Mélèze de mon Jardin, par Maryse Emel

C’était mon mélèze. Fort, robuste et au milieu du jardin. Probablement qu’il m’avait murmuré que ce lieu était le mien. Je m’y installais.
Il me donnait des racines sans que je ne l’aie jamais su. L’habitude de le voir dans ce quotidien sans doute avait transformé sa présence en absence. Il était là et je ne voyais rien.
Tellement élevé vers le ciel que tout le monde avait renoncé à remettre en cause cette grandeur exclusive. Les autres arbres faisaient profil bas.
Les jours de tempête il accompagnait les bourrasques du vent. Il m’effrayait aussi. Mais après il n’y avait plus qu’à ramasser les brindilles, les sécher et faire le feu dans la cheminée.
Il résistait à tout. Mes enfants couraient autour, jouant à des jeux d’enfants, invisibles aux adultes.
C’était mon mélèze.
Il est toujours là. Moi j’ai dû partir, découvrant alors soudain sa présence dans cette absence que j’avais choisie.
Il me donnait des racines, je n’en ai plus. On peut toujours se consoler en en appelant à la raison. Mais sur ce coup, impuissante la raison !
Je n’ai jamais su pourquoi sa présence ne cesse jamais de m’étreindre.
Je n’ai jamais réussi à me fixer comme disent trop de gens.
Le souvenir est là, je le vois, moi qui oublie si vite un passé qui m’incommode.
C’était mon mélèze. Je le sens très fort. D’autres que moi s’en approchent.
Moi, je pleure encore parfois.
Maryse Emel

5 réflexions au sujet de « Mélèze de mon Jardin, par Maryse Emel »

      1. Parfois l’arbre comme l’animal, imprègne le nom d’une personne en profondeur : le mélèze, arbre cosmique pour les Sibériens habite la signature de la personne.
        Maryse Emel, n’est ce pas aussi « Mary Melèse » ?

          1. Il y a une solitude de l’arbre qui n’est pas abandon. Je lui parlais souvent.
            J’étais moi aussi dans la solitude de la maladie.
            J’avais un autre arbre dans ce jardin. C’était un lilas. Il était d’un mauve assez unique.
            Au début il habitait ma terrasse. Tout rabougri et sans fleur.
            Je le transportais là-bas. Là-bas, c’était une rue. Elle avait pour nom ma date de naissance.
            Là-bas j’y avais vécu ma petite enfance.
            Ault.
            La mer m’attirait mais pas autant que ce jardin la première fois que je le vis.
            Le lilas s’y développa avec aise.
            Un drôle d’arbre. Le tronc disparaissait.
            Quand j’ai dû partir je n’ai pas réussi à l’abandonner.
            J’ai longtemps souhaité la mort de ces arbres.
            Le lilas et le mélèze sont toujours en moi…
            Mon fils me ramène ses fleurs.
            Du mélèze on ne parle pas.
            J’ai sa force qui me rappelle qu’il faut tenir et vaincre l’impossible.

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