L’extraordinaire film réalisé  en par le danois Benjamen Christiensen La Sorcellerie à travers les âges  donne un tableau saisissant de cette persécution des femmes, perçues comme les parentes “sauvages” de la Nature et de ses forces obscures.  

FEMMES et FORÊTS (1)

une histoire longue ….

Cet article est issu de la conférence de Sylvie DALLET donnée lors du Festival des Arts Foreztiers 2020.
Il est découpé en chapitres dont voici le premier, consacré à la Préhistoire et au monde gréco-latin.

Bertha Wegman (1847-1926)

 Pour en comprendre l’évolution, il faut penser la comparaison dans l’espace et dans le temps.

Des profondeurs du temps, les femmes jouent un rôle fondamental dans la conservation des forêts et ceux pour plusieurs raisons qu’il convient de définir ou de rappeler. La forêt est à la fois un refuge et un lieu de nourriture abondante de racines, de champignons de plantes et de graines, pour celles qui savent en reconnaitre les vertus.  La première partition des tâches concerne sans doute concerne cette glane des espèces végétales comestibles ou curatives, alors que la chasse mobilisait plutôt les hommes, mais sans exclusive. Selon la végétalisation des sols, les femmes ont assuré, au sein des communautés, des tâches spécifiques qui, du soin au nourrissage, dépendaient en grande partie de la manne  forestière.

La Protohistoire du 6eme au 4eme millénaire avant notre ère, ’inscrit sur une vaste période, dont les connaissances évoluent  au gré des études de terrain, mais aussi, comme pour l’étude du monde vivant, en fonction des modes et des idéologies du temps présent. La préhistorienne américaine d’origine lituanienne, Marija GIMBUTAS (« Le langage de la déesse ») a révolutionné l’approche classique sur un espace  flou qu’elle appelle « la vieille Europe » :  attentive à la permanence des cultes agraires, elle a procédé à des inventaires minutieux qui révèlent des cultes à la Grande déesse sous des formes diverses : ourse, serpent, oiseau, autant de métamorphoses significatives du féminin protohistorique.

 Cette longue période va est brutalement confrontée à des migrations de peuples nomades Kourganes, venus à cheval et sans grande considération pour les populations liées au végétal.
La rupture s’effectue en effet par l’arrivée de ces « peuples à tumulus » venus de la région de la Volga  (sans doute plus loin encore), modelant de leurs rites l’espace indo-européen  d’une empreinte qui s’exprime entre – 2800 ans et 1500 ans. Issus d’une tradition migrante, ils vont se heurter, puis partiellement se fondre à une population  aux rythmes agraires, dont les cycles de fécondité étaient accolés à la puissance d’enfantement des femmes. Si l’espace européen des plaines ne peut résister à ces arrivants, les îles méditerranéennes présentent encore des formes archaïques liées à la période précédente : en Crète pour exemple, l’archéologue relève des figures de déesses dansantes, liées aux cycles de la végétation. .

 Sur cet espace-temps distendu, les informations se précisent désormais permettant des comparaisons fécondes.  Les plus anciennes expressions du divin mentionnent la déesse Oiseau et déesse serpent qui métamorphosent la matière ou l’élèvent. L’étoffe dont on fait les rêves est une matière végétale qui est très tôt transformée par le tissage. La dame au filet apparait sur des gravures ou peintures rupestres : elle qui est à l’origine de la Terre, dans sa fécondité reproductrice devient la déesse fileuse, tisserande et déesse du destin, de la métamorphose et des arts.

 Outre ces représentations, la déesse mère Reine des Montagnes et maîtresse des animaux sur des appellations récurrentes telles que  la Grand-mère Ourse, ou la  patronne des bisons des cerfs et des lions. En effet,  les mots anciens témoignent des racines communes : Bher  signifie enfanter  et l’anglais qui en dérive bear, signifie l’ourse. L’analogie des cycles explique aussi l’analogie des expressions consacrées : les bisons portent neuf mois…

Gardienne des ressources de la forêt, le thème de la femme sauvage est associé aux attributs  animaliers tels que: tête de taureau, abeille, papillon, grenouille, crapaud, hérisson… que l’on retrouve sur différents légendaires.

Les Grecs et Romains conservent ces filiations à la fois dans l’étymologie et la reconnaissance de  parité des dieux et des déesses.

Dans l’Antiquité, la femme  et la sylve  sont des noms féminins de même que la nature

 Plusieurs récits mentionnent cette filiation de la femme et de la forêt. Le poète Ovide mentionne que Callisto, suivante de Diane est transformée en ourse…. Tandis qu’Artémis et Athéna portent des attributs animaliers.   

La croyance des peuples gréco-romains en l’existence réelle de divinités forestières aurait eu pour fonction de les empêcher de détruire les forêts car pour couper les arbres, il leur fallait d’abord consulter les ministres de la religion et obtenir d’eux l’assurance que les dryades avaient abandonné la forêt qu’ils comptaient couper.

Les dryades ont l’apparence de très belles jeunes filles et incarnent la force végétative des forêts dans lesquelles elles peuvent errer en liberté nuit et jour. L’antique Dryade est à la fois  issue de la mythologie du chêne (force et longévité) et celle du jardin des Hespérides (le jardin de la fécondité; planté de de pommiers aux pommes d’or, offert par la Terre-Mère Gaïa, lors des noces de Zeus et d’Héra)  ; La tête portait souvent une couronne en feuilles de chênes et elles tenaient parfois des branches d’arbres portant leurs feuilles et leurs fruits. En tant que gardiennes des forêts, les nymphes étaient parfois représentées avec une hache entre leurs mains, afin de punir ceux qui s’attaquaient aux arbres dont elles avaient la garde.  D’autres représentations de dryades vêtues d’une étoffe vert foncé, avec des chaussures en écorce d’arbre.

Dépeintes comme les divinités mineures protectrices des forêts et des bois, elles étaient aussi fortes et robustes que fraîches et légères et formaient des chœurs de danse autour des chênes qui leur étaient consacrés. Elles pouvaient survivre aux arbres placés sous leur protection car contrairement aux hamadryades, elles n’étaient pas liées à un arbre particulier.

Ces nymphes étaient représentées dans l’art sous forme de femmes dont la partie inférieure du corps se terminait par une sorte d’arabesque dont les contours allongés figuraient un tronc et les racines d’un arbre. La partie supérieure du corps était nue et simplement ombragée par une chevelure abondante flottant sur les épaules de la nymphe, au gré des vents.

Les affiches du Festival arrivent avec le printemps

 Encore une fois, la situation de confinement que nous traversons, doit nous permettre une plus grande créativité… et peut être un peu de fantaisie et d’attention aux détails. Le printemps nous accompagne : observer par la fenêtre la nuit qui commence à montrer ses étoiles brillantes (la pollution francilienne décroît et fait concurrence au ciel limpide de l’Auvergne) est un spectacle nécessaire, de même que continuer à sourire et à réfléchir.
… Les Anciens disaient : dieu est dans les détails.. et c’est sans doute l’occasion de rééduquer notre regard  par l’attention que nous portons aux choses familières, familiales et vivantes. L’Art correspond à cette attention au monde qui se transforme.

Cet article va rassembler au fil de l’eau, les affiches que nous adressent les étudiants du DUT Multimédia de l’Université de Marne la vallée : ils continuent à préparer le Festival des Arts Foreztiers de 2020, confinés chez eux mais présents sur leurs ordinateurs. N’hésitez pas à faire des commentaires sur ce blog !

Après la première affiche de Julie SAINT-MARTIN et celle de Yasmine KOURICHI, incluses dans une précédente publication du blog des Arts Foreztiers,
Voici l’affiche de Minal LAD, très colorée et très gaie ! Un arbre au feuillage compact et cette étonnante couleur rose qui contraste avec le vert et le bleu … Serena LEANDRI imagine une verte frondaison de sapins altiligériens et autres arbres en silhouette, tandis que Minosoa ADRIANOMANANA fait chevaucher le programme sur les volcans, tandis que les fruits annoncent une belle récolte artistique ! Bravo les filles !

Ce jour, 27 mars, Robin RIVIÈRE nous envoie sa proposition d’affiche, axée sur les « bois noirs », ces sapinières qui parsèment les paysages d’Auvergne. Avec une belle courbe qui contraste avec l’horizon des sapins dans la brume !

Ce jour, 7 avril, Thibault PAULARD nous envoie sa proposition d’affiche, qui rajoute au logo du lézard, le vol joyeux de deux perroquets, qui, se pourchassant, symbolisent la vie entre les arbres !

Graphiste Minal LAD-
Graphiste Serena LEANDRI
Graphiste Minosoa ADRIANOMANANA
Graphiste Robin Rivière

Graphiste Thibault PAULARD

Forêts russes

L’Homme qui a surpris tout le monde (Человек, который удивил всех) est un film russe réalisé par Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov, sorti en 2018. Il se déroule dans la forêt sibérienne : un garde forestier, diagnostiqué cancéreux et incurable se fie à un récit ancien d’une chamane qui lui suggère de « tromper la mort ».

Au travers cette intrigue qui part d’une anecdote, se déroule le mystère des forêts russes, à la fois présence magnifique et reflet de l’intériorité touffue, mais dont la connaissance précise nous fait défaut. nous avons entendu parler des « forêts rouges », issues de la catastrophe de Tchernobyl, forêts irradiées qui brûlent régulièrement chaque été dans l’indifférence générale (pour exemple l’exposé d’Alain Gilles Bastide en 2015 lors du Festival des Arts ForeZtiers) .

Nous savons aussi qu’autour du la Baïkal, les communautés Bouriates continuent des rites chamaniques colorés. Nous avons connaissance de la magnificence des forêts russes au travers de bribes de films traversés par des trains : Docteur Jivago en est un bel exemple, écrit par Boris Pasternak en 1957 et adapté au cinéma par David Lean en 1965, succès mondial de l’édition et du cinéma tout à la fois.


Parmi les peintres, nous avons tous en mémoire les ours, surpris au matin dans une forêt de pins, par Ivan Chichkine, sans doute son tableau le plus connu car sa reproduction enveloppe désormais les bonbons dont les écoliers russes raffolent. Ivan Chichkine (1832-1891) est un peintre forestier dont le talent donne le vertige.

Un bel article de Jean Pinon, « Forêt, arbres et arbustes russes », (in Revue Forestière, Fr. LXX – 1-2018 – © AgroParisTech) recense les occurrences des arbres dans la peinture russe contemporaine et, particulièrement celle des Ambulants, qui à la fin du XIXe siècle ont refusé les thèmes mythologiques ou religieux imposés par le pouvoir, pour présenter les paysages de la Russie, et, particulièrement sa touffeur sylvestre.

Il écrit : « Les peintres russes ont beaucoup travaillé dans la forêt boréale autour de Moscou (Abramtsevo), de Saint-Pétersbourg (Peterhof, la Neva et ses affluents) et l’île de Valaam (Carélie). En Crimée, leurs sites favoris étaient Alupka, Gursuf et Bakhtchissaraï. Les principales essences forestières représentées par les peintres russes sont, par ordre décroissant de fréquence : le Bouleau (38,8 % du total des essences majeures), l’Épicéa (22,7 %), le Pin (14,0 %), le Chêne (7,9 %), le Cyprès (6,3 %), le Peuplier (4,8 %), le Saule (4,8 %) et le Hêtre (0,6 %). Elles représentent les deux tiers des œuvres russes inventoriées. (…) Les peintres russes se sont intéressés à toutes sortes de dommages subis par les arbres. Il s’agit souvent d’adversités climatiques. Plusieurs toiles illustrent les dommages dus au vent. Savrassov, dans Après l’orage a peint un arbre couché en partie par le vent, Nikolaï Georgievich Makovski (Bois en été) montre un chablis, Klever (La Forêt) associe chablis et volis. Kontchalovski (Les Arbres dénudés) suggère une défeuillaison et quelques rameaux cassés. Ce dernier illustre aussi le givre couvrant un feuillu (Arbre givré) et la défeuillaison consécutive au déficit hydrique (Sécheresse). La foudre tombée sur un arbre est suggérée par Maxime Nikiforovich Vorobiev dans une œuvre dépouillée et très esthétique (La Tempête. Le Chêne foudroyé). Polenov a illustré l’incendie de forêt (La Forêt brûlée). Dans Cimetière forestier, Chichkine montre de nombreux troncs d’épicéa au sol, couverts de neige, sans que la cause soit précisée.

Le plus productif est Ivan Ivanovitch Chichkine (1832-1898), peintre de la forêt boréale et aussi le plus figuratif de tous. Certaines de ses peintures sont si précises qu’elles pourraient être confondues avec des photographies. Ses contemporains l’ont, à juste titre, surnommé le Titan de la forêt. Ivan Nikolaïevitch Kramskoï l’a peint en 1873 dans une tenue bien adaptée au travail en forêt. La précision de son trait et le souci du détail suggèrent une observation attentive in situ. Il a surtout peint des chênes (généralement vénérables développés sans concurrence en espace ouvert), des pins (sylvestres) et de remarquables pinèdes, parfois des épicéas, des bouleaux. Sa réputation se traduisit par l’édition de plusieurs timbres russes, l’un le représentant en portrait et d’autres montrant certains de ses tableaux (Matin dans une forêt de pinChamp de seigle, Dans le Nord sauvage). La Guinée et le Mozambique lui ont aussi dédié des timbres. »

Nous avions reçu en 2018 et 2019, la peintre Olga Kataeva, qui est aussi une spécialiste d’Eisenstein, actuellement à l’honneur dans la future exposition du Centre Metz Beaubourg. Nous espérons sur le village de Chavaniac-Lafayette, le lieu du Festival de création, admirer encore plus la relation que les populations russes et non-russes ont tissé avec la forêt nourricière, thème de notre prochain Festival 2020.

Babayagas, l’ours Michka, contes russes et mystères des confins forestiers…

Chamanismes et plantes hallucinogènes

Un article du Monde écrit par le journaliste Frédéric Joignot (édition du 2 août 2019) écrit ceci :

« Du 28 août au 1er septembre, la première Université d’été du chamanisme ouvrira ses portes à Cogolin (Var). Elle sera animée par « des scientifiques, des chercheurs, des anthropologues, des écrivains et des représentants de traditions celte, néo-zélandaise, maori, shintoïste, congolaise et mexicaine », nous dit-on au Cercle de sagesse de l’union des traditions ancestrales, qui a déjà orchestré du 25 au 28 avril à Genac (Charente) le douzième Festival du chamanisme. L’événement, alternant débats, évocations de la « Terre-Mère » et cérémonies coutumières, a accueilli « 180 chamans et femmes ou hommes médecines » venus des cinq continents, et attiré quelque 4 000 visiteurs.

Cet engouement pour le chamanisme, considéré par certains anthropologues comme la religion originelle de l’humanité, se manifeste en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada depuis une quinzaine d’années. Rassemblements, conférences, cursus universitaires se succèdent, et des milliers d’Occidentaux se rendent régulièrement en Amazonie pour participer avec des chamans guérisseurs (curanderos, de l’espagnol curar, « soigner ») à des rituels de prise d’ayahuasca (du quechua aya, « défunt », « esprit », « âme », et huasca, « corde », « liane »), une boisson indigène médicinale hallucinogène à base de plantes macérées. D’après le médecin et historien équatorien Plutarco Naranjo, auteur de Mitos, tradiciones y plantas alucinantes (Université Simon Bolivar, 2012, non traduit), l’ayahuasca est utilisée depuis 2000 à 4000 ans par les Amérindiens, qui la surnomment « la liane de l’âme ». M. Naranjo reproche d’ailleurs à Claude Lévi-Strauss d’avoir sous-estimé l’importance des plantes psychoactives dans les civilisations précolombiennes. »

Ne pas oublier que le chamanisme est une médiation de soin à l’autre et de rééquilibre subtil du monde qui environne le chaman. La communauté et la relation qui le relie à la communauté reste le fondement de sa pratique de dialogue avec les plantes, le cosmos et les esprits.
Forêt nourricière, oui, mais dans sa diversité et ses aventures… les mystérieuses ramifications de la conscience augmentée et du vivant.

Cet article très documenté signale les dernières publications internationales liées au chamanisme, particulièrement les expériences liées à cette liane magique qui peut se révéler tragique pour des utilisateurs inexpérimentés.
Si les philosophies du chamanisme mettent en valeur le fait que la forêt est un espace de soin dans sa diversité spirituelle, la liane de l’ayahuasca n’est pas une condition nécessaire pour devenir chaman… Heureusement l’être humain peut puiser en lui et dans son attention au monde vivant des expériences qui le dispensent de drogues.

Photographies ( ombre rivière Guyane) et peintures « Foret des âmes » Sylvie Dallet.

Logo Urubamba.

Fête des Plantes à Chavaniac-Lafayette les 1 et 2 juin

L’association festival des Arts Foreztiers participe à la foire « Fête des plantes » organisée par l’association Les Jardins Fruités, le week-end du 1 et 2 juin 2019 à Chavaniac Lafayette. Le thème en est « jardins au naturel »…

A la Ferme saint Eloi, devant la grille du Château dans le jardin et dans la grange… ancienne ferme restaurée des Lafayette

Plusieurs artistes sont pressentis et seront présents pour continuer le dialogue des Arts ForeZtiers sur le jardin et les dépendances de la Ferme Saint Éloi, devant le château de Chavaniac.

Pour l’occasion, la mandragore géante créée par Franck Watel (avec Eddy Saint-Martin) pour le Festival 2018 sera de sortie…

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Ce partenariat des Arts ForeZtiers aux Jardins Fruités s’exprime par un exposition d’oeuvres originales liées au jardins du monde (Guyane, Russie, France) :

– les photographies inédites de Sylvie Dallet (jardins de Guyane, route de Saint Laurent du Maroni) d’Albert David (les pins de boulange du Zouave et fleurs étranges)

et celles de deux artistes russes : Olga Kataeva (Lignes de vie au Jardin) et Kirill Bugaev (les jardins historiques de Kommunal et de Peterhof, Russie)

Olga Kataeva Rose neige
Feuilles- Kirill Bugaev
  • des peintures d’Eddy Saint-Martin et de Diane Cazelles, des sculptures forgées des Forgerons de Noailles et bien d’autres surprises créatives et artistiques…
  • et toujours le partage de l’écurie historique de la Ferme Saint Éloi avec l’association « Adrienne et Eugénie » qui y exposera des dizaines de photographies locales..
  • et aussi une buvette et la possibilité de goûter des tripes à l’ancienne et la soupe d’orties, préparées par Anne Monsonis et Gilbert Schoon
  • des conférences sur la reforestation en Inde par les globe-reporters des Arts ForeZtiers, Céline Mounier et Albert David à 16 heures le samedi et le dimanche

Ann Eisner, peintre de la forêt des Pygmées

L’artiste new-yorkaise Anne Eisner (1911-1967) vécut dans l’ancien Congo belge (aujourd’hui la République démocratique du Congo) de 1940 et 1950. La passion qui la liait au très original anthropologiste de terrain Patrick Putnam l’amène à séjourner dans le Camp Putnam (station de recherche, lieu d’hébergement et dispensaire médical qui porte aujourd’hui le nom d’Epulu) à la lisière de la forêt tropicale humide de l’Ituri. Son engagement auprès des populations de la région l’a, ensuite, convaincue de s’y installer et de partager la vie des populations autochtones. 

Ann Eisner voyait la forêt comme un refuge, attentive à la relation sociale et philosophique que les Pygmées Mbuti avaient tissé avec cette sylve profonde. Engagée dans le quotidien de cette population qui lui avait accordé sa confiance, elle a élevé à leur demande, trois bébés orphelins Pygmées, dans la tradition étendue des « mères » de la forêt. Cette tradition s’inscrit dans un réseau secourable qui comporte les grand-tantes, les tantes et les voisines. Fascinée par une organisation sociale proche de l’entraide des arbres, l’artiste s’inspire aussi des manifestions artistiques locales, inscrites sur de l’écorce battue ou sur les corps. L’analogie entre l’écorce et le corps est évidente.

Peinture Ann Eisner (collection privée)

La peinture d’Ann Eisner comporte cette réflexion sur la trace de la forêt dans es rapports sociaux. À son retour aux États-Unis, elle fait don à l’Américain Museum of America History de 22 écorces battues et autres objets de sa collection.

Village Pygmée de la forêt


Un article lui est consacré dans les Cahiers du GRHFF de 2017 : « La forêt des sens : art, communauté et durabilité » par Christie McDonald, Kevin Tervala et Suzanne Blier, suite à une exposition qui s’est déroulée à Harvard en mars 2016, où les archives d’Ann Eisner sont conservées.
Par ailleurs, un ouvrage illustré publié en Italie sous la direction de Christie Mc Donald, (Images du Congo : Anne Eisner’s Art and Ethnography, 1946-1958), évoque de cette expérience immersive, qu’Ann Eisner décrit elle-même au travers de son livre publié en 1954, Madami : My eight years among the Pygmées (Harvard Press).

Photographies issues de l’article du GHFF.

Anna Maria Sibylla MERIAN, naturaliste et peintre du XVIII°siècle

Parlons un peu d’une femmes botaniste et peintre de l’époque moderne, injustement oubliée des livres d’art français. L’Allemagne lui rendit un hommage décalé en imprimant son visage sur les premiers Deutsche marks du XXème siècle. Exploratrice du Suriname, alors colonie hollandaise, elle entre dans la jungle pour y étudier la vie des papillons.
Orpheline de père très jeune, Maria Sybilla Merian  (1647-1717) est une gloire  de l’école naturaliste allemande, peintre et scientifique tout à la fois. Remarquée pour son talent précoce, elle entre dans l’atelier de gravure de son beau-père, tout en se passionnant l’étude du cycle de vie et de la métamorphose des papillons ; elle décrit et représente les chenilles, les chrysalides, les spécimens adultes. En parallèle, elle s’intéresse aux plantes dont ils se nourrissent et aux parasites des cocons, et en réalise de nombreuses esquisses détaillées. En 1675,  fait paraître son premier ouvrage, intitulé Nouveau livre de fleurs (Neues Blumenbuch). Consacré à la botanique, le livre s’attache à la description de plantes et de fleurs auxquelles elle s’est intéressée en étudiant le cycle de vie des papillons. Après la naissance de sa deuxième fille, Dorotha Maria, elle publie l’ouvrage La chenille, merveilleuse transformation et étrange nourriture florale (Der Raupen wunderbare Verwandlung und sonderbare Blumennahrung). En 1685, Maria quitte son mari et part avec sa mère et ses deux filles vivre dans la communauté protestante  des labaristes du château de Waltha, dans la Frise occidentale. Elle y passera quelques années, tout en continuant son travail sur les chenilles. En 1690, elle demande le divorce. L’année suivante, elle se déclare veuve bien que son mari soit toujours en vie. En 1692, la communauté de Waltha est dissoute et Maria part vivre avec ses filles à Amsterdam. Là, elle se lance dans la transmission de savoirs et enseigne en particulier à Rachel Ruysch, qui deviendra peintre à son tour. Elle gagne sa vie en réalisant des illustrations et se lance dans la collection de spécimens naturels, notamment insectes et coquillages. Ces collections sont alors très à la mode aux Pays-Bas, et Maria fréquente d’autres collectionneurs. À travers ses collections, Maria découvre et s’intéresse aux papillons du Suriname, colonie de guyanaise des Pays-Bas. En juillet 1699, elle décide d’y partir en voyage avec sa fille Dorothea pour étudier la faune et la flore tropicale.  Maria obtient alors une bourse d’études et vend ses collections pour financer son voyage. Après deux mois de voyage, Maria et sa fille parviennent au Surimane et effectuent plusieurs excursions dans le pays, accompagnées par des esclaves amérindiens qui les assistent dans leur travail.  Hébergée dans une communauté pieuse de Paramaribo,  aux confins de la Guyane française, Maria réalise de nombreux dessins de la flore locale et s’intéresse particulièrement à la métamorphose des insectes rencontrés. Au cours de son voyage, Maria contracte le paludisme et tombe gravement malade. Contrainte à rentrer aux Pays-Bas, elle emporte une vaste collection d’insectes collectés sur place. Il lui faudra trois ans de travail, autour de ses dessins et croquis, pour réaliser son important ouvrage sur la faune et la flore du Suriname : Métamorphoses des insectes du Suriname (Metamorphosis insectorum Surinamensium). Son travail sur le papillon Morpho bleu fait autorité. Frappée d’apoplexie en 1715, elle décède en 1717.