Le grand micocoulier, paysage aux souhaits par Enki Dou (et Hiroshige)

Le micocoulier (genre Celtis) est un arbre qui pousse d’Asie en Europe sous des latitudes tempérées. Sa capacité à croitre par branches à trois fourches l’associe traditionnellement aux travaux et aux outils des champs et ses fruits sont très appréciés des enfants et des oiseaux. Dès le Moyen-Âge, associé à la religion, tel en témoigne son étymologie occitane de « bois sacré », le micocoulier était planté à côté d’une chapelle, d’une église (il servait souvent de clocher) ou d’un monastère : de ce fait, il devint souvent « l’arbre à palabres » du village, garant de sa longévité.

Au XIXe siècle, de l’autre côté du monde, le graveur japonais Hiroshige met en scène l’apparition des esprits-renards de feu autour de l’arbre micocoulier (estampe 118 Cent vus d’Edo, septembre 1857). Cette information shintoïste, transmise par le Blog De paysage et paysage (article « Le renard blanc ») rédigé par un flâneur poète, Enki Dou, du nom du compagnon sauvage et sincère (n’est-ce pas la même chose ?) de Gilgamesh, dont l’épopée amicale  fonde la mythique mésopotamienne.
Le contemporain Enki Dou analyse ainsi l’estampe d’Hiroshige, replaçant le micocoulier au centre du monde des souhaits de bonheur et de prospérité, associé à l’année qui commence : « Dans cette composition nocturne, sous un ciel gris bleuâtre parsemé d’étoiles, des renards phosphorescents au-dessus desquels planaient de mystérieuses fumerolles sont réunis au pied d’un grand micocoulier (enoki) à Ôji, au nord d’Edo, près du sanctuaire shintô d’Inari, la divinité du riz. L’attention est concentrée sur ce groupe près de l’arbre au premier plan, cependant qu’à une certaine distance apparaissent plusieurs autres renards qui se dirigent vers le premier groupe mais qui ne sont encore que de petits points lumineux perdus dans le fond de l’image. L’intense luminosité autour des renards contraste fortement avec l’obscurité nocturne et donne un effet dramatique et mystérieux à la scène.

D’après la légende, les renards, messagers d’Inari et gardiens du temple, étaient dotés de pouvoirs surnaturels.  Ils étaient censés se réunir avec leurs forces magiques sous cet arbre la nuit du dernier jour de l’année pour adorer Inari afin de protéger la récolte et conjurer le mauvais sort; alors émanaient d’eux des feux follets qui brûlaient à leur côté comme autant de flambeaux alimentés par leur haleine. C’était le moment pour les paysans de formuler des vœux : du nombre de renards et de la forme de leurs fumeroles dépendait l’abondance de la récolte à venir. Les paysans se rendaient ensuite au sanctuaire d’Ōji Inari (ou Shōzoku Inari), où le dieu leur confiait différentes tâches à accomplir pendant la nouvelle année. Lorsque mourut le grand arbre de l’époque de Hiroshige, les habitants décidèrent d’en planter un nouveau vénéré de nos jours encore. »

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