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Le Festival, espéré

Nous suivons les annonces du déconfinement avec toute l’attention nécessaire. Cependant, nous ne pourrons cette année accueillir les artistes internationaux comme nous souhaitions le faire. Nous espérons que les collectivités locales nous apportent un vrai soutien afin de relancer l’action culturelle dans une déambulation libre et inspirée par ce nouveau thème des Arts ForeZtiers :

Forêt nourricière…

Un projet s’élabore sur le thème du banquet, avec notre partenaire la galerie d’art et de céramiques Terres d’Aligre (Myriam Bürgi) , avec qui nous avions déjà travaillé en 2018. Les céramistes sont déjà à l’ouvrage : Cécile Aurejac, Nicole Crestou, Jean-Michel Doix, Fany G, Jocelyne Guérin, Marie-Pierre Lamy, Blandine Leroudier, Céline Linossier, Marie Rancillac, Émilie Gavet, Élise Lefèvre, Berengère d’Orsay, Mélodie Meslet-Tourneux, Marlène Requier, Marie-Lucie Trinquant, Magali Wagner, ….

Les nouveaux venus de la Forêt nourricière, peintres et plasticiens préparent leurs oeuvres : Virginie Boursette, Natacha de Badké, Magali Cazo, Clara Crespin, Faezeh Firoozi, Tamara Ivanda, Lou le Cabellec, , Matthias Cazin, Mélanie Pasquier, Yzo, Pierre Vermersch….

Et les conteurs, performeurs, liseurs tels que Claire Blatchley (« récits de la Clairière »), Cristian Grenouillet (« Promenade biopoétique », Nicole Barrière..

Des films et des vidéos, avec Carole Contant, Lou Perdu, Vidéoformes….

Des années précédentes, nous reviennent Félix Monsonis, Olga Kataeva, Véro Béné, Pascal Masson, Danielle Boisselier, Albert David, Céline Mounier, Sylvie Dallet, Elisabeth Toupet, Rosine Astorgue, Fabienne Recanzone, Eddy Saint Martin, Suzy Tchang….

Nos partenaires : Crédit Mutuel, Terre d’Aligre, librairie La Grenouille, Hôtel de la dentelle, Moulin Richard de bas, Panoramique auvergnat, Viva design, Zetwal… nous contacter sur le mail : artsforeztiers@orange.fr

Les étudiants ont crée des affiches extrêmement inventives dont celles ci, très expressives et difficiles à départager : créations d’Emma Guiglioni, de Jules Cointrel, de Michelle O’Brien, d’Antoine Assanvo, de Mélodie Chan, d’Aubin Olivrie, de Virgile Mendes, de Julie Saint Martin

Vos pouvez nous écrire pour donner votre avis sur ces créations !

Des jardins-forêts désirables et désirés en ville

Une cour d’immeuble à Berlin

Le temps présent m’invite à arpenter mes 3,14 kilomètres carrés ! Je regarde la nature urbaine. Je regarde des jardins cultivés et repère où il pourrait y avoir des lieux pour des jardins-forêts. Je songe à Delhi, aux actions de forestation urbaine. Je songe à Détroit, où j’étais partie en voyage grâce à Bénédicte Manier dans Un million de révolutions tranquilles. Les villes doivent être nourricières. Je plonge dans la mémoire de mon ordinateur et je retourne à Montréal, où les arbres libres dépassent bien des maisons dans certains quartiers. Puis flashback à Berlin, ville aimée pour ses friches et ses espaces où la nature va sauvageonne. Je me remémore des jardins de la proche ceinture parisienne, ceux des mignonnes de Montreuil, des pêches. Souvenir d’une photo de ces murs à pêches, bâtis de telle sorte que les fruits bénéficient de la bonne chaleur pour arriver à maturité tout en étant abrités du vent !

Des jardins-forêts peuplent des villes et des campagne. Ils sont présents près des habitations. Ils sont forêts gourmandes et forêts militantes. Dans Jardins-forêts de Fabrice Desjours, je lis : « Les jardins-forêts sont comme des spectacles vivants, des pièces de théâtre comestibles où chaque figurant végétal prend sa place et développe son potentiel à mesure du déroulé des saisons… Tout change et tout est impermanent dans ces espaces où se mêlent à l’infini le sauvage et le domestiqué, dans ces espaces qui ont pour seuls metteurs en scène le temps et la créativité ».

Photo du livre Jardins-forêts de Fabrice Dejours, ouvert aux pages 38 et 39

Le jardin-forêt repose sur une conception du monde basé sur l’hortus. Cela signifie en latin « jardin luxuriant, richesse et ressources ». L’hortus est un espace étagé où règne la densité et la diversité. Dans les années 1960, Robert Hart a été un pionnier en Angleterre. Il est allé chercher son inspiration sous les tropiques. Le principe est qu’y sont implantés des arbres nourriciers, des arbustes, des buissons, des légumes vivaces, des plantes aromatiques et médicinales, des légumes-racines, des champignons et des lianes. La recherche est celles des interactions positives. Chaque jardin-forêt est unique. Cela invite à penser qu’un jardin-forêt est une œuvre d’art.

Je pense qu’il existe un réseau des jardins-forêts urbaines en lisant Désir de villes d’Eric Orsenna et Nicolas Gilsoul et Genres urbains, un livre qui rassemble plusieurs textes autour d’Annie Fourcaut. Lisons ce qui suit avec la même énergie que l’auteur du roman Les furtifs, Alain Damasio, d’un passage où il est question d’une libération joyeuse.

À Ramallah, s’inspirant d’un projet de l’architecte Alejandro Aravena, un squelette devient arbre béton avec des dents creuses. Une dent creuse peut devenir chambre ou jardin. Concevons des jardins-forêts dans quelques dents creuses. A Bordeaux, une agence acquiert des terrains clés pour les préserver de l’urbanisation et la Nature devient ainsi un Bien Commun. A Montréal, objectif Canopée sur la ville, la santé des arbres est surveillée par drones et des jardiniers sont invités à retourner « cultiver l’asphalte ». Des villes-arbres sont en projet près de Nanjing. L’architecte Stefano Boeri est confiant à ce sujet. Il est l’architecte du Bosco Verticale de Milan. Entre Saint-Denis et Sainte-Marie de la Réunion, la forêt jardinée est orientée nord-sud et les habitations sont resserrées. À Suresnes, Henri Sellier adoptait le principe de cité-jardins, « des modes d’aménagement esthétiques » de l’habitat. New-York fait naître une forêt sur les débris des Twin Towers tandis qu’à Rio de Janeiro, un ancien dépotoir à ciel ouvert s’est métamorphosé en jardin botanique écologique. À Metz, la Seille qui était busée et enterrée, réenchante la ville et conquiert la faune. A Helsinski, les forêts ont résisté à la pression urbaine grâce en partie à une ville construite sous terre. Il faut savoir que Helsinski se planifie dans son épaisseur. Tenez, le ministère de l’Agriculture et des Forêts travaille sur une cartographie cadastrale en trois dimensions. Des architectes, des habitants jardiniers et des jardiniers de métier, des employés concepteurs des services publics des territoires, des développeurs, des géographes-paysagistes transforment ensemble des villes en plusieurs points du globe. Les artistes hackent la ville sous ses voies de métro aériens, sur son béton et dans la forêt urbaine comme les danseurs de la troupe de Pina Bauch magnifiquement mis en scène par Wim Venders dans Pina. Ils tracent des promenades comme autant de fils entre les espaces.

Photo prise au pied de là où j’habite

Me voilà avec le désir de hacker les friches en ville. Peut-être que les maires qui aiment les arbres pourraient-ils acheter les terrains en friches achetables pour créer des forêts-jardins. Des conseils de copropriétés pourraient transformer des parkings enlaidissant en espace de forêt-jardin. Des AMAP pourraient se convertir aux forêts-jardins. Je me plais à y rêver quand je arpente mes 3,14 kilomètres carrés en toute proche banlieue parisienne.

Jardin actuellement fermé à Malakoff

A partir de là, j’imagine une association de cueilleurs et cueilleuses et de chefs et cheffes cuisto cuisinant les récoltes. A Mumbay, il y a le réseau des dabbawallah, un des plus efficace au monde de distribution. Lisez ce billet par exemple. Le « fait maison » pourrait être un « fait à la maison d’à côté de la forêt-jardins ». Uber cyclistes, pourquoi ne pas devenir des « wallah cyclistes » ?

Feuilles du confinement : les Hemos

Nous sommes confinés en nos murs, les nôtres et nos réseaux sociaux, la forêt resplendit, la pollution s’abaisse et les animaux curieux de notre comportement se hasardent dans les villes : cerfs en Grande Bretagne, sangliers à Fontainebleau et à Barcelone, canards avenue de l’Opéra à Paris, il n’est pas de jour où un oiseau étonné vient gazouiller à nos fenêtres. Le vivant vient à nos portes, curieux de l’expérience que le virus nous apporte.

Au Japon les cerfs sont sortis du parc de Nara pour excursionner en ville, tandis qu’à Carnac, les cygnes et les cervidés explorent nos plages désertes. En Malaisie, des groupes de singes affamés, naguère nourris par les touristes, parcourent les rues, n’hésitant pas rentrer dans des commerces aux portes disjointes. En Pays de Galles, des chèvres baguenaudent la nuit sur les jardins des cottages, se régalant des fleurs. Au Sri Lanka, le cerf axis se hasarde en ville, d’un pas assuré.

Les cerfs migrants de Richmond Park prennent possession des jardins de Londres et, en France, on a photographié hier deux téméraires qui exploraient la banlieue de Boissy Saint-Léger.

« C’est une parenthèse enchantée dans la relation entre l’Homme et la nature », souligne Pierre Dubreuil, directeur général de l’Office français de la biodiversité (OFB). Le ralentissement sans précédent des activités humaines profite à la biodiversité. Dans la capitale, la chute des pollutions de l’air, sonore et lumineuse « permet par exemple aux oiseaux de mieux réguler leur rythme journalier, d’avoir moins de stress », explique Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris en charge de la biodiversité et des espaces verts. « Avant, ils devaient décaler leur chant à cause du bruit des activités humaines dès six heures du matin. ». Anne Drevon, qui vit rue Montorgueil au coeur de Paris, nous raconte qu’elle entend son quartier, naguère le haut lieu de l’épicerie de bouche, redevenir forêt sonore.

Sur les routes, la diminution drastique de la circulation devrait largement profiter aux amphibiens, se réjouit Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) : « Des dizaines de milliers de crapauds et grenouilles sont écrasées chaque année, surtout en période de reproduction en février et mars, donc moins de voitures signifie moins de collisions, espère-t-il. Idem pour les hérissons, dont 1,8 million meurent tous les ans sous nos voitures. » Les conducteurs et promeneurs se font plus rares, mais également les chasseurs. « Dans un premier temps, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) semblait avoir obtenu du ministère des possibles dérogations en cas d’“enjeu sanitaire”, par exemple contre les sangliers ou les corbeaux », dénonce Madline Reynaud, de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). À la suite de protestations multiples, la chasse a finalement été totalement interdite, ainsi que le piégeage, le gardiennage et l’agrainage du gibier.

Un article très documenté de Lorène Lavocat pour le journal en ligne Reporterre, rappelle que « le coronavirus aurait été transmis aux humains à travers le pangolin et par une espèce de chauve-souris, dont les habitats sont peu à peu détruits par la déforestation. Du fait de la destruction des écosystèmes, « des animaux sauvages se retrouvent de plus en plus sur des territoires restreints, en contact plus souvent que prévu avec les humains et leurs animaux domestiques,résume Serge Morand, écologue spécialiste des liens entre biodiversité et épidémies. « Des contacts improbables se créent entre les humains, leurs animaux domestiques et des bactéries ou virus qui vivent avec la faune sauvage, avec des possibilités de passage accrues vers l’animal domestique et l’humain. » Reporterre reviendra dans les prochains jours sur les leçons écologiques à tirer de l’épidémie. « L’épidémie ne révèle rien, mais elle nous met dans une posture où l’on ne peut plus faire comme si on ne savait pas », conclut Vinciane Despret, anthropologue et autrice de Habiter en oiseaux (Actes Sud, 2019). »

À Chambord, biches, balbuzards et aigles bottés reprennent leurs territoires paisiblement, sans l’afflux des touristes qui les avaient fait fuir. Des paons se promènent à Rézé. À Courchevel dans les Alpes, on a vu un loup explorer les pistes de ski. Dans le parc des Calanques, hérons cendrés et fous de bassan, osent s’aventurer sur des espaces humains, désormais déshumanisés par le retrait des hommes. Des témoignages affluent d’oiseaux de nuit sur les fenêtres, de renards près des habitations, de pumas qui déambulent, comme à Santiago du Chili.

Deux paons à Rézé


Les villes occidentales sont devenues en quelques semaines les improbables zoos que les animaux, par un subit retournement viennent visiter. Changeons donc le mot de Zoo, impropre puisque sa racine vient du grec « animal », en Hemo, ce vieux mot latin qui a donné humus, la terre. Les Hemos seront donc désormais ces lieux où les animaux viennent contempler les hommes confinés qui, par un étonnant retour, attendent cette improbable visite pour la commenter sur les réseaux sociaux.

Mais qu’arrivera t’il lorsque nous oserons retourner dans les rues et les forêts qui sont leur territoire ? Les chasseurs et la police vont ils accepter ces animaux en liberté dans le tissu urbain ? Et ne pouvons nous pas désormais, nous inspirer du modèle indien qui accepte la cohabitation urbaine avec les animaux ? Le Canada, l’Angleterre, les pays nordiques esquissent quelques timides acceptations d’animaux dans les parcs, mais qu’en sera t’il du reste du monde ?

Un puma égaré à Santiago du Chili

Pour recueillir des informations sur la cohabitation des animaux et des humains en Inde, cf. le blog de l’autrice Bénédicte Manier (un article de 2017)

http:/lindeaufildesroutes.blogspot.com/2017/09/cohabiter-avec-les autres-especes.html

Une dernière chose : pour nous écrire, nous les confinés qui espérons la forêt : artsforeztiers@orange.fr

N’hésitez pas à nous adresser vos expériences de la vie sauvage qui se renouvelle sous vos yeux et vos oreilles. Et préparons ensemble le thème du prochain Festival des ARTS FOREZTIERS : Forêt nourricière du 17 au 20 juillet 200..
Les villes deviendront elles, pour un temps, la forêt des bêtes ?

Le festival des arts Foreztiers fête ses dix ans

Il y a dix ans, le village de Chavaniac-Lafayette et son Château accueillaient une manifestation naissante de douze artistes sur le thème des “Quatre vivants”, que l’on pouvait interpréter comme les quatre points cardinaux, les quatre éléments réunis autour de ce village mythique de Lafayette et de la Ferme Saint Éloi.

Dix ans… comment décrire ce qui s’est passé en dix ans ? De la première année en août 2010 où le Festival de création des Arts Foreztiersa débuté en la cour triangulaire du château de Chavaniac et le joli square de l’alliance Lafayette-Washington (rebaptisé par l’artiste Lolly David, square de la Liberté) sur le thème Les Quatre Vivants,

Douze artistes en 2010, quarante en 2016, cinquante créateurs en 2018… et en 2020 ?

Un nouveau thème : FORÊT NOURRICIÈRE qui va exprimer la diversité des expériences créatrices sur l’ensemble du village du 17 au 20 juillet 2020…


Depuis 2010, la manifestation a crû régulièrement en qualité, en nombre et en notoriété. Nous avons présenté en 2018 les œuvres et les créations de quelque 50 artistes, hommes et femmes, jeunes et expérimentés, dont l’originalité esthétique a été remarquée à l’échelon régional mais aussi national (le mensuel de référence Artension signalait le Festival parmi les 19 meilleurs Festivals de plein air de l’été 2018) et international depuis 2013 avec une première expression d’artistes chinois en Haute Loire. Cette croissance internationale sur un site de montagne est toute à fait exceptionnelle, liée à l’esprit d’ouverture de la manifestation: venus de Shanghai, de Taiwan, de Noailles (Haïti), d’Australie et de Russie, ces artistes contribuent à faire connaitre le village et ses paysages alentours, du Puy en Velay à Brioude et la Chaise Dieu. Du côté français, les artistes se sont déplacés d’Angers, de Saint Étienne, de Lyon et d’Ile de France à notre appel. Enfin, la région regorge de créateurs de qualité à Chanteuges, Connangles, Blassac, Brioude, Pébrac, Pinols, Saint Ilpize, Vals le Chastel, Saint Didier sur Doulon… Ces créateurs forment le noyau fidèle des artistes foreztiers qui reviennent régulièrement créer ensemble lors du Festival.

Un des principes du Festival est que, dans la mesure du possible, les artistes soient actifs, partenaires des équipes vertes qui les aident à installer les œuvres sur l’ensemble du village lors des jours qui précèdent le Festival. Certains artistes, venus de loin, sont en résidence sur la ferme Saint Éloi pendant plusieurs jours – parfois plus d’une semaine – en fonction de leur éloignement et aussi de leur volonté de s’imprégner des lieux inspirants de cette Auvergne sylvestre. Lors de la manifestation qui dure trois journées pleines, les créateurs (peintres, photographes, sculpteurs, céramistes, performers en danse et en musique) présentent eux-mêmes leurs œuvres au public, afin de le faire participer à ce rassemblement d’artistes. Depuis sept ans, un tableau collectif est réalisé par les passants et les artistes réunis et, depuis cinq ans, le centre de loisir de Paulhaguet participe, par une journée d’exposition des travaux des enfants sur le thème de l’année.

Depuis 2018, les étudiants du DUT Multimédia de l’Université de Marne la vallée participent de la création de l’affiche des Arts ForeZtiers ( accompagnement par Sylvie Dallet ). Cette année encore les promotion des premières années de l’IUT de Champs sur Marne s’engagent sur le chemin sylvestre d’une affiche originale !

Graphiste Julie Saint Martin
graphiste Yasmine Kourichi

Nous avons décidé de montrer quelques affiches qui émergent, afin de ne pas réserver à la seule équipe des Arts ForeZtiers le plaisir de choisir entre quelque 50 propositions..
Julie Saint Martin nous adresse sa première version de l’affiche, une canopée stylisée qui s’élance vers le ciel…. et Yasmine Kourichi une autre suggestion, un bol forestier et sa longue cuiller sur table de bois…

Des Forêts de Lettres

Lorenzo Soccavo, auteur (blog et FB : Futurologie de la lecture) et membre de l’Institut Charles Cros, partenaire du Festival des Arts Foreztiers, nous adresse ce texte qui explore les liens entre la Forêt et la Lecture… en annonce du thème de Forêt nourricière, sujet du prochain Festival (du 16 au 20 juillet 2020)…

Un autre regard sur la forêt nourricière…

La forêt est un effet de réel du langage. Une illusion cognitive.

Car, hors l’entreprise humaine de tout nommer, qu’en serait-il réellement ?

Nous désignons en langue française cet ensemble que nous nommons « forêt » du nom de « forêt » dans l’ignorance de ses racines (une étymologie foisonnante) qui se coulent jusqu’à des temps immémoriaux, de ceux dont nous n’avons pas gardé la mémoire consciente.

Le rassemblement de ceux qui forment forêt en un lieu donné, nous les nommons « arbres ». Mais nous avons aussi désigné différemment ces arbres en fonction de leur espèce, puis nous avons nommé chaque partie de ces arbres, non seulement les racines, le tronc et les branches, les feuilles et les fruits, mais également les plus infimes divisions que nous pouvions opérer jusqu’aux parties intérieures, et nous avons produit un lexique considérable autour de l’exploitation humaine des arbres, et finalement nous avons été jusqu’à les capturer au cœur même de nos mythes. Énormément de mots. Mais quel rapport notre vocabulaire entretiendrait-il encore avec ce qui serait la réalité ?

Nous vivons dans une fiction…

Nommer ainsi le monde c’est en faire des ustensiles de théâtre et des décors de cinéma.

Dans l’un de ses joyeux et subtils romans, La Vouivre (1943), Marcel Aymé faisait dire à la charmante créature : « Pour moi qui ai connu le pays autrefois, je trouve la campagne bien fade avec votre bête de blé, vos champs de pommes de terre et tout ce vert plat à faire lever le cœur. Si tu avais vu, il y a seulement cinq mille ans, ce fouillis, cet emmêlement du bois mort et du bois vif, cette bataille des plantes pour se pousser à la lumière, quelle pagaïe ! Aujourd’hui, vos rasibus à blé et à pommes de terre, le village bien assis au milieu, et les prés à vaches et les vues filées à travers deux rideaux de peupliers, c’est fait comme un jardin. Et la forêt : des arbres plantés comme des asperges, les coupes, les futaies, les taillis, tout bien ordonné, divisé, et les allées droites, les carrefours, les sentiers. C’est le parc au bout du jardin. »

Dans la succession des décors, dans le téléfilm de nos vies quotidiennes, même en simples figurants ou figurantes, pouvons-nous quitter la scène que cette Mélusine nous décrit et passer de l’autre côté des représentations que les mots engendrent ? Est-ce encore possible ?

Un échange de souffles…

Forêt, peinture de Katarina Axelsson (Suède)

Comment les non-humains, comment le vivant qui se développe dans un autre système de communication que celui de notre langage perçoit-il ce que nous appelons « le monde » ?

La romancière Sylvie Germain approche semble-t-il cette sensation dans son roman A la table des hommes (2016) : « Le monde leur est à la fois opaque et évident, ils ne le réfléchissent pas, jamais ils ne s’étonnent devant lui, ils se tiennent simplement, totalement, en son sein. L’espace alentour, aussi beau soit-il par endroits, ne fait pas pour eux paysage, ils ne le contemplent pas, ils posent sur lui un regard lisse, luisant de candeur. Ils le hument, ils le respirent par tout leur être, les yeux mi-clos. Ils l’inspirent et l’expirent à une juste cadence ; tel est le dialogue qu’ils entretiennent avec lui – un continuel et pénétrant échange de souffles. ». Comment se fait-il alors que ce soit paradoxalement par la lecture de tels mots que nous pourrions déjouer l’illusion que les mots entretiennent ? Quelle est donc cette sorcellerie ?

Cela vient d’un rêve…

Cette sorcellerie est celle de la lecture et j’avance l’idée que la lecture serait sortie du bois bien avant que les hommes inventent les écritures et façonnent leur monde en une succession de paysages.

Cette image de la lecture sortant du bois m’obsède en fait depuis un rêve que j’aurais fait il y a plusieurs années. J’emploie le conditionnel car le temps passant je ne suis plus certain de pouvoir faire honnêtement la part du rêve de celle de l’élaboration affective et intellectuelle qui depuis lors est à l’œuvre que je le veuille ou pas.

Davantage qu’une image, ce qui persiste en fait en moi c’est d’abord un double sentiment : celui à la fois d’une attente et d’une inquiétude. Puis s’impose le souvenir, probablement un faux souvenir, une reconstruction, de ma présence un jour au bord d’une route de campagne, et séparé d’une forêt par un champ. Mais une forêt d’où la lecture allait sortir.

En vérité j’ai presque l’impression de revoir la scène en vision subjective comme si je l’avais un jour réellement vécue : je suis au bord d’une route de campagne et en face de moi il y a un champ, de terre labourée il me semble, qui s’étend jusqu’à la lisière d’un bois.

Avec une certaine appréhension, nous guettons la lecture qui va sortir du bois et venir à nous. J’écris nous car j’ai le net sentiment que nous étions plusieurs, et même assez nombreux je crois. Je ressens les autres autour de moi.

Dagnan -Bouveret

Nous sommes donc là, et tout à coup nous sentons une présence à la lisière. Cela remue un peu dans les buissons. Légèrement. Puis Cela sort calmement du bois et s’avance vers nous autres assemblés qui l’attendions. Cela nous rejoint dans le monde ordinaire. Car, oui, Cela nous a accompagnés lorsque nous sommes partis. Je veux dire précisément que Cela serait venu avec nous dans notre monde. Mais évidemment je me suis réveillé au moment où dans mon rêve mon regard allait se poser sur. Sur quoi ?

Cependant c’est ainsi que j’imagine l’arrivée de la lecture, car j’ai le pressentiment que c’est d’elle qu’il s’agissait dans mon rêve.

Sortir du bois…

Que se passe-t-il lorsque la lecture qui sort du bois croise la lectrice ou le lecteur qui entre dans la forêt, et que leurs regards, comme leurs chemins, se croisent eux aussi ?

Que nos ancêtres soient descendus des arbres et soient un jour sortis des forêts, ou bien que depuis la savane une horde primitive ait observé de loin la lisière des bois, ou bien encore qu’il y eut un temps où il n’y avait que forêts, il n’empêche que le livre, par sa racine étymologique liber (évoquant l’écorce des arbres), ses feuilles, les bibliothèques, qui étaient à l’origine les coffres de bois dans lesquels on le protégeait, et par bien d’autres aspects encore, le livre est lié au végétal.

Associée originellement au vivant, la lecture a son tempo significatif, ses rythmes singuliers induits par la musicalité intérieure de la langue, mais aussi par les effets de répétitions de certains éléments sonores et visuels qui la structurent et sont parfois très subtils ; il y a un pouls de la lecture dont l’écho porte les résonances des matériaux multiples qu’elle rencontre, des papiers aux organes phonatoires des lecteurs.

Revivre cette scène…

Comment percevrions-nous le monde par le prisme d’une pensée non-verbale ? Sans la médiation du langage ? Et, paradoxalement, ne pourrions-nous pas approcher de cet impossible par le truchement de la lecture ?

Je propose ce qui pourrait être une performance au sens propre, de remettre en actes, de revivre en situation cet épisode onirique d’humains guettant l’arrivée de la lecture. Peut-être éveillerions-nous une mémoire enfouie ; de certains gestes, d’une inquiétude latente pourrait resurgir un éclat de l’ineffable rencontre de nos ancêtres avec le récit du monde.

Si nous remplacions la double métaphore bien connue du monde comme livre et du livre comme monde, par celle de la lecture qui sort du bois et de la lectrice ou du lecteur qui entre dans la forêt que se passerait-il ? Si nous faisions le choix d’un mode d’abstraction qui nous extirperait peut-être en partie, un peu, des illusions du langage ?

Lorenzo Soccavo

Le tableau « Dans la forêt » est une allégorie du peintre Pascal Dagnan Bouveret (1892). La femme de dos, qui est elle ? La présence de la joie musicale ou des sonorités du texte ?

Les enfants verts, conte ou prophétie de la forêt nourricière ?

peinture Sylvie Dallet (techniques mixtes, automne 2019)

Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature 2018, est aussi une femme engagée, attentive à la nature des hommes et des plantes. Elle a publié un extraordinaire roman policier favorable aux animaux, dans lequel elle se met en scène, horrifiée par la chasse :

Sur les ossements des morts (2012) est un roman proche du style de Fred Vargas, finesse et humour brodent un récit foisonnant qu’il faut lire et relire.
On connait moins son opuscule les Enfants verts, un conte initiatique qui s’inspire pour les métamorphoser deux épisodes mythiques de deux enfants issus de la forêt anglaise, allemande puis polonaise.

Pour mémoire, des récits anglais du XII ème siècle mentionnent une première fois l’apparition d’enfants verts. Dans le comté de Suffolk, deux enfants à la peau verte seraient apparus, capturés dans la forêt par les paysans village de Woolpit. Frère et sœur, les enfants verts s’exprimaient dans une langue inconnue et refusaient de manger autre chose que des fèves. Au fil du temps, ils apprirent à se nourrir d’autres aliments et perdirent leur couleur verte, mais le garçon, malade, mourut peu après le baptême des enfants. La fille s’adapta à sa nouvelle vie, mais son comportement continuait à présenter des signes d’insoumission à la vie en société.

Cette histoire n’est mentionnée que dans deux sources médiévales : l’Historia rerum Anglicarum et la Chronicum Anglicanum. Elle constitue peut-être un compte rendu d’un événement ayant réellement eu lieu, mais il est possible qu’il ne s’agisse d’une légende populaire décrivant une rencontre imaginaire avec des créatures souterraines ou extraterrestres. Le mythe se situe là dans toutes ses caractéristiques : apparition, étrangeté, relatée oralement par la mémoire populaire. Le poète et critique britannique, Herbert Read s’inspire en 1934 du mythe au travers son unique roman, L’enfant vert. Dans ce récit, le héros, The Green Child,  retrouve la soeur et voyage avec elle dans le monde d’origine des enfants verts, où il découvre la sagesse et le sens de l’Univers. Une sorte de Petit Poucet qui n’aurait pas quitté la forêt nourricière.

L’auteur John Macklin a raconté une histoire très similaire à celle des enfants verts dans son livre Strange Destinies (1965), qu’il situe en Espagne dans un bourg nommé Banjos. Un après-midi du mois d’août 1887, deux enfants sortirent d’une grotte située aux alentours du village de Banjos. Ils marchaient en se tenant par la main et traversèrent un champ où des paysans étaient en train de moissonner. Ils avaient l’air craintif et ils parlaient un langage incompréhensible. Leurs vêtements étaient faits d’un tissu inconnu et leur peau était complètement verte. Comme les enfants du Suffolk, le garçon ne survit pas, tandis que la fille vécut encore quelques années, intégrée en apparence à la communauté du village.

Dans la culture des pays celtiques, le vert est souvent associé au peuple du Sídhe, fées qui vivent dans des royaumes souterrains bâtis sous les tertres. Une autre symbolique relie la couleur verte à la mort, en accord avec la conception traditionnellement répandue selon laquelle les fées seraient les esprits des personnes défuntes. 
La couleur verte sous-entendrait donc que les deux enfants venaient du monde des fées/des morts. Selon certains folkloristes, ce fait serait renforcé par le fait que dans la culture populaire les fèves sont la nourriture des défunts. L’hypothèse extraterrestre est également régulièrement évoquée.

L’histoire des enfants verts se retrouve en Europe centrale : Olga ToKarczuc lui consacre un conte très court où elle suggère une sorte de communauté anarchiste d’enfants retournés vivre dans les arbres, à la peau légèrement verdâtre, par proximité des feuilles.

L’époque a changé de visage, mais la double découverte reste la même : deux enfants apeurés, dont l’existence mystérieuse fait réfléchir les scientifiques et créent de la légende…
Au XVIIe siècle, William Davisson, un botaniste écossais, devenu médecin particulier du roi polonais Jean II Casimir, suit le monarque dans un long voyage entre la Lituanie et l’Ukraine. Esprit scientifique et curieux, il étudie les rudesses climatiques des confins polonais et les coutumes locales. Un jour, lors d’une halte, les soldats du roi capturent deux enfants. Les deux petits ont un physique inhabituel : outre leur aspect chétif, leur peau et leurs cheveux sont légèrement verts… Le médecin va observer leurs comportements…

Comment ne pas songer à cette insurrection actuelle des enfants pour le Climat ?
L’imaginaire se déploie à des moments de faille… dans une forêt qui nourrit des Enfants verts…

Forêts russes

L’Homme qui a surpris tout le monde (Человек, который удивил всех) est un film russe réalisé par Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov, sorti en 2018. Il se déroule dans la forêt sibérienne : un garde forestier, diagnostiqué cancéreux et incurable se fie à un récit ancien d’une chamane qui lui suggère de « tromper la mort ».

Au travers cette intrigue qui part d’une anecdote, se déroule le mystère des forêts russes, à la fois présence magnifique et reflet de l’intériorité touffue, mais dont la connaissance précise nous fait défaut. nous avons entendu parler des « forêts rouges », issues de la catastrophe de Tchernobyl, forêts irradiées qui brûlent régulièrement chaque été dans l’indifférence générale (pour exemple l’exposé d’Alain Gilles Bastide en 2015 lors du Festival des Arts ForeZtiers) .

Nous savons aussi qu’autour du la Baïkal, les communautés Bouriates continuent des rites chamaniques colorés. Nous avons connaissance de la magnificence des forêts russes au travers de bribes de films traversés par des trains : Docteur Jivago en est un bel exemple, écrit par Boris Pasternak en 1957 et adapté au cinéma par David Lean en 1965, succès mondial de l’édition et du cinéma tout à la fois.


Parmi les peintres, nous avons tous en mémoire les ours, surpris au matin dans une forêt de pins, par Ivan Chichkine, sans doute son tableau le plus connu car sa reproduction enveloppe désormais les bonbons dont les écoliers russes raffolent. Ivan Chichkine (1832-1891) est un peintre forestier dont le talent donne le vertige.

Un bel article de Jean Pinon, « Forêt, arbres et arbustes russes », (in Revue Forestière, Fr. LXX – 1-2018 – © AgroParisTech) recense les occurrences des arbres dans la peinture russe contemporaine et, particulièrement celle des Ambulants, qui à la fin du XIXe siècle ont refusé les thèmes mythologiques ou religieux imposés par le pouvoir, pour présenter les paysages de la Russie, et, particulièrement sa touffeur sylvestre.

Il écrit : « Les peintres russes ont beaucoup travaillé dans la forêt boréale autour de Moscou (Abramtsevo), de Saint-Pétersbourg (Peterhof, la Neva et ses affluents) et l’île de Valaam (Carélie). En Crimée, leurs sites favoris étaient Alupka, Gursuf et Bakhtchissaraï. Les principales essences forestières représentées par les peintres russes sont, par ordre décroissant de fréquence : le Bouleau (38,8 % du total des essences majeures), l’Épicéa (22,7 %), le Pin (14,0 %), le Chêne (7,9 %), le Cyprès (6,3 %), le Peuplier (4,8 %), le Saule (4,8 %) et le Hêtre (0,6 %). Elles représentent les deux tiers des œuvres russes inventoriées. (…) Les peintres russes se sont intéressés à toutes sortes de dommages subis par les arbres. Il s’agit souvent d’adversités climatiques. Plusieurs toiles illustrent les dommages dus au vent. Savrassov, dans Après l’orage a peint un arbre couché en partie par le vent, Nikolaï Georgievich Makovski (Bois en été) montre un chablis, Klever (La Forêt) associe chablis et volis. Kontchalovski (Les Arbres dénudés) suggère une défeuillaison et quelques rameaux cassés. Ce dernier illustre aussi le givre couvrant un feuillu (Arbre givré) et la défeuillaison consécutive au déficit hydrique (Sécheresse). La foudre tombée sur un arbre est suggérée par Maxime Nikiforovich Vorobiev dans une œuvre dépouillée et très esthétique (La Tempête. Le Chêne foudroyé). Polenov a illustré l’incendie de forêt (La Forêt brûlée). Dans Cimetière forestier, Chichkine montre de nombreux troncs d’épicéa au sol, couverts de neige, sans que la cause soit précisée.

Le plus productif est Ivan Ivanovitch Chichkine (1832-1898), peintre de la forêt boréale et aussi le plus figuratif de tous. Certaines de ses peintures sont si précises qu’elles pourraient être confondues avec des photographies. Ses contemporains l’ont, à juste titre, surnommé le Titan de la forêt. Ivan Nikolaïevitch Kramskoï l’a peint en 1873 dans une tenue bien adaptée au travail en forêt. La précision de son trait et le souci du détail suggèrent une observation attentive in situ. Il a surtout peint des chênes (généralement vénérables développés sans concurrence en espace ouvert), des pins (sylvestres) et de remarquables pinèdes, parfois des épicéas, des bouleaux. Sa réputation se traduisit par l’édition de plusieurs timbres russes, l’un le représentant en portrait et d’autres montrant certains de ses tableaux (Matin dans une forêt de pinChamp de seigle, Dans le Nord sauvage). La Guinée et le Mozambique lui ont aussi dédié des timbres. »

Nous avions reçu en 2018 et 2019, la peintre Olga Kataeva, qui est aussi une spécialiste d’Eisenstein, actuellement à l’honneur dans la future exposition du Centre Metz Beaubourg. Nous espérons sur le village de Chavaniac-Lafayette, le lieu du Festival de création, admirer encore plus la relation que les populations russes et non-russes ont tissé avec la forêt nourricière, thème de notre prochain Festival 2020.

Babayagas, l’ours Michka, contes russes et mystères des confins forestiers…

Chamanismes et plantes hallucinogènes

Un article du Monde écrit par le journaliste Frédéric Joignot (édition du 2 août 2019) écrit ceci :

« Du 28 août au 1er septembre, la première Université d’été du chamanisme ouvrira ses portes à Cogolin (Var). Elle sera animée par « des scientifiques, des chercheurs, des anthropologues, des écrivains et des représentants de traditions celte, néo-zélandaise, maori, shintoïste, congolaise et mexicaine », nous dit-on au Cercle de sagesse de l’union des traditions ancestrales, qui a déjà orchestré du 25 au 28 avril à Genac (Charente) le douzième Festival du chamanisme. L’événement, alternant débats, évocations de la « Terre-Mère » et cérémonies coutumières, a accueilli « 180 chamans et femmes ou hommes médecines » venus des cinq continents, et attiré quelque 4 000 visiteurs.

Cet engouement pour le chamanisme, considéré par certains anthropologues comme la religion originelle de l’humanité, se manifeste en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada depuis une quinzaine d’années. Rassemblements, conférences, cursus universitaires se succèdent, et des milliers d’Occidentaux se rendent régulièrement en Amazonie pour participer avec des chamans guérisseurs (curanderos, de l’espagnol curar, « soigner ») à des rituels de prise d’ayahuasca (du quechua aya, « défunt », « esprit », « âme », et huasca, « corde », « liane »), une boisson indigène médicinale hallucinogène à base de plantes macérées. D’après le médecin et historien équatorien Plutarco Naranjo, auteur de Mitos, tradiciones y plantas alucinantes (Université Simon Bolivar, 2012, non traduit), l’ayahuasca est utilisée depuis 2000 à 4000 ans par les Amérindiens, qui la surnomment « la liane de l’âme ». M. Naranjo reproche d’ailleurs à Claude Lévi-Strauss d’avoir sous-estimé l’importance des plantes psychoactives dans les civilisations précolombiennes. »

Ne pas oublier que le chamanisme est une médiation de soin à l’autre et de rééquilibre subtil du monde qui environne le chaman. La communauté et la relation qui le relie à la communauté reste le fondement de sa pratique de dialogue avec les plantes, le cosmos et les esprits.
Forêt nourricière, oui, mais dans sa diversité et ses aventures… les mystérieuses ramifications de la conscience augmentée et du vivant.

Cet article très documenté signale les dernières publications internationales liées au chamanisme, particulièrement les expériences liées à cette liane magique qui peut se révéler tragique pour des utilisateurs inexpérimentés.
Si les philosophies du chamanisme mettent en valeur le fait que la forêt est un espace de soin dans sa diversité spirituelle, la liane de l’ayahuasca n’est pas une condition nécessaire pour devenir chaman… Heureusement l’être humain peut puiser en lui et dans son attention au monde vivant des expériences qui le dispensent de drogues.

Photographies ( ombre rivière Guyane) et peintures « Foret des âmes » Sylvie Dallet.

Logo Urubamba.

Récits de la Fête des Plantes

Une fête c’est d’abord un récit construit ou imaginé de différents points de vues. Un kaléidoscope de souvenirs.
Ceux ci vont être complétés dans ce mois de juillet propice à l’écriture et aux images. une retraite nécessaire en Auvergne qui se pare de sorties pour le plaisir de estivants. Une grande banderole de tissu peinte par Eddy saint Martin annonce les deux salles d’exposition : celle des Arts ForeZtiers et celle de leur partenaire Adrienne et Eugénie…

Nous allons raconter la buvette tenue par les cuisinières Anne et Fanny Monsonis tandis que Gilbert Schoon et Martine Guitton s’activent à leurs côtés pour proposer tripes et soupe d’ortie aux convives. Pascal Masson qui les accompagne au trombone. Des petites tables protégées du soleil par les parasols de Lolly, présentés lors du premier Festival en 2010.

Une exposition photographique originale sur des pinces à linge en extérieur par Albert David secondé de Céline Mounier, qui, par deux fois, nous brosse une sensible et brillante conférence sur la reforestation urbaine en Inde.

Retour de voyage et d’expérience…

Des insectes et des plantes peintes par Diane Cazelles. Des sculptures en tôle d’Eddy Jean Rémy venu d’Haïti. Un petit tableau de fleurs et de fruits peint par Ermeline Dodici d’après les maitres hollandais du XVIe siècle.
Des images insolites de la Guyane par Sylvie Dallet…

Des photographies de jardins russes d’Olga Kataeva et de Kirill Bugaev.

Feuilles- Kirill Bugaev

Fête des Plantes à Chavaniac-Lafayette les 1 et 2 juin

L’association festival des Arts Foreztiers participe à la foire « Fête des plantes » organisée par l’association Les Jardins Fruités, le week-end du 1 et 2 juin 2019 à Chavaniac Lafayette. Le thème en est « jardins au naturel »…

A la Ferme saint Eloi, devant la grille du Château dans le jardin et dans la grange… ancienne ferme restaurée des Lafayette

Plusieurs artistes sont pressentis et seront présents pour continuer le dialogue des Arts ForeZtiers sur le jardin et les dépendances de la Ferme Saint Éloi, devant le château de Chavaniac.

Pour l’occasion, la mandragore géante créée par Franck Watel (avec Eddy Saint-Martin) pour le Festival 2018 sera de sortie…

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Ce partenariat des Arts ForeZtiers aux Jardins Fruités s’exprime par un exposition d’oeuvres originales liées au jardins du monde (Guyane, Russie, France) :

– les photographies inédites de Sylvie Dallet (jardins de Guyane, route de Saint Laurent du Maroni) d’Albert David (les pins de boulange du Zouave et fleurs étranges)

et celles de deux artistes russes : Olga Kataeva (Lignes de vie au Jardin) et Kirill Bugaev (les jardins historiques de Kommunal et de Peterhof, Russie)

Olga Kataeva Rose neige
Feuilles- Kirill Bugaev
  • des peintures d’Eddy Saint-Martin et de Diane Cazelles, des sculptures forgées des Forgerons de Noailles et bien d’autres surprises créatives et artistiques…
  • et toujours le partage de l’écurie historique de la Ferme Saint Éloi avec l’association « Adrienne et Eugénie » qui y exposera des dizaines de photographies locales..
  • et aussi une buvette et la possibilité de goûter des tripes à l’ancienne et la soupe d’orties, préparées par Anne Monsonis et Gilbert Schoon
  • des conférences sur la reforestation en Inde par les globe-reporters des Arts ForeZtiers, Céline Mounier et Albert David à 16 heures le samedi et le dimanche