Mélipones, la saga des abeilles sauvages de Guyane

Après l’article sur les artistes pollinisateurs, un regard particulier sur les abeilles sans dard de Guyane, les Mélipones.

80 espèces de ces butineuses se déploient en Guyane depuis près de 80 millions d’années, un record de longévité pour ces petites abeilles noires et velues, travailleuses infatigables qui stockent le miel dans des sortes de pots de stockage, construits en pyramides. Les chercheurs émettent l’hypothèse que les temps Mayas se sont construites à leur ressemblance. Le miel de Mélipone est rare, de couleur ambrée, fluide et beaucoup moins riche en sucres que celui, toutes saveurs confondues, l’abeille européenne, l’Apis. Un délice que les Guyanais récoltent pour leur propre consommation ! Les ruches sont disséminées sur les murs et dans les jardins, inoffensives pour les enfants.

Or, les Mélipones sont les seules abeilles a pouvoir naturellement féconder la vanille.  La vanille ou plutôt la gousse de vanille est une épice qui provient d’une plante liane portant le même nom (vanille ou encore vanillier). Originaire du Mexique, elle fait partie de la famille des orchidées, identifiée par la Mayas comme « la fleur noire« .  La Mélipone est le seul insecte à avoir la particularité de polliniser la fleur de vanille qui donnera alors une gousse de vanille. On a longtemps chercher à implanter de la vanille à d’autres endroits du globe, mais sans succès, en raison de l’absence de Mélipone. Pour l’île de La Réunion par exemple, la pollinisation a été expérimentée manuellement, en 1841 par un jeune esclave Edmond Albius, dont le procédé reste, jusqu’à aujourd’hui, pérenne.

Les scientifiques s’y intéressent de plus en plus car, en véritables sentinelles de l’environnement, elles permettent, au travers de leurs cires, d’identifier plus de 500 pesticides.  Par ailleurs, les Mélipones sont d’excellentes lanceuses d’alerte de la pollution de l’air. En France l’Apis joue aussi ce rôle, mais sans l’efficacité de la petite Mélipone, habituée à la nature sauvage et très réactive à la pollution. En défaveur supplémentaire,  l’abeille européenne commune est désignée communément sous le péjoratif « abeille tueuse »,  alors que la pacifique Mélipone ne pique pas.

La méliponiculture a donc le vent en poupe depuis les Mayas qui désignaient la Mélipone (Melipona Beecheii) sous le nom respectueux de Xunan cab , la dame royale. Cette récolte chez les Mayas aurait été donnée deux fois par an, le prêtre étant chargé de remercier le dieu Ah Musen Cab pour ce petit insecte qui leur fournissait du miel et de la cire. Ils l’associaient au chocolat dans la boisson, comme la tradition se perpétue aujourd’hui en Guyane.

Aujourd’hui,  les gros producteurs de miel  insistent sur le fait qu’une colonie de Mélipones ne fournit de 200 grammes à 5 kg annuellement contre les 20 à 50 kg fournis par la robuste Apis, italienne, caucasienne ou d’Europe centrale. Là encore, la règlementation internationale est axée sur l’espèce mellifère dominante, l’Apis, excluant le nectar de Mélipone, considéré comme un non-miel…

Il faut penser l’abeille sauvage selon les distinctions analogues aux nombreux bovidés qui ont accompagné l’être humain dans son développement.  Vaches à lait, de trait, de viande, gracieuses vaches aux cornes de lyre, vaches sacrées ou enfermées dans des étables insalubres… L’être humain selon  son degré de soin, de recherche et de curiosité va respecter les différences  des non-humains ou tenter de les annihiler. Et les artistes dans tout cela ? Sentinelles de la qualité, donnant de leurs oeuvres un goût unique que seuls les connaisseurs apprécient… mélipones discrète et sans violence.

Les sources scientifiques de cet article sont issues de l’article collectif  « Mélipone, redécouverte des abeilles amazoniennes de Guyane » paru dans Une saison en Guyane n° 17 août 2016.  Par ailleurs, une étude, baptisée « Méligua », financée par le FEDER, et pilotée par le Parc National, en partenariat avec l’APIGUA (l’Association des apiculteurs de la Guadeloupe) est plus récente. Une BD  pour les enfants évoque le mythe maya  (cf image jointe) : « Mélipona princesse maya »,  de Roch Domerego et Evelyne Duverne, aux éditions Baroch.

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