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Le Cerf en son automne

 

le cerf, roi de la forêt, peint par Rosa Bonheur (1875)

L’automne  embrumée rassemble cerfs, daims et chevreuils, dans des courses de séduction et de chasse que les poètes ont célébrées. Le Cerf est un animal imprévisible et compliqué, symbole d’une forêt éternelle. Médiateur entre le ciel et la terre, il broute entre les racines d’Yggdrasil, l’arbre du milieu du monde de la mythologie nordique. Chevreuils et daims l’accompagnent, non loin de l’écureuil et du loup. Au XIXème siècle, Rosa Bonheur l’a peint de multiples façons, seul, avec la harde, en hiver, à l’automne. La forêt de Fontainebleau résonne encore de son empreinte, de ses brames et des chasses à courre.

Le cerf représente le mystère forestier, de la ramure aux racines.

Les représentants (Gloria Friedmann, 1992, FRAC Lorraine)
le roi-cerf ( oeuvre raku Cécile Aurejac, présentée au Festival des Arts Foreztiers en 2016)

Cette image se poursuit outre-mer au travers du film d’animation japonais, Princesse Mononoké, crée par le Studdio Ghibli et Miyazaki. Dans cette magnifique fresque sylvestre, un  cerf d’or incarne le fragile et authentique esprit de la forêt, accompagné de loups et de sangliers.

L’esprit cerf  du film de Miyazaki

À l’affût de ces récits, quelques images de présences légères ou violentes… Biche ô ma biche… est un chanson plus douce que les images de Bambi n’évoquent des tourments de la mère du faon. Le cerf mène de rudes combats pour une biche avant de l’abandonner, tandis que le bel Actéon métamorphosé par le courroux de Diane chasseresse pour l’avoir regardée se baigner, périt sous les crocs de ses chiens.

Sur le bitume de l’université de Nanterre, des cerfs bleus, peints au pochoir, mènent à la Ferme du Bonheur…

Cerf peint sur la chaussée de l’université de Paris X Nanterre (photo Dallet)

En 1946, Colette  toujours fascinée par le monde animal, écrivait dans l’Étoile Vesper ces lignes :

« Pour le seul printemps, nous devenons pareils à l’oiseau sous l’auvent de tuile, au cerf lorsqu’une certaine nuit il respire, dans la forêt d’hiver, l’inopiné brouillard que tiédit l’approche du temps nouveau ».

 

DU 20 au 22 juillet 2018, le Festival des Arts ForeZtiers renait sur le thème du Bestiaire enchanté...

 

 

Sculpter un imaginaire forestier en Estonie

 Pays du grand silence et des forêts de bord de mer,  l’Estonie, petit pays de la Baltique, encourage des sculptures naturelles et humaines.
Les paysages offrent des formes calmes, que les sculptures contrastent entre dragons, trolls et apparitions chamaniques.  La plupart des habitants de ce pays, par ailleurs  ultraconnecté, croient encore aux fées et autres créatures fantastiques.

la Bête du Gévaudan : artistes en visite à Brioude

L’exposition collective de la chapelle castrale de ST Ilpize s’est déroulée sur une journée, le 13 août. En septembre 2017, la Chapelle de la Visitation de Brioude  (Haute-Loire) accueille les oeuvres des dix artistes : Désiré Amani, Cécile Auréjac, Diane Cazelles, Sylvie Dallet, Pascal Miallier, Liam Morrissey, Jules Niamien, Gaëlle Redon, Eddy Saint-Martin, Franck Watel. Ces dix artistes présentent à la Chapelle de la Visitation les œuvres produites lors de la 4e édition de la Résidence artistique au Château de Saint-Ilpize.

présentation Diane Cazelles

Dates  de la Visitation:

  • 15-16-17 septembre 2017 (Journées du Patrimoine)
  • 22-23-24 septembre 2017
  • 29-30 septembre et 1er octobre 2017

Visite libre de l’exposition

Vendredi : 14h-18h –-Samedi  : 10h-18h –Dimanche : 14h-18h

 Programme des événements autour de l’exposition

Samedi 16 septembre

  • De 14h à 16h : Participation interactive du public pour le film retraçant l’ultime rencontre entre le chasseur Jean Chastel et la Bête du Gévaudan : « Faites la bête comme vous êtes ». Accompagnement sonore par Pascal Miallier (violon) et Liam Morrissey (violoncelle)
  • 16h : Vernissage

    performance Désiré Amani
  • 16h30 : Présentation de l’exposition, de la Résidence et des artistes participants, par Diane Cazelles
  • 16h45 : Performance d’ouverture de Désiré Amani avec intervention du public dans « La mort de la Bête du Gévaudan et la libération du peuple », accompagnée de la création électro-musicale de Liam Morrissey au violoncelle
  • 17h15 : Collaboration musicale de Pascal Miallier (violon) et de Liam Morrissey (violoncelle). Rencontre avec les 10 artistes

    violoncelle Liam Morrissey, peintures Pascal Miallier
  •  Dimanche 17 septembre
  • De 14h à 16h : Participation interactive du public pour le film retraçant l’ultime rencontre entre le chasseur Jean Chastel et la Bête du Gévaudan : « Faites la bête comme vous êtes »

Samedi 23 septembre

  • De 10h à 12h : Atelier pédagogique pour les enfants (à partir de 5 ans) animé par Gaëlle Redon: dessin, mime, contes..
  • A partir de 16h : Table ronde animée par Diane Cazelles avec :

Bernard Soulier (Président de l’association Au pays de la Bête du Gévaudan à Auvers, auteur) / Sylvie Dallet (professeur des universités en Arts, présidente du festival Les Arts ForeZtiers) / Valerian Maly (artiste performeur et enseignant à la Haute École des Arts de Berne) avec Klara Schilliger (artiste performeuse)/et les artistes de l’exposition.

Contact organisation : Diane Cazelles / portable : 06 83 63 91 55 / courriel : diane.cazelles@gmail.com

 

La montagne d’Ambert, souvenirs d’un vernissage foreztier au « pays des feuilles blanches »

L’écrivain ambertois, Alexandre Vialatte  (1901-1971)  décrit ainsi  L’Auvergne…«  C’est un secret plus qu’une province. Elle vous tourmente toujours d’un tendre songe. C’est quand on l’a trouvée qu’on la cherche le plus. »

 

La montagne d’Ambert recèle  puis dévoile  aux passants le Moulin Richard de bas qui reste la promenade mythique des Auvergnats, fidèles  à « l’herbe des trois vallées » depuis l’ouverture du Moulin au public par Marius Péraudeau.
Ce Moulin-Musée est, en effet,  le dernier témoin du vert pays de moulins papetiers dont l‘Encyclopédie de Diderot a lancé le succès au XVIIIe siècle.

« Le pays des feuilles blanches »    a patiemment reconstruit son identité culturelle dans les années 1940,  dans  l’amitié d’Henri Pourrat et de Marius Péraudeau.
Le buste de Diderot est encore à l’encoignure de la salle des Mésanges, qui accueille jusqu’au 6 août les oeuvres papier des Artistes foreZtiers.  Une belle salle emplie de lumière, entre des petits carreaux et une splendide cheminée. Les entre-poutres offrent aux regards un papier peint d’oiseaux bleus et roses qui symbolisent  les mésanges, en rappel des oiseaux qui, naguère,  se rafraichissaient le bec aux papiers qui séchaient.

Venus de Haute-Loire, les Artistes  ForeZtiers s’y sont installés en Copains du Puy de Dôme depuis le 3 juillet. Ils avaient dormi la veille à l‘Auberge de jeunesse de ST Martin des Olmes, dans un ancien  et ravissant couvent de femmes,  converti en hébergement collectif . Les oeuvres exposées ont été conçues pour le Moulin dans leur ensemble. Seules quelques pièces sont issues des éditions précédentes du Festival.
Quelques photographies de la journée du vernissage…

Et le lien avec l’article paru dans La Montagne dès le 6 juillet…

http://www.lamontagne.fr/ambert/2017/07/06/a-la-decouverte-de-huit-artistes-qui-ont-travaille-sur-ou-avec-le-papier-richard-de-bas_12474216.html

« Vent de Limagne », poème d’Olivier Calemard de Lafayette

 Le poète Olivier Calemard de Lafayette, né à Saint-Georges d’Aurac en 1877 (Chavaniac-Lafayette est un hameau de Saint Georges jusqu’en 1881, date à laquelle elle devient commune indépendante) ,  témoigne sur ses trente  années de vie, d’une sensibilité toute inspirée de son pays d’Auvergne.


Il nous adresse de 1904 ce Vent de Limagne  
( dédié à son ami Henri Cellerier).

J’aime la brise incertaine et frivole
Dont le frôlis n’émeut que les corolles
Légères, les frisselis doux des folioles
Au faîte gris des trembles grêles,
Et la ronde ténue et frêle qui s’envole,
Des éphémères sur les prêles…

— J’aime avec toi, surtout, le vent large et puissant.
Je n’ai pas tes sapins dans les sables, tes landes,
Tes horizons barrés de vols éblouissants,
Ni l’or de tes sous-bois alourdis de lavande;

Mais la sève frémit en mon vieux sol de feu,
Mes prés touffus et verts s’étoilent de narcisses,
Mes terreaux mordorés font des pétales bleus,
Et de hauts boutons d’or penchent leurs lourds calices.

Pour garder mes labours d’argile rouge ou brune,
J’ai des orgues de pierre en prière, où s’unit
L’extase de la vague à l’orgueil du granit,
La grâce de la houle aux splendeurs de la dune.

Et tu croirais qu’aux jours des fusions premières,
Le vent de mes sommets a durci brusquement
Les laves qui roulaient leur clair bouillonnement
Hors du rose cratère aux vapeurs de lumière.

J’ai de jaunes iris qui flambent dans les joncs.
J’ai des roseaux géants jaillis de l’eau rouillée;
Mes printemps font gonfler de monstrueux bourgeons.
Mes automnes des fruits pesants par corbeillées.

Oui, j’aime le grand vent sur tout cela, le soir,
Le vent du nord-ouest chargé de pluie et d’ombre
Qui pousse sur nos monts, d’un bref coup d’aile noir.
Avec des vols obscurs, la Fécondité sombre !

Olivier Calemard de La Fayette. (1877-1906), Le Rêve des Jours (1904).

Retourné dans ses terres après des études de Lettres, ce poète laboureur publia Le Poème des champs (Hachette, 1862), un grand succès qui fut couronné par l’Académie Française. Sainte-Beuve dira : « M. Calemard de la Fayette a fait en poésie quelques toiles… qui le classent parmi nos meilleurs paysagistes. » Son œuvre marqua dans le second Romantisme un éveil de la poésie naturiste et des idées régionalistes. Il fut l’initiateur et le maître d’une pléiade locale parmi laquelle on compte Jules Vallès, C. Augier ou  Aimé Giron. Il fut emporté par une fièvre typhoïde à 29 ans.

Faire vivre le patrimoine

En avril, ESPACES NATURELS, revue des Professionnels de la Nature (avril juin 2017-n° 58) publiée par la prestigieuse Agence Française de la Biodiversité (Ministère de l’Environnement), consacre un numéro spécial (« Inspirer,S’inspirer ») à la création artistique  en relation avec la nature et la biodiversité.

Un long article signé de Marie-Mélaine Berthelot, rédactrice en chef de la revue,  délivre deux entretiens  de pensée avec Sylvie Dallet (Arts ForeZtiers) et Raoul Lherminier (PNR des Monts d’Ardèche). L’article intitulé « Faire vivre le patrimoine » s’appuie sur les deux initiatives de Chavaniac-Lafayette et du département de l’Ardèche, dans leurs expériences complémentaires.

Raoul Lherminier parle de l’art  comme d’une « source de dialogues », en plein accord avec Sylvie Dallet :

« Finalement c’est le gestionnaire le pire des guides ! Les autres disciplines nous tapent sur l’épaule et disent « tiens, prends mes lunettes ». L’artiste a des lunettes plein les poches ».

Dialogue à enrichir encore pour les Arts ForeZtiers de 2018…

Afficher l’Auvergne

Au tournant du XXème siècle, Théophile Poilpot (1848-1915), peintre et graveur francilien de renom, issu de l’école des Beaux Arts de Paris reçoit commande d’affiches liées au développement de la ligne de Chemin de fer Paris Lyon Méditerrannée.  Il réalise trois affiches : deux sur le Mont Dore et Vichy et celle-ci qui est conservée, comme les autres, sur la base Gallica de la Bibliothèque nationale.  L’Auvergne, malgré le bon air  et les eaux thermales, vantés par les hygiénistes reste le plus souvent présentée dans les récits de voyage,  comme une montagne déserte et farouche que les urbains évitent.

Cette affiche  de 1904, magnifiquement coloriée montre une Auvergne parsemée de ruines bâties sur les paysages grandioses. La forêt est singulièrement absente, car  elle avait totalement régressé en raison des pâtures  (les moutons) au  siècle précédent.  Théophile Poilpot est  connu pour ses panoramas minutieux, dont cette affiche témoigne de la précision. il a également peint la forêt de Fontainebleau des scènes de genre à la lumière des sous-bois.

« La nature aime à se cacher.»

 

 Suite à un premier article associé à ses peintures, Aurélien LEPAGE nous adresse un second texte, murmuré comme une odeur suave.

« La nature aime à se cacher.»

De prime abord, cette phrase énigmatique d’Héraclite semble bien peu s’appliquer à ma peinture, tant le végétal y est présent, vivace, ensemençant les surfaces de mille frondaisons, fruits, fleurs et volutes fertiles. Mais à y regarder de plus près, ces feuillages et ces ramures de peinture bruissent de murmures secrets, d’images dissimulées. Tout y est mouvant, polymorphe, incertain, tant au niveau des formes et des motifs que des matières et des gestes. D’autres feuillages apparaissent sous les feuillages, d’autres peintures sous la peinture. Dans la langue originale du fragment d’Héraclite, le mot « nature » est désigné par le terme phusis : c’est la nature dans ce qu’elle a de jaillissant, de contradictoire, de mystérieux, apparaissant et s’enfouissant tour à tour.

J’aime l’idée qu’un tableau ne livre pas son sens dès les premiers instants où il est vu, ou plus précisément qu’il puisse offrir différentes possibilités de lecture, différents niveaux de profondeur. Comme dans un jardin, comme dans un tapis – deux sources d’inspiration pour moi –, les formes végétales dissimulent autant qu’elles révèlent, invitant à se perdre avec gourmandise parmi les entrelacs et les ombres, afin, peut-être, de laisser peu à peu affleurer les voix inaudibles, celles de la nature, des saisons, du cosmos – autant de voix que nous ne prenons plus assez le temps d’écouter.

Dans ma peinture, le végétal prend volontiers un aspect ornemental, voire décoratif, à la manière d’un papier peint ou d’une nappe brodée – autres sources d’inspiration importantes. Je sais que la plupart des artistes ont en horreur ce terme, « décoratif », car il désigne ce qui n’a d’autre intérêt que sa propre joliesse, d’autre visée que l’habillage superficiel d’une surface. Cela peut surprendre, mais j’aime que ma peinture puisse donner cette impression, parfois, aux yeux de regardeurs peu attentifs. J’y vois une forme ambivalente de discrétion, une manière espiègle de dire des choses profondes sans en avoir l’air, sans forcer le regard.

C’est tout l’art de la métis grecque qui devient alors visible, c’est-à-dire un art de la ruse, « une forme particulière d’intelligence, de prudence avisée » ainsi que la définissent Marc Détienne et Jean-Pierre Vernant, et qui doit « se faire plus souple, plus ondoyante, plus polymorphe que l’écoulement du temps. » L’idée de ruse n’est pas ici à entendre au sens de tromperie ou de fourberie, mais au sens de souplesse épousant la souplesse du monde, de chatoiement se fondant dans le chatoiement. Cette notion de métis ne serait ainsi pas sans lien avec la phrase d’Héraclite. Il ne s’agit pas de faire du bruit, de s’avancer dans le monde tous oripeaux déployés, de manière tapageuse, mais, dans le silence de l’écoute et de l’observation, d’en épouser au mieux les contours, les rythmes, les mystères. Regarder encore et encore pour voir, sous le masque inoffensif et anodin des choses, les trésors cachés et les abîmes infinis.

Pour reprendre l’exemple du tapis persan, il serait très facile de n’y voir qu’un fouillis de lignes et de motifs purement formels et répétitifs, un objet à déposer au pied de son canapé et à oublier. Décoratif, en somme. Mais si l’on se plonge davantage dans les jeux de symétrie et d’entrelacements des formes, alors c’est la magnificence d’un jardin d’Eden qui apparaîtra, une version réduite et concentrée du paradis et du cosmos – ou, dans le cas d’un tapis à motifs géométriques, un temple, une vision concentrée de la Jérusalem céleste. L’infiniment petit contient l’infiniment grand, le dévoile et le déploie. La répétition des motifs sur toute la surface d’un tapis évoque l’incommensurabilité du monde, son mouvement perpétuel et ses métamorphoses permanentes. Tout tourne et se retourne sur lui-même, comme les astres et les atomes, et l’homme est part intégrante de cette danse cosmique.A.Lepage, dans la forêt profonde..., 2016, 53x43cm-2

Une similaire ambiguïté habite ma peinture, chaque élément y étant tout à la fois polymorphe et polysémique. Ce qui apparaît comme une fleur se métamorphose soudain en étoile, un fruit devient une planète, une constellation se mue en toile d’araignée. Tout est dans tout, s’enversant sans cesse dans un mouvement où le terrestre et le céleste ne font qu’un. Une branche de corail pourra évoquer un arbre, une racine, un cerveau ou un réseau sanguin ; un tronc d’arbre entrelacé sera tantôt une colonne vertébrale, tantôt un fragment d’ADN. De même, je choisis volontairement de ménager un certain flou au niveau de la symbolique des éléments que je mets en scène, afin qu’ils conservent toute leur vivacité, toute leur puissance d’évocation : un buisson pourra être simple buisson ou buisson ardent, un arbre pourra être arbre de vie, arbre de la connaissance ou arbre votif comme il s’en trouve dans de nombreuses régions de France. Ou tout à la fois. Le végétal a ceci d’intéressant qu’il est universel, et permet de croiser les pistes, les cultures, les histoires, de les multiplier comme d’infinis reflets de miroir sur le chemin de la connaissance, suscitant d’infinis et organiques questionnements.

Les matières et les rythmes dont j’use pour élaborer ma peinture empruntent de la même façon le chemin bigarré et énigmatique de la phrase d’Héraclite. Mes tableaux s’apparentent tantôt à des tapis, des nappes, des mouchoirs, des tapisseries, des miniatures ou des céramiques. Art Brut ou art populaire, pièces de décoration ou pièces de musée.

Broderie, collages, papiers de bonbon, terre, lasures, pâte à modeler, bitume, tissus, dentelles, confiture ou café : tout ce qui peut servir à nourrir ma peinture, à la rendre aussi vivante et multiple que le monde, est mis à contribution. Il en résulte des tableaux plutôt matiéristes, où les gestes demeurent visibles et pourtant mystérieux (« comment c’est fait ? » me demande-t-on souvent). Étrange contraste : parler du cosmos en usant d’une peinture très incarnée !

Je peins très lentement, chaque peinture nécessitant des semaines, des mois de réalisation – voire des années, puisqu’il m’arrive souvent de reprendre d’anciennes peintures, ne considérant aucun de mes travaux comme achevés. « Faites-vous beaucoup de retouches ? » demandait Hubert Damisch au peintre François Rouan. « Des retouches ? Mais je ne fais que ça ! » répondait alors ce dernier. Je passe des heures à broder une grande tige végétale, point par point, ou des heures à peindre des petits points qui formeront une planète ou une voie lactée : je me fonds alors dans le rythme des plantes qui poussent, des étoiles qui naissent, dans le flux vivant et fragile de la nature.

Lorsque je peins, et lorsque je peins du végétal en particulier, c’est toujours ce célèbre poème de William Blake qui me revient :

« Voir le monde dans un grain de sable

Un paradis dans une fleur sauvage

Tenir l’infini dans la paume de ta main

Et l’éternité dans une heure »