Parlons de forestation urbaine et de reforestation périurbaine

Il est des livres qui comptent. « Made in India », de Bénédicte Manier, en fait partie. Ce livre est à lire comme un récit de voyage d’une femme qui va à la rencontre de personnes qui entreprennent des choses bien pour la nature, les gens, les femmes et les forêts. Il faut le lire avec une carte de l’Inde sous les yeux et voyager avec les doigts. Quand j’ai lu ce livre, j’ai dit à mes garçons : « Nous irons en Inde, nous planterons des arbres ! » J’ai dit cela à Bénédicte en sachant que nous avons décidé de partir en avril. Bénédicte s’est gentiment moquée de moi en me disant que planter des arbres au plus chaud de l’année est un non-sens. Nous sommes allés à la rencontre de personnes qui nous ont raconté leurs actions de forestation urbaine, à Delhi et à Bangalore, et de reforestation périurbaine, autour de Pondichéry. Nous avions commencé à faire leur connaissance en lisant « Made in India ».

A Delhi, Vimlendu Jha a fondé Sweccha. Vimlendu se définit comme un « entrepreneur social, écologiste et fou de design ». Il était jeune, étudiant, il se promenait sur les bords de la Yamuna, le fleuve qui passe contre Delhi, pleine de déchets. Il organise un grand nettoyage, il entreprend de planter des arbres nourriciers en ville.

En parallèle, Vimlendu organise des ateliers de recyclage. Il a aussi lancé une application Million Kitchen qui permet à des femmes de livrer des repas. La « ville comestible » peut devenir havre de résonance. De nouveaux espaces s’ouvrent alors pour un être-au-monde plus doux. Au moment où j’écris ces lignes il faut songer qu’à Delhi, quand on regarde la météo sur son téléphone portable, on y lit « very unhealthy air ». Ces nouveaux espaces urbains sont vitaux, des morceaux de forêts qui mitent la ville. Ces initiatives créent du souffle, de l’ombre, de quoi manger et imaginer des romances à l’ombre de pommiers. Je songe aussi aux bâoli, les puits  à niveaux, dont l’usage a été abandonné au fil du temps, après l’arrivée des Britanniques. Ils permettaient de récupérer les pluies des moussons. Le processus de dépossession de la maîtrise de l’eau est raconté par Rana Dasgupta dans Delhi Capitale. Nous avons été submergés de bonheur par la beauté des bâolis qui demeurent intacts. Pourquoi ils ne sont pas réutilisés, réinventés, c’est une énigme.

A Bengalore, Sundar Padmanabhan a été subjugué par la méthode Miyawaki. A ses débuts, il était cadre chez Toyota et c’est là qu’il a découvert la méthode Miyawaki . Il a quitté son travail et a fondé son entreprise de création de forêts urbaines primaires. Il s’est inspiré des techniques du japonais Akira Miyawaki qui permettent une croissance rapide des jeunes arbres. Les arbres font baisser la température sur la zone plantée de 5°. Dans une ville comme Bengalore, tout comme à Delhi, il fait souvent plus de 40° au plus chaud de l’année. Il faut songer à la force des arbres comme climatiseurs puissants ! Le secret, planter avec des espèces locales et parfois, ça demande de retrouver la mémoire géographique et ça demande de faire resurgir de la mémoire ! En France, on peut trouver de ces types de forêts, créées selon cette technique, à Paris notamment, https://www.reforestaction.com/blog/le-mois-de-la-foret-plante-une-foret-urbaine-miyawaki-avec-les-parisiens. A Bangalore, les policiers qui travaillent à côté de la forêt aiment s’y ressourcer. C’est là à l’ombre des arbres qu’ils installent des chaises où nous discutons avec Sundar sur les échanges entre les racines des arbres qu’augmente le réseau micellaire.

A Auroville, près de Pondichéry, Aviram Rozin a créé Sadhana Forest. Il y a quinze ans, là, où nous nous trouvons était un terrain sans arbre. C’est devenu une forêt. La forêt subtropicale sèche. Le secret de la reforestation a été la préparation du terrain. Il faut une terre meuble pour qu’une graine germe.

Aviram n’y connaissait rien au départ en reforestation, nous explique-t-il. Il s’est formé. Aujourd’hui, Sadhana Forest est une communauté qui accueille chaque année des volontaires. La forêt couvre 28 hectares et compte 28 000 arbres d’espèces autochtones dont plusieurs nourriciers. Faire revenir la forêt fait revenir l’eau et les paysans autour peuvent cultiver la terre à nouveau. Il fait très chaud dans le Tamil Nadu mais à l’ombre des arbres, la chaleur est parfaitement supportable.  Sadhana Forest dispense aussi des cours de permaculture en Haïti et au Kenya.

Tout en nous racontant cela, Aviram parle à un jeune arbre en lui disant qu’il serait bien qu’il pousse un tantinet plus harmonieusement et organise son espace pour que son énergie se répercute sur toutes ses branches. Il lui parle comme à un tout jeune enfant. Passant devant un autre arbre, il le salue. Il l’aime.

Nous sommes là en zone périurbaine en forêt. La forêt est ville en ce qu’elle est habitée d’une grande communauté. Chaque habitation est en hauteur par rapport au sol afin que les scorpions et les serpents laissent leurs habitants en paix. Pondichéry est à quinze minutes en scooter de là. Nous étions en pleine ville à Delhi et Bangalore. 

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