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Anna Maria Sibylla MERIAN, naturaliste et peintre du XVIII°siècle

Parlons un peu d’une femmes botaniste et peintre de l’époque moderne, injustement oubliée des livres d’art français. L’Allemagne lui rendit un hommage décalé en imprimant son visage sur les premiers Deutsche marks du XXème siècle. Exploratrice du Suriname, alors colonie hollandaise, elle entre dans la jungle pour y étudier la vie des papillons.

Orpheline de père très jeune, Maria Sybilla Merian  (1647-1717) est une gloire  de l’école naturaliste allemande, peintre et scientifique tout à la fois. Remarquée pour son talent précoce, elle entre dans l’atelier de gravure de son beau-père, tout en se passionnant l’étude du cycle de vie et de la métamorphose des papillons ; elle décrit et représente les chenilles, les chrysalides, les spécimens adultes. En parallèle, elle s’intéresse aux plantes dont ils se nourrissent et aux parasites des cocons, et en réalise de nombreuses esquisses détaillées.

En 1675,  fait paraître son premier ouvrage, intitulé Nouveau livre de fleurs (Neues Blumenbuch). Consacré à la botanique, le livre s’attache à la description de plantes et de fleurs auxquelles elle s’est intéressée en étudiant le cycle de vie des papillons. Après la naissance de sa deuxième fille, Dorotha Maria, elle publie l’ouvrage La chenille, merveilleuse transformation et étrange nourriture florale (Der Raupen wunderbare Verwandlung und sonderbare Blumennahrung).

En 1685, Maria quitte son mari et part avec sa mère et ses deux filles vivre dans la communauté protestante  des labaristes du château de Waltha, dans la Frise occidentale. Elle y passera quelques années, tout en continuant son travail sur les chenilles. En 1690, elle demande le divorce. L’année suivante, elle se déclare veuve bien que son mari soit toujours en vie.

En 1692, la communauté de Waltha est dissoute et Maria part vivre avec ses filles à Amsterdam. Là, elle se lance dans la transmission de savoirs et enseigne en particulier à Rachel Ruysch, qui deviendra peintre à son tour. Elle gagne sa vie en réalisant des illustrations et se lance dans la collection de spécimens naturels, notamment insectes et coquillages. Ces collections sont alors très à la mode aux Pays-Bas, et Maria fréquente d’autres collectionneurs.
À travers ses collections, Maria découvre et s’intéresse aux papillons du Suriname, colonie de guyanaise des Pays-Bas. En juillet 1699, elle décide d’y partir en voyage avec sa fille Dorothea pour étudier la faune et la flore tropicale.  Maria obtient alors une bourse d’études et vend ses collections pour financer son voyage.

Après deux mois de voyage, Maria et sa fille parviennent au Surimane et effectuent plusieurs excursions dans le pays, accompagnées par des esclaves amérindiens qui les assistent dans leur travail.  Hébergée dans une communauté pieuse de Paramaribo,  aux confins de la Guyane française, Maria réalise de nombreux dessins de la flore locale et s’intéresse particulièrement à la métamorphose des insectes rencontrés. Au cours de son voyage, Maria contracte le paludisme et tombe gravement malade. Contrainte à rentrer aux Pays-Bas, elle emporte une vaste collection d’insectes collectés sur place. Il lui faudra trois ans de travail, autour de ses dessins et croquis, pour réaliser son important ouvrage sur la faune et la flore du Suriname : Métamorphoses des insectes du Suriname (Metamorphosis insectorum Surinamensium). Son travail sur le papillon Morpho bleu fait autorité.

Frappée d’apoplexie en 1715, elle décède en 1717.

Imbroglio TÉTRAS

L’odyssée du Tétras dans les Vosges  (tetrao urogallus major) dévoile la complexité du vivant sur le territoire forestier montagnard. Ce gallinacé sauvage apparait désormais comme un véritable “bio-indicateur culturel, une“espèce parapluie” dont la disparition entrainerait la fragilisation d’autres espèces locales: gélinottes, lagopèdes mais aussi mousses et autres expressions vivantes de la biodiversité dont j’oublie les noms de famille.

Nous assistons pourtant à une véritable amnésie écologique du public envers ce volatile étrange et lourdaud, le plus gros des galliformes européens, dont mes lectures d’enfance ont été bercées. Le Grand Tétras est, en effet,  un magnifique coq de bruyère, aux plumes bleu nuit et aux sourcils rouges, dont la France protège deux sous-espèces disséminées sur l’arc jurassien et dans les Pyrénées. Espèce en danger en Belgique, dans les Cévennes et dans les Vosges, le Tétras se complait en Scandinavie et en Autriche où, en abondance, il est chassé. Routinier à l’extrême, il ne bouge guère de l’endroit où il a conquis ses femelles, amoureux casanier des clairières et des lisières claires de forêts de résineux. La femelle pond 6 à 7 oeufs qui sont régulièrement mangés par les renards ou piétinés par les sangliers. On observe cependant que les femelles, naguère attachées à leurs bruyères comme le mâle, commencent à explorer des espaces nouveaux, jusqu’à se déplacer dans des contrées où elles se trouvent, dixit les forestiers, “en détresse sexuelle…”

Les notes qui vont suivre, traduisent et interprètent la rare réflexion collective à laquelle j’ai participé en novembre 2018 à Strasbourg, vingt ans après qu’un premer état de la question ait été dressé collectivement par des scientifiques et des forestiers réunis.  Pour la plupart, les organisateurs de la première réunion étaient présents, ce qui renforçait son importance. Cette seconde journée de concertation avait pris pour titre, “l’Avenir du Grand Tétras dans les Vosges, questions sociales & écologiques”. Pour marquer cette urgence, les pompiers avaient prêté leur amphithéâtre, dans une symbolique qui mérite d’être mentionnée, dès l’introduction.

Cette concertation entendait dresser le bilan des processus interactifs dont la Nature et l’humanité sont coutumiers : La saga du Grand Tétras navigue entre son lit de myrtilles et les prédateurs animaux et humains, mais plus encore signale une lecture symbolique de la biodiversité. Dans la problématique de l’environnement (et du réchauffement climatique), le coq de bruyère, offre un véritable imbroglio de représentations et de questions qui peuvent être la matrice d’une réflexion collective sur les espèces sauvages et leur imaginaire social.  Pour exemple, la revue Tétras Lire,lancée en 2015 par deux mamans, donne des ailes et des envies a à la jeunesse de la Région Auvergne Rhône-Alpes…

aquarelle Jules Moch

Le grand tétras est une espèce protégées, emblématique du parc naturel Régional des Ballons des Vosges pour la symbolique, mais, surtout, une archaïque espèce “proie” qui abrite sa rare nichée sous les myrtillers. Les buissons de myrtilles, broutés par les cervidés et foulés par les randonneurs, se font rares, tant est si bien que la population du Tétras  décline, passant de 1500 individus recensés en 1939 à quelque 45 en 2018, pour la plupart consanguins et affaiblis.

  Alors que faire pour développer le tétras vosgien alors que le tétras pyrénéen (tetrao aquitain) prospère avec quelque 5000 individus ?  Les Parcs sont soucieux de préserver la faune et la flore sauvages, mais aussi de donner au citadins des espaces de respiration en la nature. Pas question de les détourner des sentes des parcs, si ce n’est que de légiférer sur le VTT et surveiller les incursions pétaradantes des quads.

Grand Tétras. Famille des Phasianidés. Ordre : Galliformes

Depuis 2000, le PNR Ballons des Vosges a délimité, pour la tranquillité  de l’oiseau-symbole, des espaces de nidification, loin des sentes des randonneurs l’été et des pistes des skieurs l’hiver. Le tétras a assumé dans les Vosges un véritable rôle de bouclier pour préserver des zones de silence de la sauvagerie forestière. Malgré ces premiers soins, que d’aucuns estimaient suffisants en l’an 2000, l’oiseau se raréfie, sans pour cela affecter les gîtes en contrées plus hautes et plus froides, les lieux de ses origines. Les prédateurs humains en sont la cause, mais aussi les petits prédateurs et parfois les grands herbivores, cervidés et sangliers qui abroutent les arbustes, écrasent les oeufs ou les mangent.

Les expériences de “retours” venues des Parcs des Hautes fagnes (Belgique), d’Ardèche et des Cévènnes ont été présentées : la translocation (transport de tétras d’un lieu à un autre, pour exemple de Finlande ou des Pyrénées jusqu’en Auvergne), l’élevage (en Autriche par exemple).  De 1978 à 1994, quelque 600 oiseaux sauvages issus de Scandinavie ont ainsi été lâchés sur le parc des Cévennes à l’initiative de Christian Nappé qui a procédé également à des réintroductions sur les vautours, cerf, castors… présents sur les monts Lozère par le passé. Le tétras n’était il pas un des mets favoris du clergé à l’époque moderne ? De 2002 à 2005, 43 oiseaux autrichiens d’élevage ont été apportés sur le Mont Lozère, bagués et bichonnés, ce qui n’a pas empêché les  festins nocturnes des martres et les renards.  La confédération des chasseurs de Hautes-Pyrénées volent désormais au secours du Parc des Cévennes en leur fournissant trois à quatre oiseaux vivants chaque année, prélevés sur leurs chasses.

L’odyssée du tétras recommence, avec, à la clef, le retour des arbustes de myrtilles. L’Auvergne, en ses parcs naturels (Ardèche, Cévennes, Livradois Forez) s’intérresse de près à ce double retour, ce couple singulier, qui rappelle l’aventure gémellaire corse de la sitelle et du pin lario.
Si “aucun espace protégé n’est une île”, la solidarité écologique commence à s’exercer entre forestiers des différents parcs et, surprise, avec certains chasseurs. Les sciences humaines, attentives aux récits des origines et de la symbolique des espaces ne peuvent rester indifférentes à cette expérience. Elle met en évidence enfin outre cette solidarité écologique et symbolique à l’échelle européenne, une attention nouvelle aux “espèces- proie”, frugivores ou herbivores. Naguère, les grands carnivores (loup, ours), craints et respectés, emportaient la faveur des peuples (Amérindiens, Mongols etc…). Le déséquilibre qui advient aujourd’hui par l’abondance des sangliers et des cervidés, permet de repenser la nécessité des espèces intermédiaires et, paradoxalement de favoriser la réintroduction du loup, comme le régulateur nécessaire à cet équilibre forestier.

Un imbroglio sans doute…
De cette concertation de novembre, en y songeant, n’est ce pas l’art (issu d’une conversation avec la Nature et non plus d’une série de décisions techniques) qui se fraie un chemin dans la perspective  de l’environnement ?

 Un grand merci aux Tétras  et aux organisateurs ( PNR Ballons des Vosges -Conseil Scientifique) de cette journée d’écoute plurielle.

Sylvie Dallet

Les peintures de paysages avec Tétras ont été réalisées par le peintre animalier suédois Bruno Liljefors (1860-1939)

La couleur verte et la perception féminine

Les scientifiques pensent que la couleur verte est la première couleur que nous pouvons percevoir, analyser et décrire car nous sommes les parents des grands singes arboricoles qui connaissaient les moindres replis colorés des feuilles qui les environnaient. 

Contrairement à d’autres couleurs, qui changent de nom quand elles sont lavées de blanc ou rabattues avec du noir, comme le rouge qui devient rose ou brun, le vert conserve son nom, vert pâle ou vert foncé, vert vif ou vert grisâtre.

La sensibilité d’un œil humain dans l’obscurité (vision scotopique) est la plus grande pour une longueur d’onde d’environ 507 nm, qui serait un vert bleuâtre si on pouvait voir les couleurs dans ces conditions, tandis qu’un œil adapté à la lumière (vision photopique) est plus sensible pour une longueur d’onde de 550 à 555 nm soit un vert jaunâtre.

L’opposition des verts et des rouges forme (avec celles entre les jaunes et les bleus) et entre le noir et le blanc la base de la perception humaine des couleurs, constituée dès les cellules nerveuses ganglionaires et bipolaires, dans l’œil. Il semble que les femmes aient une meilleure vision des couleurs. À travers la plus grande partie du spectre visible, les hommes ont besoin d’une longueur d’onde légèrement plus longue que les femmes afin de percevoir exactement la même chose.

Et comme les longueurs d’ondes les plus longues sont associées aux couleurs les plus chaudes, certaines couleurs comme l’orange peuvent sembler légèrement plus rouges à un homme qu’à une femme. De même, l’herbe sera toujours plus verte aux yeux des femmes qu’aux yeux des hommes. Dans l’incapacité des hommes à distinguer les variations de teintes, les couleurs situées au milieu du spectre visible sont particulièrement touchées : les bleus, les verts, et les jaunes.

Cette petite grenouille brillante lutinée par une coccinelle (créée et multipliée par les enfants  du Centre de loisirs de Paulhaguet lors des Arts ForeZtiers 2018),  illustre parfaitement l’opposition fondamentale entre le rouge et le vert, ici pris au vif de leurs complémentarités animales.

L’Amazonie, la symphonie de l’écosytème

Un article de Sylvie Dallet :

L’Amazonie  est une  immense éco-région d’Amérique latine qui concerne neuf pays dans le monde :  Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyane française (dont la France), Guyana, Pérou et Surinam.  70% des produits latino américains sont arrosés par les eaux de l’Amazone, ou reçoivent indirectement les bienfaits de ses forêts.

Golem tropical (techniques mixtes sur papier, Sylvie Dallet)

Trente-trois millions de personnes vivent en Amazonie dont 385 peuples autochtones qui revendiquent  un respect des terres et de la forêt qui les nourrit.  La « madré selva » (la mère forêt) est associée à la Pachamama (la terre mère).  La moitié de cette éco région dispose d’une forme de protection juridique (aire naturelles protégées et territoires indigènes), mais cette protection insuffisante (comme au Brésil ou au Vénézuela)  est régulièrement contournée par les contrebandiers, les chercheurs d’or clandestins, les grandes compagnies minières ou pharmaceutiques.  Certains États comme la Colombie et le Pérou, renforcent une politique d’extension des parcs naturels et favorisent l’écotourisme. Plusieurs États ont  également décidé de donner une véritable personnalité juridique à la Nature (et ce faisant, à la forêt) : l’Équateur, la Bolivie et la Colombie. À l’inverse, le Vénézuela et le Brésil peinent à faire reconnaitre les droits de la forêt et les déboisements   continuent à s’accroître dans ces deux pays, le long des routes allogènes.

La sensibilisation planétaire à ce « poumon vert » est en marche, ce qui  ne signifie pas que les déforestations violentes, les destructions des animaux, ni les empoisonnements des rivières ont cessé, ni même ralenti significativement. Les affrontements en deviennent parfois plus sauvages, dans la lutte sans merci que se livrent les sauveteurs de la forêt et ses prédateurs. Nous avions participé voici quelques années par Les Arts ForeZtiers au combat des Kichwa (Quechua)  de Sarayaku pour préserver leurs espaces de vie, dans un État pourtant attentif aux usages et philosophies des Amérindiens : l’Équateur.

En 2012,  les Kichwa  ont remporté une victoire historique devant la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme, condamnant une concession pétrolière qui empiétait en violation des doris humains sur leurs territoires. La famille amérindienne des Gualinga  continue ce combat mené avec les artistes, par la voix de Nina Gualinga, qui fait le trait d’union entre l’Europe et l’Amazonie.    L’Amazonie est grignotée par le lancement de routes, qui coupent les espaces de reproduction des espèces et leur libre circulation.  La question se pose avec une nouvelle acuité avec le projet de « Montagne d’or », lancé sur la Guyane française qui déverserait des tonnes de cyanure dans les terres et les eaux. Paradoxe, La France avait fondé en 2007 le Parc amazonien de Guyane qui, à ce jour, est le plus grand parc naturel au monde.

Ce questionnement planétaire rappelle, à une autre échelle, le cri d’alarme des artistes et romantiques sur la forêt de Fontainebleau dans les années 1870-1872, dont je rappelle les arguments passionnés :« Pour essayer d’empêcher à l’avenir d’aussi vastes mutilations, les signataires de la pétition se sont constitués en comité de protection artistique (de la forêt de Fontainebleau, et, pour bien préciser leur but, ont voté à l’unanimité la résolution suivante ; Que la forêt de Fontainebleau doit être assimilée aux monuments nationaux et historiques qu’il est indispensable de conserver à l’admiration des artistes et des touristes, — et que sa division actuelle en partie artistique et non artistique ne doit être acceptée que sous toutes réserves.)
Les idées rétrécies réagissent sur les sentiments qui s’appauvrissent et se faussent. L’homme a besoin de l’éden pour horizon. Je sais bien que beaucoup disent: « Après nous la fin du mon Ici. C’est le plus hideux et le plus funeste blasphème que l’homme puisse proférer. C’est la formule de sa démission d’homme, car c’est la rupture du lien qui unit les générations et qui les rend solidaires les unes des autres. »

Cette mobilisation des artistes avait réussi a repousser les coupes forestières et  faire protéger les grandes forêts françaises comme autant de « réserves artistiques », réservoirs de la vie… L’essor des Parcs naturels découle de ce combat humaniste contemporain pour sauver la forêt vivante. L’Amazonie, ce géant vert partagé entre de multiples vivants et vivantes, est un autre trésor.

À consulter en publications récentes  :

  • le numéro spécial du Courrier international « Amazonie, le labo du futur » , septembre 2018
  • Z revue itinérante d’enquête et de critique sociale, numéro 12 : « Guyane, trésors et conquêtes », septembre 2018.
  •  et nos articles relatifs au combat humaniste et artistique des Quechua de Sarayaku
  • l’image mise en avant est issue d’un  livre illustré, anticolonialiste publié en 1919,  Macao & Cosmage ou l’expérience du bonheur, ouvrage rédigé par Édy Legrand. À relire, car réédité…

Artistes pollinisateurs ?

Le SIPOLL est une initiative de sciences participatives menée par le Museum d’Histoire naturelle et relayée sur la commune de Chavaniac-Lafayette par le Conservatoire des espaces naturels d’Auvergne. Devant le danger de destruction des abeilles largement commenté par les médias, le Muséum entend avertir de l’existence toute aussi nécessaire des pollinisateurs sauvages, quatre grandes familles discrètes qui travaillent à aider à la fécondation de 80% des plantes : hymènoptères (abeilles, bourdons, guêpes, tous dotés de deux paires d’ailes membraneuses), diptères (mouches  et parmi elles les syrphes, très actives qui se déguisent parfois en guêpes par la livrée rayée afin de tromper les prédateurs), coléoptères et bien sûr les papillons.

Nous connaissons l’abeille domestique, une seule espèce qui travaille en brigade hiérarchisée et butine partout où elle se trouve le précieux nectar dont nous saurons nous régaler avec les ours.  Nous avons développé une addiction à ce miel, recommandé sa valeur thérapeutique et économique,  et reconnu l’abeille comme un animal « noble » avec qui il est nécessaire de collaborer.  Mais que dire des franc- tireurs de cette armée,  ces quelque 800 espèces d’abeilles sauvages, noires, rousses ou velues, ces individualistes qui travaillent en solitaire, nichent dans les trous et les granges,  et abattent en travail spécialisé énorme ? Connaissez vous, pour exemple,  l’abeille du Lierre qui s’approvisionne ainsi que sa descendance essentiellement sur le lierre qu’elle contribue à faire vivre ?

peintures Diane Cazelles pour les Arts ForeZtiers 2018, mante religieuse Diego Martinez

Il y eut beaucoup d’insectes aux Arts Foreztiers de cette année, sous le vocable flou du Bestiaire enchanté… Les planches entomologistes de Diane Cazelles, les forgés de Diego Martinez, les bestioles de Georges Bellut, l’aoûtat de Capri… une faune inattendue qui parle à la flore, qui fait le lien avec les Botaniques célestes de l’année 2016. Tout le monde ne rêve pas de dragons et de licornes : Dragonfly en anglais ne signifie ‘t il pas  libellule ? Véro Béné attentive à la pipistrelle trouvait son écho dans les créatures apportées par la galerie Terres d’Aligre.

Il me semble qu’il faille s’interroger sur l’analogie des pollinisateurs sauvages avec les artistes, les intellectuels, les militants de l’entraide et de la créativité féconde. Pour les dénombrer, l’ampleur de la tâche est un peu vaste, mais ces insectes combattants de l’ombre qualifient les espaces où la propagande se dilue.  La quantité importe peu sauf s’ils se font rares.

Naguère, le photographe visionnaire Bernard Boisson évoquait, lors des conférences des Arts ForeZtiers (en 2015 et 2016),  la nécessité de préserver pour nous et en nous une « nature primordiale », réservoir nécessaire des transformations les plus singulières. Sylvie Dallet et Eric Delassus  l’écrivaient autrement lors de la publication en 2014 du collectif « Ethiques du Goût » :  la formation du goût peut être l’expression d’une morale exigeante et d’une survie de la qualité.

Songeons enfin, avant de refermer cet article (mais sera t’il jamais clos, tant il concerne la création dans son entraide secrète)  à cette sagesse du jardinier antique qui, parlant de ses plantes cultivées depuis des siècles  explique qu’on ne réussit une greffe que sur un « sauvageon »…

Sylvie Dallet

Plantes et bestiaires en fête

Ce que les fleurs voient… (@Sylvie Dallet)

Difficile de résumer cette intersection mystérieuse qui a conjugué à la fois la mise en scène d’un premier Bestiaire, en avant première des oeuvres des Arts Foreztiers 2018 et l’imaginaire des plantes et de leurs expressions poétiques, les fleurs.

Deux rendez-vous conjugués : la Fête des Plantes à Chavaniac Lafayette,  les deux et trois juin, avec ouverture exceptionnelle de l’écurie (dite grange Bonaventure, cf. https://www.helloasso.com/associations/les-arts-foreztiers) et le séminaire Imaginaire des fleurs ou se sont retrouvés le 6 juin,  quelques partenaires foreztiers : Ziqi Peng  (responsable du concours Chine), Weixuan Li (peintre), les parfumeurs Eva Chicoutel et Morgan Dhorme (Chidho) avec Céline Mounier et Sylvie Dallet,  régulièrement aux manoeuvres sur le facebook dédié aux Arts ForeZtiers.

La visite de l’écurie Bonaventure rassemblait les oeuvres de sept peintres et des sculpteurs,   soit 1/8 des artistes qui seront présents cet été.


Ermeline Dodici exposait dans la salle « mémoire du village » (Adrienne et Eugénie) des aquarelles de fleurs et des paysages (huiles) de la région, accrochées sur les brandes de bruyère, face aux photographies anciennes.

Véro Béné  avait apporté  deux grandes oeuvres sur kraft, carton et toile (Le cerf feuillu et les chevaux de la nuit, bien présentés sur Facebook), Sylvie Dallet  avait disposé quelques peintures  récentes (sur papier laurier Lamali et sur papier Moulin Richard de bas) , Suzy Tchang exposait son somptueux Coeur de fleurs, une oeuvre  sur papier marouflé des Arts ForeZtiers 2013, naguère présentée dans l’église  et Eddy Saint-Martin  accrochait deux oeuvres mixtes(collage, peinture et tissu). Eddy avait, par ailleurs,  réalisé à partir d’un drap de lin des années précédentes, un immense assemblage de tissus et de formes peintes de trois mètres de hauteur,  qui annonçait la manifestation à venir.   Les bénévoles ont hissé cette oeuvre sur la façade Bonaventure, en la Ferme St Eloi, épicentre du festival.

Pour la sculpture, les racines d’Alexandra Lesage (dont une racine de rosier, étrange totem …) le lézard du forgeron haïtien Jean Éddy Rémy et quatre oeuvres du sculpteur métal, Diego Martinez : deux hérons, un papillon, un aigle et une extraordinaire chauve-souris que Diego Martinez a fixé pour la photographie à une poutre de l’écurie, devant les râteliers à foin.

Danielle BOISSELIER, la liberté de l’éphémère

Ce 26 mai 2018, Céline Mounier nous adresse une belle conversation avec l’artiste, scénariste et photographe Danielle Boisselier, qui va exposer des oeuvres inédites lors du prochain  festival des Arts ForeZtiers. Cette plasticienne était présente au Festival 2016 et, fidèle à l’esprit de créativité foreztière,  nous revient avec des expériences inédites de calligraphies, de voiles et de peintures sur bois.( https://danielleboisselier.com/ )

« Nous nous sommes donné rendez-vous par téléphone avec Danielle Boisselier  un samedi après-midi alors que je sortais d’une exposition magnifique et inspirante d’un architecte japonais, Junya Ishigami. J’étais sur une terrasse de café bien agréable tandis que Danielle me racontait son art et me commentait des photos reçues dans ma boite mail peu avant. J’avais, ce jour-là, noté ceci, partagé sur la page Facebook des Arts Foreztiers : “de calligraphies volant au vent apparaissent des oiseaux”.

Céline Mounier : Danielle, je propose que nous commencions cette interview sur les calligraphies.

Danielle Boisselier : À la vérité, je peux raconter l’histoire de ma passion récurrente pour la naissance des écritures et leur développement dans les civilisations des cinq continents, les pictogrammes, les signes et les codes, leurs analogies avec les transformations actuelles, sauf que le temps était bien plus long et l’espace non planétaire. Mes expérimentations en calligraphie chinoise avec Chen Dehong et japonaise avec Shingai Tanaka viennent de là.

CM : Peux-tu en dire plus sur ces deux figures ?

DB : J’ai pratiqué la calligraphie chinoise avec l’artiste Chen Dehong et la calligraphie japonaise de 1999 à 2007 avec Shingai Tanaka. Chen Dehong travaille à Paris depuis 1982. Il mêle de façon singulière peinture et calligraphie. Pour le découvrir, L’empire du sens est un très beau livre. Shingai Tanaka, quant à lui, était président des calligraphes de Kyoto. Lui aussi est venu en France. Il a enseigné à Lyon. Il est décédé en 2007. Le musée de l’imprimerie de Lyon lui a fait un bel hommage en 2011, Hommage à Shingai Tanaka.

Voici mon hommage : Leçon avec Tanaka

CM : Tu écris des poèmes de cette expérience et en cela tu me fais penser à Henry Bauchau !

DB : Vraiment ? Tiens : « Voyages à la pointe du pinceau chargé d’encre,/le papier couché blanc est un espace ouvert,/les gris en mouvement sont autant de balises/sur un parcours sans fin…

 /« Gestes pour célébrer l’instant,/pour accueillir l’inattendu,/tracer l’élan gratuit,/la liberté de l’éphémère…/« Le dessin comme une danse/

qui génère son espace en passant… »

CM : A partir de là, tu fais des découvertes et on dirait qu’elles t’étonnent toi-même ! Raconte !

DB : Un jour, j’ai peint une calligraphie sur de la soie. J’ai laissé voler cette soie au vent et c’est à ce moment que j’ai fait cette découverte : de calligraphies volant au vent apparaissent des oiseaux. J’ai trouvé cela fantastique et j’ai laissé voler des soies au vent. Bien sûr, une soie qui vole au vent est assez fragile alors je profite du vol au vent pour sortir mon appareil photo.

CM : Pour capturer “la liberté de l’éphémère” ?

DB : Oui, c’est sûrement cela. J’aime expérimenter des synthèses variées entre geste pictural et geste photographique. Le résultat en est souvent des installations ou environnements en rapport avec la nature et si possible implantés dans un milieu naturel, prétextes à photographie et à livres d’artistes. Ces installations privilégient les impressions digitales sur textiles variés, la soie, l’abaca, grâce aux nouvelles technologies qui permettent à la photographie de trouver un support souple et tactile.

CM : Tu parles des nouvelles technologies. Tu travailles tes photos avec le logiciel Photoshop un peu comme avec ton pinceau tu calligraphies…

DB : … regarde ces nuages :

CM : Je suis en train de lire L’art du présent d’Ariane Mnouchkine, et j’ai envie de te demander si le théâtre pourrait être un milieux pour tes installations.

DB : Tu ne crois pas si bien dire : j’ai produit des scénographies et des expositions pour des groupes de musique, des compagnies de théâtre et danse contemporaine.

CM : Cette année, le thème des Arts Foreztiers, c’est Bestiaire animalier. Comment ce thème résonne-t’il pour toi ?

DB : Je suis depuis longtemps admirative des inscriptions très anciennes, sur les vases en bronze de la troisième dynastie chinoise notamment et en particulier celle-ci : « nomenclature d’animaux » et leur évocation très vivante. J’ai une tenture pour l’extérieur qui permet de les présenter. Mes « doux délires zoomorphes » seront complétés par des bois peints.

CM : Merci Danielle, j’ai hâte de voir tout cela avec tous mes sens !

Fêtes des Plantes à Chavaniac et Imaginaire des Fleurs à Paris

Orchidée de Guyane (@ L. Pagès)

 Deux dates à retenir  en Auvergne  (Fêtes des Plantes) et à Paris (Imaginaire des Fleurs).

Les 2 et 3 juin 2018 (du samedi 14 h au dimanche 18 heures), l’association Jardins Fruités organise sa 23e Fête des plantes à Chavaniac-Lafayette, une première dans le village car les précédentes éditions se déroulaient au Château de Saint-Vidal, près du Puy-en-Velay. Pour cette manifestation qui se déroule sur la Cour et les jardins du Château de Chavaniac, une cinquantaine d’exposants sont réunis.

Cette Fête des Plantes  s‘organise autour du thème : « FLEURS des Deux Mondes (France et Amérique du Nord) »

Fleur Cacatoes (photo Albert David)

Dans la rue qui mène au Conservatoire botanique du Massif central à la Ferme Saint-Éloi, plusieurs associations vont animer des rencontres (https://www.facebook.com/jardins.fruites).

Le Festival des Arts Foreztiers s’associe à cette manifestation et présentera des œuvres peintes des années précédentes à la Ferme Saint-Éloi, qui  ouvrira exceptionnellement la grange Bonaventure pour accueillir les curieux et présenter le programme  de juillet 2018. Pour l’occasion, le Festival partage gracieusement cette grange de la Ferme avec l’association Adrienne & Eugénie partenaire du Festival depuis 2016. L’association Adrienne & Eugénie, qui nous a aidé à mettre la grange au propre,  va présenter des photographies anciennes du village cependant que Festival leur prête des peintures paysagères du Pays de Lafayette.

Cerisiers Montreuiil (photo S. Dallet)

Mercredi  6 juin en après-midi de 14 à 18 heures) , L’Institut Charles Cros (http://www.institut-charles-cros.eu/?page_id=185), membre fondateur et soutien du Festival des Arts ForeZtiers, organise à Paris (24 rue des écoles à l’Espace Harmattan) sous la responsabilité de Sylvie Dallet, le séminaire de recherche Éthiques & Mythes de la Création (EMC), qui porte ce jour  l’intitulé  :

« Imaginaire des FLEURS« .

Six intervenants dans une palette d’expressions exceptionnelles : Sylvie Dallet recevra l’historienne Valérie Chansigaud, le collectionneur Frédéric Rolland,  la spécialiste des séries de science-fiction Monika Siejka pour évoquer un thème d’été !

Se joignez à nous les deux créateurs de la parfumerie naturelle CHIDHO (le Puy en Velay)  Morgan Dhorne et Eva Chicoutel, ainsi que la photographe Christelle Westphal  et ses coiffes végétales…

Le séminaire EMC est hébergé par l’Harmattan  et son entrée  est libre dans la mesure des places disponibles de 14 h à 18 h.  le détail sdes communications est consultable sur le site Web de l’Institut Charles Cros.

Contact : sylvie.dallet@uvsq.fr

Le printemps arrive !

Quelques mots délicieux sur le printemps qui arrive …

Le poète allemand Friedrich SCHILLER écrit  au XIXème siècle, cette phrase prophétique :

« La fantaisie est un éternel printemps »

Qui annonce ce poème contemporain du Français Jean-Claude BRINETTE :

La noce des oiseaux

« Les arbres se sont habillés de couleurs pastels,
Jonquilles, crocus ont bravé la fraîcheur du temps,
Que déjà, les oiseaux publient leurs noces dans le ciel.
Neiges et froidures sont parties : «  vive le Printemps ! « 

Immense symphonie, où des millions de fleurs,
Se mélangent en un jour, aux bourgeons de velours
D’un coup de baguette magique : le ciel sort ses couleurs
Pour éblouir nos yeux, il devient troubadour.

Dans un ballet de cabrioles fantastiques
Les oiseaux dansent, s’accouplent et préparent leur nid,
Guidés par une force invisible et mystique,
Leur chant monte en hommage : au Maître de Symphonie.

Les oiseaux se sont embrassés sur les branches,
Et des angelots coquins ont ajusté leurs flèches…
Étrange ! tout ce que le Printemps en un jour change !

Les arbres se sont habillés de couleurs pastels,
Tandis que sous leurs branches les amoureux de mèche,
Se content fleurette quand roucoulent les tourterelles. »

 

Cette phrase et ce poème peuvent être agréablement complétés par ce 13 eme délice, exprimé par l’essayiste chinois  JIN Shengtan, écrivain du XVIIème siècle (traduit par Simon Leys dans un hommage au linguiste Etiemble) qui s’exclame avec humour  :

 » Il a fait mauvais temps pendant tout un mois, sans discontinuer. J’en suis tellement déprimé que ce matin, je n’ai plus le coeur de me lever. Tout à coup, j’entends une multitude d’oiseaux dont les appels annoncent une journée radieuse. Je m’empresse de soulever le store et repousser le volets et que vois je ? Le soleil resplendit, la forêt verdoie, lavée de frais. Ah, quel délice ! »

Que dire de plus ?   Pourquoi bouder notre plaisir ? Vive le printemps !

 Sylvie DALLET : « Le printemps arrive !« , peinture mixte (acrylique & pastel) sur papier Lamali Laurier (75 cm x 48 cm, mars 2018)

Regards animaux par Isabelle Lambert

Isabelle Lambert, enseignante d’arts plastiques dans la Loire et peintre de talent, nous adresse  quelques images fortes de grands mammifères, qui formeront, par leurs regards singuliers,  une installation originale lors du Festival des Arts Foreztiers 2018.

Chimpanzé, panthère, loup, ours… Des œuvres peintes contemplent la femme qui les peint. Nous avons demandé à Georges Chapouthier, biologiste et philosophe,  spécialiste  de la relation animale (cf : Kant et le chimpanzé, éditions Belin, 2009) de réagir sur ces peintures étonnantes. Voici ses Réflexions sur les peintures d’Isabelle Lambert, envoyé quelques heures après avoir reçu les images :

« Point n’est besoin de souligner l’extrême ambiguïté qui a, depuis toujours, guidé les rapports de l’espèce humaine et des autres espèces animales, qui partagent avec elle la planète bleue. Des rapports faits de sympathie et d’hostilité, d’amour et de haine, d’affection et de cruauté, de tendresse et de violence, de vie et de mort. Les progrès de la science ont permis de souligner, de nos jours, l’étonnante proximité des animaux à sang chaud et des êtres humains. D’où la reconnaissance – récente – des aptitudes, voire des droits de nos proches cousins.

Mais au-delà de la vérité objective de la science, quelle meilleure approche que le vécu existentiel de relation homme-animal ? Et pour ce faire, quoi de mieux que l’approche d’une artiste comme Isabelle Lambert, qui va rechercher la relation existentielle dans ce qu’elle offre de plus profond : le regard, avec tout ce qu’il apporte de communication et de témoignage sur la vie intérieure de celui dans lequel on sait plonger ses yeux.

Tous les parfums de la jungle et toutes les ruses du primate se retrouvent dans le regard ironique du chimpanzé. La saveur sauvage de la proie et la rousseur des tropiques se reflètent dans les yeux méfiants et le regard froid de la panthère. Le loup communique à la fois l’appel des steppes et une socialité si proche de la nôtre. Le regard implorant de l’ours plaide pour le goût de miel des fleurs de la montagne et contre l’extinction des espèces par les caprices de l’être humain…

Parce qu’elle plonge dans le regard brut de l’animal, notre frère, Isabelle Lambert sait nous plonger dans l’infini des difficultés et des joies  de la vie qu’il contient.

Et à partir de ce petit morceau d’échange sensoriel et d’émotion artistique, elle nous fait basculer dans le mystère même de l’être.

Georges Chapouthier