Archives de catégorie : Sylvie Dallet

Chamanismes et plantes hallucinogènes

Un article du Monde écrit par le journaliste Frédéric Joignot (édition du 2 août 2019) écrit ceci :

« Du 28 août au 1er septembre, la première Université d’été du chamanisme ouvrira ses portes à Cogolin (Var). Elle sera animée par « des scientifiques, des chercheurs, des anthropologues, des écrivains et des représentants de traditions celte, néo-zélandaise, maori, shintoïste, congolaise et mexicaine », nous dit-on au Cercle de sagesse de l’union des traditions ancestrales, qui a déjà orchestré du 25 au 28 avril à Genac (Charente) le douzième Festival du chamanisme. L’événement, alternant débats, évocations de la « Terre-Mère » et cérémonies coutumières, a accueilli « 180 chamans et femmes ou hommes médecines » venus des cinq continents, et attiré quelque 4 000 visiteurs.

Cet engouement pour le chamanisme, considéré par certains anthropologues comme la religion originelle de l’humanité, se manifeste en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada depuis une quinzaine d’années. Rassemblements, conférences, cursus universitaires se succèdent, et des milliers d’Occidentaux se rendent régulièrement en Amazonie pour participer avec des chamans guérisseurs (curanderos, de l’espagnol curar, « soigner ») à des rituels de prise d’ayahuasca (du quechua aya, « défunt », « esprit », « âme », et huasca, « corde », « liane »), une boisson indigène médicinale hallucinogène à base de plantes macérées. D’après le médecin et historien équatorien Plutarco Naranjo, auteur de Mitos, tradiciones y plantas alucinantes (Université Simon Bolivar, 2012, non traduit), l’ayahuasca est utilisée depuis 2000 à 4000 ans par les Amérindiens, qui la surnomment « la liane de l’âme ». M. Naranjo reproche d’ailleurs à Claude Lévi-Strauss d’avoir sous-estimé l’importance des plantes psychoactives dans les civilisations précolombiennes. »

Ne pas oublier que le chamanisme est une médiation de soin à l’autre et de rééquilibre subtil du monde qui environne le chaman. La communauté et la relation qui le relie à la communauté reste le fondement de sa pratique de dialogue avec les plantes, le cosmos et les esprits.
Forêt nourricière, oui, mais dans sa diversité et ses aventures… les mystérieuses ramifications de la conscience augmentée et du vivant.

Cet article très documenté signale les dernières publications internationales liées au chamanisme, particulièrement les expériences liées à cette liane magique qui peut se révéler tragique pour des utilisateurs inexpérimentés.
Si les philosophies du chamanisme mettent en valeur le fait que la forêt est un espace de soin dans sa diversité spirituelle, la liane de l’ayahuasca n’est pas une condition nécessaire pour devenir chaman… Heureusement l’être humain peut puiser en lui et dans son attention au monde vivant des expériences qui le dispensent de drogues.

Photographies ( ombre rivière Guyane) et peintures « Foret des âmes » Sylvie Dallet.

Logo Urubamba.

Fête des Plantes à Chavaniac-Lafayette les 1 et 2 juin

L’association festival des Arts Foreztiers participe à la foire « Fête des plantes » organisée par l’association Les Jardins Fruités, le week-end du 1 et 2 juin 2019 à Chavaniac Lafayette. Le thème en est « jardins au naturel »…

A la Ferme saint Eloi, devant la grille du Château dans le jardin et dans la grange… ancienne ferme restaurée des Lafayette

Plusieurs artistes sont pressentis et seront présents pour continuer le dialogue des Arts ForeZtiers sur le jardin et les dépendances de la Ferme Saint Éloi, devant le château de Chavaniac.

Pour l’occasion, la mandragore géante créée par Franck Watel (avec Eddy Saint-Martin) pour le Festival 2018 sera de sortie…

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Ce partenariat des Arts ForeZtiers aux Jardins Fruités s’exprime par un exposition d’oeuvres originales liées au jardins du monde (Guyane, Russie, France) :

– les photographies inédites de Sylvie Dallet (jardins de Guyane, route de Saint Laurent du Maroni) d’Albert David (les pins de boulange du Zouave et fleurs étranges)

et celles de deux artistes russes : Olga Kataeva (Lignes de vie au Jardin) et Kirill Bugaev (les jardins historiques de Kommunal et de Peterhof, Russie)

Olga Kataeva Rose neige
Feuilles- Kirill Bugaev
  • des peintures d’Eddy Saint-Martin et de Diane Cazelles, des sculptures forgées des Forgerons de Noailles et bien d’autres surprises créatives et artistiques…
  • et toujours le partage de l’écurie historique de la Ferme Saint Éloi avec l’association « Adrienne et Eugénie » qui y exposera des dizaines de photographies locales..
  • et aussi une buvette et la possibilité de goûter des tripes à l’ancienne et la soupe d’orties, préparées par Anne Monsonis et Gilbert Schoon
  • des conférences sur la reforestation en Inde par les globe-reporters des Arts ForeZtiers, Céline Mounier et Albert David à 16 heures le samedi et le dimanche

Ann Eisner, peintre de la forêt des Pygmées

L’artiste new-yorkaise Anne Eisner (1911-1967) vécut dans l’ancien Congo belge (aujourd’hui la République démocratique du Congo) de 1940 et 1950. La passion qui la liait au très original anthropologiste de terrain Patrick Putnam l’amène à séjourner dans le Camp Putnam (station de recherche, lieu d’hébergement et dispensaire médical qui porte aujourd’hui le nom d’Epulu) à la lisière de la forêt tropicale humide de l’Ituri. Son engagement auprès des populations de la région l’a, ensuite, convaincue de s’y installer et de partager la vie des populations autochtones. 

Ann Eisner voyait la forêt comme un refuge, attentive à la relation sociale et philosophique que les Pygmées Mbuti avaient tissé avec cette sylve profonde. Engagée dans le quotidien de cette population qui lui avait accordé sa confiance, elle a élevé à leur demande, trois bébés orphelins Pygmées, dans la tradition étendue des « mères » de la forêt. Cette tradition s’inscrit dans un réseau secourable qui comporte les grand-tantes, les tantes et les voisines. Fascinée par une organisation sociale proche de l’entraide des arbres, l’artiste s’inspire aussi des manifestions artistiques locales, inscrites sur de l’écorce battue ou sur les corps. L’analogie entre l’écorce et le corps est évidente.

Peinture Ann Eisner (collection privée)

La peinture d’Ann Eisner comporte cette réflexion sur la trace de la forêt dans es rapports sociaux. À son retour aux États-Unis, elle fait don à l’Américain Museum of America History de 22 écorces battues et autres objets de sa collection.

Village Pygmée de la forêt


Un article lui est consacré dans les Cahiers du GRHFF de 2017 : « La forêt des sens : art, communauté et durabilité » par Christie McDonald, Kevin Tervala et Suzanne Blier, suite à une exposition qui s’est déroulée à Harvard en mars 2016, où les archives d’Ann Eisner sont conservées.
Par ailleurs, un ouvrage illustré publié en Italie sous la direction de Christie Mc Donald, (Images du Congo : Anne Eisner’s Art and Ethnography, 1946-1958), évoque de cette expérience immersive, qu’Ann Eisner décrit elle-même au travers de son livre publié en 1954, Madami : My eight years among the Pygmées (Harvard Press).

Photographies issues de l’article du GHFF.

Anna Maria Sibylla MERIAN, naturaliste et peintre du XVIII°siècle

Parlons un peu d’une femmes botaniste et peintre de l’époque moderne, injustement oubliée des livres d’art français. L’Allemagne lui rendit un hommage décalé en imprimant son visage sur les premiers Deutsche marks du XXème siècle. Exploratrice du Suriname, alors colonie hollandaise, elle entre dans la jungle pour y étudier la vie des papillons.

Orpheline de père très jeune, Maria Sybilla Merian  (1647-1717) est une gloire  de l’école naturaliste allemande, peintre et scientifique tout à la fois. Remarquée pour son talent précoce, elle entre dans l’atelier de gravure de son beau-père, tout en se passionnant l’étude du cycle de vie et de la métamorphose des papillons ; elle décrit et représente les chenilles, les chrysalides, les spécimens adultes. En parallèle, elle s’intéresse aux plantes dont ils se nourrissent et aux parasites des cocons, et en réalise de nombreuses esquisses détaillées.

En 1675,  fait paraître son premier ouvrage, intitulé Nouveau livre de fleurs (Neues Blumenbuch). Consacré à la botanique, le livre s’attache à la description de plantes et de fleurs auxquelles elle s’est intéressée en étudiant le cycle de vie des papillons. Après la naissance de sa deuxième fille, Dorotha Maria, elle publie l’ouvrage La chenille, merveilleuse transformation et étrange nourriture florale (Der Raupen wunderbare Verwandlung und sonderbare Blumennahrung).

En 1685, Maria quitte son mari et part avec sa mère et ses deux filles vivre dans la communauté protestante  des labaristes du château de Waltha, dans la Frise occidentale. Elle y passera quelques années, tout en continuant son travail sur les chenilles. En 1690, elle demande le divorce. L’année suivante, elle se déclare veuve bien que son mari soit toujours en vie.

En 1692, la communauté de Waltha est dissoute et Maria part vivre avec ses filles à Amsterdam. Là, elle se lance dans la transmission de savoirs et enseigne en particulier à Rachel Ruysch, qui deviendra peintre à son tour. Elle gagne sa vie en réalisant des illustrations et se lance dans la collection de spécimens naturels, notamment insectes et coquillages. Ces collections sont alors très à la mode aux Pays-Bas, et Maria fréquente d’autres collectionneurs.
À travers ses collections, Maria découvre et s’intéresse aux papillons du Suriname, colonie de guyanaise des Pays-Bas. En juillet 1699, elle décide d’y partir en voyage avec sa fille Dorothea pour étudier la faune et la flore tropicale.  Maria obtient alors une bourse d’études et vend ses collections pour financer son voyage.

Après deux mois de voyage, Maria et sa fille parviennent au Surimane et effectuent plusieurs excursions dans le pays, accompagnées par des esclaves amérindiens qui les assistent dans leur travail.  Hébergée dans une communauté pieuse de Paramaribo,  aux confins de la Guyane française, Maria réalise de nombreux dessins de la flore locale et s’intéresse particulièrement à la métamorphose des insectes rencontrés. Au cours de son voyage, Maria contracte le paludisme et tombe gravement malade. Contrainte à rentrer aux Pays-Bas, elle emporte une vaste collection d’insectes collectés sur place. Il lui faudra trois ans de travail, autour de ses dessins et croquis, pour réaliser son important ouvrage sur la faune et la flore du Suriname : Métamorphoses des insectes du Suriname (Metamorphosis insectorum Surinamensium). Son travail sur le papillon Morpho bleu fait autorité.

Frappée d’apoplexie en 1715, elle décède en 1717.

Imbroglio TÉTRAS

L’odyssée du Tétras dans les Vosges  (tetrao urogallus major) dévoile la complexité du vivant sur le territoire forestier montagnard. Ce gallinacé sauvage apparait désormais comme un véritable “bio-indicateur culturel, une“espèce parapluie” dont la disparition entrainerait la fragilisation d’autres espèces locales: gélinottes, lagopèdes mais aussi mousses et autres expressions vivantes de la biodiversité dont j’oublie les noms de famille.

Nous assistons pourtant à une véritable amnésie écologique du public envers ce volatile étrange et lourdaud, le plus gros des galliformes européens, dont mes lectures d’enfance ont été bercées. Le Grand Tétras est, en effet,  un magnifique coq de bruyère, aux plumes bleu nuit et aux sourcils rouges, dont la France protège deux sous-espèces disséminées sur l’arc jurassien et dans les Pyrénées. Espèce en danger en Belgique, dans les Cévennes et dans les Vosges, le Tétras se complait en Scandinavie et en Autriche où, en abondance, il est chassé. Routinier à l’extrême, il ne bouge guère de l’endroit où il a conquis ses femelles, amoureux casanier des clairières et des lisières claires de forêts de résineux. La femelle pond 6 à 7 oeufs qui sont régulièrement mangés par les renards ou piétinés par les sangliers. On observe cependant que les femelles, naguère attachées à leurs bruyères comme le mâle, commencent à explorer des espaces nouveaux, jusqu’à se déplacer dans des contrées où elles se trouvent, dixit les forestiers, “en détresse sexuelle…”

Les notes qui vont suivre, traduisent et interprètent la rare réflexion collective à laquelle j’ai participé en novembre 2018 à Strasbourg, vingt ans après qu’un premer état de la question ait été dressé collectivement par des scientifiques et des forestiers réunis.  Pour la plupart, les organisateurs de la première réunion étaient présents, ce qui renforçait son importance. Cette seconde journée de concertation avait pris pour titre, “l’Avenir du Grand Tétras dans les Vosges, questions sociales & écologiques”. Pour marquer cette urgence, les pompiers avaient prêté leur amphithéâtre, dans une symbolique qui mérite d’être mentionnée, dès l’introduction.

Cette concertation entendait dresser le bilan des processus interactifs dont la Nature et l’humanité sont coutumiers : La saga du Grand Tétras navigue entre son lit de myrtilles et les prédateurs animaux et humains, mais plus encore signale une lecture symbolique de la biodiversité. Dans la problématique de l’environnement (et du réchauffement climatique), le coq de bruyère, offre un véritable imbroglio de représentations et de questions qui peuvent être la matrice d’une réflexion collective sur les espèces sauvages et leur imaginaire social.  Pour exemple, la revue Tétras Lire,lancée en 2015 par deux mamans, donne des ailes et des envies a à la jeunesse de la Région Auvergne Rhône-Alpes…

aquarelle Jules Moch

Le grand tétras est une espèce protégées, emblématique du parc naturel Régional des Ballons des Vosges pour la symbolique, mais, surtout, une archaïque espèce “proie” qui abrite sa rare nichée sous les myrtillers. Les buissons de myrtilles, broutés par les cervidés et foulés par les randonneurs, se font rares, tant est si bien que la population du Tétras  décline, passant de 1500 individus recensés en 1939 à quelque 45 en 2018, pour la plupart consanguins et affaiblis.

  Alors que faire pour développer le tétras vosgien alors que le tétras pyrénéen (tetrao aquitain) prospère avec quelque 5000 individus ?  Les Parcs sont soucieux de préserver la faune et la flore sauvages, mais aussi de donner au citadins des espaces de respiration en la nature. Pas question de les détourner des sentes des parcs, si ce n’est que de légiférer sur le VTT et surveiller les incursions pétaradantes des quads.

Grand Tétras. Famille des Phasianidés. Ordre : Galliformes

Depuis 2000, le PNR Ballons des Vosges a délimité, pour la tranquillité  de l’oiseau-symbole, des espaces de nidification, loin des sentes des randonneurs l’été et des pistes des skieurs l’hiver. Le tétras a assumé dans les Vosges un véritable rôle de bouclier pour préserver des zones de silence de la sauvagerie forestière. Malgré ces premiers soins, que d’aucuns estimaient suffisants en l’an 2000, l’oiseau se raréfie, sans pour cela affecter les gîtes en contrées plus hautes et plus froides, les lieux de ses origines. Les prédateurs humains en sont la cause, mais aussi les petits prédateurs et parfois les grands herbivores, cervidés et sangliers qui abroutent les arbustes, écrasent les oeufs ou les mangent.

Les expériences de “retours” venues des Parcs des Hautes fagnes (Belgique), d’Ardèche et des Cévènnes ont été présentées : la translocation (transport de tétras d’un lieu à un autre, pour exemple de Finlande ou des Pyrénées jusqu’en Auvergne), l’élevage (en Autriche par exemple).  De 1978 à 1994, quelque 600 oiseaux sauvages issus de Scandinavie ont ainsi été lâchés sur le parc des Cévennes à l’initiative de Christian Nappé qui a procédé également à des réintroductions sur les vautours, cerf, castors… présents sur les monts Lozère par le passé. Le tétras n’était il pas un des mets favoris du clergé à l’époque moderne ? De 2002 à 2005, 43 oiseaux autrichiens d’élevage ont été apportés sur le Mont Lozère, bagués et bichonnés, ce qui n’a pas empêché les  festins nocturnes des martres et les renards.  La confédération des chasseurs de Hautes-Pyrénées volent désormais au secours du Parc des Cévennes en leur fournissant trois à quatre oiseaux vivants chaque année, prélevés sur leurs chasses.

L’odyssée du tétras recommence, avec, à la clef, le retour des arbustes de myrtilles. L’Auvergne, en ses parcs naturels (Ardèche, Cévennes, Livradois Forez) s’intérresse de près à ce double retour, ce couple singulier, qui rappelle l’aventure gémellaire corse de la sitelle et du pin lario.
Si “aucun espace protégé n’est une île”, la solidarité écologique commence à s’exercer entre forestiers des différents parcs et, surprise, avec certains chasseurs. Les sciences humaines, attentives aux récits des origines et de la symbolique des espaces ne peuvent rester indifférentes à cette expérience. Elle met en évidence enfin outre cette solidarité écologique et symbolique à l’échelle européenne, une attention nouvelle aux “espèces- proie”, frugivores ou herbivores. Naguère, les grands carnivores (loup, ours), craints et respectés, emportaient la faveur des peuples (Amérindiens, Mongols etc…). Le déséquilibre qui advient aujourd’hui par l’abondance des sangliers et des cervidés, permet de repenser la nécessité des espèces intermédiaires et, paradoxalement de favoriser la réintroduction du loup, comme le régulateur nécessaire à cet équilibre forestier.

Un imbroglio sans doute…
De cette concertation de novembre, en y songeant, n’est ce pas l’art (issu d’une conversation avec la Nature et non plus d’une série de décisions techniques) qui se fraie un chemin dans la perspective  de l’environnement ?

 Un grand merci aux Tétras  et aux organisateurs ( PNR Ballons des Vosges -Conseil Scientifique) de cette journée d’écoute plurielle.

Sylvie Dallet

Les peintures de paysages avec Tétras ont été réalisées par le peintre animalier suédois Bruno Liljefors (1860-1939)

La couleur verte et la perception féminine

Les scientifiques pensent que la couleur verte est la première couleur que nous pouvons percevoir, analyser et décrire car nous sommes les parents des grands singes arboricoles qui connaissaient les moindres replis colorés des feuilles qui les environnaient. 

Contrairement à d’autres couleurs, qui changent de nom quand elles sont lavées de blanc ou rabattues avec du noir, comme le rouge qui devient rose ou brun, le vert conserve son nom, vert pâle ou vert foncé, vert vif ou vert grisâtre.

La sensibilité d’un œil humain dans l’obscurité (vision scotopique) est la plus grande pour une longueur d’onde d’environ 507 nm, qui serait un vert bleuâtre si on pouvait voir les couleurs dans ces conditions, tandis qu’un œil adapté à la lumière (vision photopique) est plus sensible pour une longueur d’onde de 550 à 555 nm soit un vert jaunâtre.

L’opposition des verts et des rouges forme (avec celles entre les jaunes et les bleus) et entre le noir et le blanc la base de la perception humaine des couleurs, constituée dès les cellules nerveuses ganglionaires et bipolaires, dans l’œil. Il semble que les femmes aient une meilleure vision des couleurs. À travers la plus grande partie du spectre visible, les hommes ont besoin d’une longueur d’onde légèrement plus longue que les femmes afin de percevoir exactement la même chose.

Et comme les longueurs d’ondes les plus longues sont associées aux couleurs les plus chaudes, certaines couleurs comme l’orange peuvent sembler légèrement plus rouges à un homme qu’à une femme. De même, l’herbe sera toujours plus verte aux yeux des femmes qu’aux yeux des hommes. Dans l’incapacité des hommes à distinguer les variations de teintes, les couleurs situées au milieu du spectre visible sont particulièrement touchées : les bleus, les verts, et les jaunes.

Cette petite grenouille brillante lutinée par une coccinelle (créée et multipliée par les enfants  du Centre de loisirs de Paulhaguet lors des Arts ForeZtiers 2018),  illustre parfaitement l’opposition fondamentale entre le rouge et le vert, ici pris au vif de leurs complémentarités animales.

L’Amazonie, la symphonie de l’écosytème

Un article de Sylvie Dallet :

L’Amazonie  est une  immense éco-région d’Amérique latine qui concerne neuf pays dans le monde :  Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyane française (dont la France), Guyana, Pérou et Surinam.  70% des produits latino américains sont arrosés par les eaux de l’Amazone, ou reçoivent indirectement les bienfaits de ses forêts.

Golem tropical (techniques mixtes sur papier, Sylvie Dallet)

Trente-trois millions de personnes vivent en Amazonie dont 385 peuples autochtones qui revendiquent  un respect des terres et de la forêt qui les nourrit.  La « madré selva » (la mère forêt) est associée à la Pachamama (la terre mère).  La moitié de cette éco région dispose d’une forme de protection juridique (aire naturelles protégées et territoires indigènes), mais cette protection insuffisante (comme au Brésil ou au Vénézuela)  est régulièrement contournée par les contrebandiers, les chercheurs d’or clandestins, les grandes compagnies minières ou pharmaceutiques.  Certains États comme la Colombie et le Pérou, renforcent une politique d’extension des parcs naturels et favorisent l’écotourisme. Plusieurs États ont  également décidé de donner une véritable personnalité juridique à la Nature (et ce faisant, à la forêt) : l’Équateur, la Bolivie et la Colombie. À l’inverse, le Vénézuela et le Brésil peinent à faire reconnaitre les droits de la forêt et les déboisements   continuent à s’accroître dans ces deux pays, le long des routes allogènes.

La sensibilisation planétaire à ce « poumon vert » est en marche, ce qui  ne signifie pas que les déforestations violentes, les destructions des animaux, ni les empoisonnements des rivières ont cessé, ni même ralenti significativement. Les affrontements en deviennent parfois plus sauvages, dans la lutte sans merci que se livrent les sauveteurs de la forêt et ses prédateurs. Nous avions participé voici quelques années par Les Arts ForeZtiers au combat des Kichwa (Quechua)  de Sarayaku pour préserver leurs espaces de vie, dans un État pourtant attentif aux usages et philosophies des Amérindiens : l’Équateur.

En 2012,  les Kichwa  ont remporté une victoire historique devant la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme, condamnant une concession pétrolière qui empiétait en violation des doris humains sur leurs territoires. La famille amérindienne des Gualinga  continue ce combat mené avec les artistes, par la voix de Nina Gualinga, qui fait le trait d’union entre l’Europe et l’Amazonie.    L’Amazonie est grignotée par le lancement de routes, qui coupent les espaces de reproduction des espèces et leur libre circulation.  La question se pose avec une nouvelle acuité avec le projet de « Montagne d’or », lancé sur la Guyane française qui déverserait des tonnes de cyanure dans les terres et les eaux. Paradoxe, La France avait fondé en 2007 le Parc amazonien de Guyane qui, à ce jour, est le plus grand parc naturel au monde.

Ce questionnement planétaire rappelle, à une autre échelle, le cri d’alarme des artistes et romantiques sur la forêt de Fontainebleau dans les années 1870-1872, dont je rappelle les arguments passionnés :« Pour essayer d’empêcher à l’avenir d’aussi vastes mutilations, les signataires de la pétition se sont constitués en comité de protection artistique (de la forêt de Fontainebleau, et, pour bien préciser leur but, ont voté à l’unanimité la résolution suivante ; Que la forêt de Fontainebleau doit être assimilée aux monuments nationaux et historiques qu’il est indispensable de conserver à l’admiration des artistes et des touristes, — et que sa division actuelle en partie artistique et non artistique ne doit être acceptée que sous toutes réserves.)
Les idées rétrécies réagissent sur les sentiments qui s’appauvrissent et se faussent. L’homme a besoin de l’éden pour horizon. Je sais bien que beaucoup disent: « Après nous la fin du mon Ici. C’est le plus hideux et le plus funeste blasphème que l’homme puisse proférer. C’est la formule de sa démission d’homme, car c’est la rupture du lien qui unit les générations et qui les rend solidaires les unes des autres. »

Cette mobilisation des artistes avait réussi a repousser les coupes forestières et  faire protéger les grandes forêts françaises comme autant de « réserves artistiques », réservoirs de la vie… L’essor des Parcs naturels découle de ce combat humaniste contemporain pour sauver la forêt vivante. L’Amazonie, ce géant vert partagé entre de multiples vivants et vivantes, est un autre trésor.

À consulter en publications récentes  :

  • le numéro spécial du Courrier international « Amazonie, le labo du futur » , septembre 2018
  • Z revue itinérante d’enquête et de critique sociale, numéro 12 : « Guyane, trésors et conquêtes », septembre 2018.
  •  et nos articles relatifs au combat humaniste et artistique des Quechua de Sarayaku
  • l’image mise en avant est issue d’un  livre illustré, anticolonialiste publié en 1919,  Macao & Cosmage ou l’expérience du bonheur, ouvrage rédigé par Édy Legrand. À relire, car réédité…

Artistes pollinisateurs ?

Le SIPOLL est une initiative de sciences participatives menée par le Museum d’Histoire naturelle et relayée sur la commune de Chavaniac-Lafayette par le Conservatoire des espaces naturels d’Auvergne. Devant le danger de destruction des abeilles largement commenté par les médias, le Muséum entend avertir de l’existence toute aussi nécessaire des pollinisateurs sauvages, quatre grandes familles discrètes qui travaillent à aider à la fécondation de 80% des plantes : hymènoptères (abeilles, bourdons, guêpes, tous dotés de deux paires d’ailes membraneuses), diptères (mouches  et parmi elles les syrphes, très actives qui se déguisent parfois en guêpes par la livrée rayée afin de tromper les prédateurs), coléoptères et bien sûr les papillons.

Nous connaissons l’abeille domestique, une seule espèce qui travaille en brigade hiérarchisée et butine partout où elle se trouve le précieux nectar dont nous saurons nous régaler avec les ours.  Nous avons développé une addiction à ce miel, recommandé sa valeur thérapeutique et économique,  et reconnu l’abeille comme un animal « noble » avec qui il est nécessaire de collaborer.  Mais que dire des franc- tireurs de cette armée,  ces quelque 800 espèces d’abeilles sauvages, noires, rousses ou velues, ces individualistes qui travaillent en solitaire, nichent dans les trous et les granges,  et abattent en travail spécialisé énorme ? Connaissez vous, pour exemple,  l’abeille du Lierre qui s’approvisionne ainsi que sa descendance essentiellement sur le lierre qu’elle contribue à faire vivre ?

peintures Diane Cazelles pour les Arts ForeZtiers 2018, mante religieuse Diego Martinez

Il y eut beaucoup d’insectes aux Arts Foreztiers de cette année, sous le vocable flou du Bestiaire enchanté… Les planches entomologistes de Diane Cazelles, les forgés de Diego Martinez, les bestioles de Georges Bellut, l’aoûtat de Capri… une faune inattendue qui parle à la flore, qui fait le lien avec les Botaniques célestes de l’année 2016. Tout le monde ne rêve pas de dragons et de licornes : Dragonfly en anglais ne signifie ‘t il pas  libellule ? Véro Béné attentive à la pipistrelle trouvait son écho dans les créatures apportées par la galerie Terres d’Aligre.

Il me semble qu’il faille s’interroger sur l’analogie des pollinisateurs sauvages avec les artistes, les intellectuels, les militants de l’entraide et de la créativité féconde. Pour les dénombrer, l’ampleur de la tâche est un peu vaste, mais ces insectes combattants de l’ombre qualifient les espaces où la propagande se dilue.  La quantité importe peu sauf s’ils se font rares.

Naguère, le photographe visionnaire Bernard Boisson évoquait, lors des conférences des Arts ForeZtiers (en 2015 et 2016),  la nécessité de préserver pour nous et en nous une « nature primordiale », réservoir nécessaire des transformations les plus singulières. Sylvie Dallet et Eric Delassus  l’écrivaient autrement lors de la publication en 2014 du collectif « Ethiques du Goût » :  la formation du goût peut être l’expression d’une morale exigeante et d’une survie de la qualité.

Songeons enfin, avant de refermer cet article (mais sera t’il jamais clos, tant il concerne la création dans son entraide secrète)  à cette sagesse du jardinier antique qui, parlant de ses plantes cultivées depuis des siècles  explique qu’on ne réussit une greffe que sur un « sauvageon »…

Sylvie Dallet

Plantes et bestiaires en fête

Ce que les fleurs voient… (@Sylvie Dallet)

Difficile de résumer cette intersection mystérieuse qui a conjugué à la fois la mise en scène d’un premier Bestiaire, en avant première des oeuvres des Arts Foreztiers 2018 et l’imaginaire des plantes et de leurs expressions poétiques, les fleurs.

Deux rendez-vous conjugués : la Fête des Plantes à Chavaniac Lafayette,  les deux et trois juin, avec ouverture exceptionnelle de l’écurie (dite grange Bonaventure, cf. https://www.helloasso.com/associations/les-arts-foreztiers) et le séminaire Imaginaire des fleurs ou se sont retrouvés le 6 juin,  quelques partenaires foreztiers : Ziqi Peng  (responsable du concours Chine), Weixuan Li (peintre), les parfumeurs Eva Chicoutel et Morgan Dhorme (Chidho) avec Céline Mounier et Sylvie Dallet,  régulièrement aux manoeuvres sur le facebook dédié aux Arts ForeZtiers.

La visite de l’écurie Bonaventure rassemblait les oeuvres de sept peintres et des sculpteurs,   soit 1/8 des artistes qui seront présents cet été.


Ermeline Dodici exposait dans la salle « mémoire du village » (Adrienne et Eugénie) des aquarelles de fleurs et des paysages (huiles) de la région, accrochées sur les brandes de bruyère, face aux photographies anciennes.

Véro Béné  avait apporté  deux grandes oeuvres sur kraft, carton et toile (Le cerf feuillu et les chevaux de la nuit, bien présentés sur Facebook), Sylvie Dallet  avait disposé quelques peintures  récentes (sur papier laurier Lamali et sur papier Moulin Richard de bas) , Suzy Tchang exposait son somptueux Coeur de fleurs, une oeuvre  sur papier marouflé des Arts ForeZtiers 2013, naguère présentée dans l’église  et Eddy Saint-Martin  accrochait deux oeuvres mixtes(collage, peinture et tissu). Eddy avait, par ailleurs,  réalisé à partir d’un drap de lin des années précédentes, un immense assemblage de tissus et de formes peintes de trois mètres de hauteur,  qui annonçait la manifestation à venir.   Les bénévoles ont hissé cette oeuvre sur la façade Bonaventure, en la Ferme St Eloi, épicentre du festival.

Pour la sculpture, les racines d’Alexandra Lesage (dont une racine de rosier, étrange totem …) le lézard du forgeron haïtien Jean Éddy Rémy et quatre oeuvres du sculpteur métal, Diego Martinez : deux hérons, un papillon, un aigle et une extraordinaire chauve-souris que Diego Martinez a fixé pour la photographie à une poutre de l’écurie, devant les râteliers à foin.

Danielle BOISSELIER, la liberté de l’éphémère

Ce 26 mai 2018, Céline Mounier nous adresse une belle conversation avec l’artiste, scénariste et photographe Danielle Boisselier, qui va exposer des oeuvres inédites lors du prochain  festival des Arts ForeZtiers. Cette plasticienne était présente au Festival 2016 et, fidèle à l’esprit de créativité foreztière,  nous revient avec des expériences inédites de calligraphies, de voiles et de peintures sur bois.( https://danielleboisselier.com/ )

« Nous nous sommes donné rendez-vous par téléphone avec Danielle Boisselier  un samedi après-midi alors que je sortais d’une exposition magnifique et inspirante d’un architecte japonais, Junya Ishigami. J’étais sur une terrasse de café bien agréable tandis que Danielle me racontait son art et me commentait des photos reçues dans ma boite mail peu avant. J’avais, ce jour-là, noté ceci, partagé sur la page Facebook des Arts Foreztiers : “de calligraphies volant au vent apparaissent des oiseaux”.

Céline Mounier : Danielle, je propose que nous commencions cette interview sur les calligraphies.

Danielle Boisselier : À la vérité, je peux raconter l’histoire de ma passion récurrente pour la naissance des écritures et leur développement dans les civilisations des cinq continents, les pictogrammes, les signes et les codes, leurs analogies avec les transformations actuelles, sauf que le temps était bien plus long et l’espace non planétaire. Mes expérimentations en calligraphie chinoise avec Chen Dehong et japonaise avec Shingai Tanaka viennent de là.

CM : Peux-tu en dire plus sur ces deux figures ?

DB : J’ai pratiqué la calligraphie chinoise avec l’artiste Chen Dehong et la calligraphie japonaise de 1999 à 2007 avec Shingai Tanaka. Chen Dehong travaille à Paris depuis 1982. Il mêle de façon singulière peinture et calligraphie. Pour le découvrir, L’empire du sens est un très beau livre. Shingai Tanaka, quant à lui, était président des calligraphes de Kyoto. Lui aussi est venu en France. Il a enseigné à Lyon. Il est décédé en 2007. Le musée de l’imprimerie de Lyon lui a fait un bel hommage en 2011, Hommage à Shingai Tanaka.

Voici mon hommage : Leçon avec Tanaka

CM : Tu écris des poèmes de cette expérience et en cela tu me fais penser à Henry Bauchau !

DB : Vraiment ? Tiens : « Voyages à la pointe du pinceau chargé d’encre,/le papier couché blanc est un espace ouvert,/les gris en mouvement sont autant de balises/sur un parcours sans fin…

 /« Gestes pour célébrer l’instant,/pour accueillir l’inattendu,/tracer l’élan gratuit,/la liberté de l’éphémère…/« Le dessin comme une danse/

qui génère son espace en passant… »

CM : A partir de là, tu fais des découvertes et on dirait qu’elles t’étonnent toi-même ! Raconte !

DB : Un jour, j’ai peint une calligraphie sur de la soie. J’ai laissé voler cette soie au vent et c’est à ce moment que j’ai fait cette découverte : de calligraphies volant au vent apparaissent des oiseaux. J’ai trouvé cela fantastique et j’ai laissé voler des soies au vent. Bien sûr, une soie qui vole au vent est assez fragile alors je profite du vol au vent pour sortir mon appareil photo.

CM : Pour capturer “la liberté de l’éphémère” ?

DB : Oui, c’est sûrement cela. J’aime expérimenter des synthèses variées entre geste pictural et geste photographique. Le résultat en est souvent des installations ou environnements en rapport avec la nature et si possible implantés dans un milieu naturel, prétextes à photographie et à livres d’artistes. Ces installations privilégient les impressions digitales sur textiles variés, la soie, l’abaca, grâce aux nouvelles technologies qui permettent à la photographie de trouver un support souple et tactile.

CM : Tu parles des nouvelles technologies. Tu travailles tes photos avec le logiciel Photoshop un peu comme avec ton pinceau tu calligraphies…

DB : … regarde ces nuages :

CM : Je suis en train de lire L’art du présent d’Ariane Mnouchkine, et j’ai envie de te demander si le théâtre pourrait être un milieux pour tes installations.

DB : Tu ne crois pas si bien dire : j’ai produit des scénographies et des expositions pour des groupes de musique, des compagnies de théâtre et danse contemporaine.

CM : Cette année, le thème des Arts Foreztiers, c’est Bestiaire animalier. Comment ce thème résonne-t’il pour toi ?

DB : Je suis depuis longtemps admirative des inscriptions très anciennes, sur les vases en bronze de la troisième dynastie chinoise notamment et en particulier celle-ci : « nomenclature d’animaux » et leur évocation très vivante. J’ai une tenture pour l’extérieur qui permet de les présenter. Mes « doux délires zoomorphes » seront complétés par des bois peints.

CM : Merci Danielle, j’ai hâte de voir tout cela avec tous mes sens !