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À travers les enchevêtrements, retrouver les traces de flux.

La nature pour les artistes est un sujet de contemplation et l’occasion d’élaborer une pensée personnelle. Mais aujourd’hui, il faut me semble-t-il, y ajouter une réflexion sur les stratégies de résistance et de guérison.

Que pouvons-nous faire devant la perte du sens et les ravages de la financiarisation ?
Devant le danger, la nature crée ses solutions de survie.
La création artistique permet d’expérimenter certaines procédures qu’emploie la nature pour se régénérer. Elle élabore petit à petit une conscience qui ne fait pas que réfléchir la nature, elle la pénètre de l’intérieur pour la comprendre et s’en faire une force alliée.
Ma série des Fougères est une tentative de cet acabit. Cette série de fusains et de peintures est une méditation sur la création inaugurée il y a trente ans, qui continue à interroger la formation du visible et le renforcement du vivant. Cela se traduit par une revitalisation de la matière, une régénération de la forme et de l’espace.Fougères-au-soleil-titrée-Branche-de-hêtre-au-soleil-titrée-
Quand le chaos hypnotise les sens et immobilise l’esprit, rester simple. Malgré la complexité, attendre de percevoir la géométrie des choses. À travers les enchevêtrements, retrouver les traces de flux. Court-circuiter l’incompréhensible en s’installant dans le non savoir. Vivre le geste pictural, sentir la plante. Être, comprendre plutôt que représenter.
La vitalité émerge alors par la touche pulsive, le sens de la forme. La matière respire dans l’interpénétration des matériaux hétérogènes. Au hasard des rencontres, la couleur et la matière ordonnent le passage mystérieux du visible. Des multiples couches de ce chaos sensible émerge le trajet lisible et puissant de la sève.
Pour appréhender le désordre des Fougères j’utilise les fractales de Mandelbrot. La fractale est une forme complexe, qui se déploie à l’identique du tout petit au plus grand. Son arborescence passe avec aisance d’une échelle à l’autre, de la terminaison végétale à la feuille, de la branche à la plante sans autre transformation que le développement infini de l’arborescence.
Ce développement majestueux n’est-il pas la source d’une régénération infinie ?

Martine Salzmann

Le centre du monde par Suzy Tchang

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Le centre du monde.

 L’artiste peintre Suzy Tchang nous adresse ces mots qui accompagnent son magnifique tableau, créé pour les Arts ForeZtiers 2015 :

Le centre est le début de tout – c’est peut être aussi la fin.
« Tout dépend du point de vue duquel on se place,
et de l’importance qu’on accorde à la chose par rapport à l’idée que l’on s’en fait (cf. Jérome Glorie).
La légende des œuvres par les artistes fait hausser les sourcils de plus d’un.
Décrypter le Sensible afin de rendre l’œuvre ainsi expliquée accessible.
Nous y voilà !
Mon arbre, mon Centre, m’est apparu comme une apparition, une illumination presque sans prévenir, et mon travail d’artiste a consisté surtout à coller le plus possible à cette vision.
C’est le jeu du paradoxe: confronter et sentir l’écart entre deux phénomènes :
La densité du centre – la légèreté du vide.
La lumière éclatante – l’ombre presque inexistante.
La texture des branches – transparence de l’air.
Les branches épaisses aux couleurs indéfinissables – l’exactitude et la finesse d’autres.
L’expansion des branches – l’attraction circulaire.

Arrêtons de tout vouloir expliquer et laissons nous porter par nos sensations, laissons la porte ouverte à nos émotions, voilà un bon exercice accessible à qui accepte de se laisser surprendre.

« Le centre du Monde », acrylique sur toile, pigments, blanc de Meudon.
217 X 267 cm. crée pour  les Arts Foreztiers 2015, sera présenté à Chavaniac lors du festival.

Le grand micocoulier, paysage aux souhaits par Enki Dou (et Hiroshige)

Le micocoulier (genre Celtis) est un arbre qui pousse d’Asie en Europe sous des latitudes tempérées. Sa capacité à croitre par branches à trois fourches l’associe traditionnellement aux travaux et aux outils des champs et ses fruits sont très appréciés des enfants et des oiseaux. Dès le Moyen-Âge, associé à la religion, tel en témoigne son étymologie occitane de « bois sacré », le micocoulier était planté à côté d’une chapelle, d’une église (il servait souvent de clocher) ou d’un monastère : de ce fait, il devint souvent « l’arbre à palabres » du village, garant de sa longévité.

Au XIXe siècle, de l’autre côté du monde, le graveur japonais Hiroshige met en scène l’apparition des esprits-renards de feu autour de l’arbre micocoulier (estampe 118 Cent vus d’Edo, septembre 1857). Cette information shintoïste, transmise par le Blog De paysage et paysage (article « Le renard blanc ») rédigé par un flâneur poète, Enki Dou, du nom du compagnon sauvage et sincère (n’est-ce pas la même chose ?) de Gilgamesh, dont l’épopée amicale  fonde la mythique mésopotamienne.
Le contemporain Enki Dou analyse ainsi l’estampe d’Hiroshige, replaçant le micocoulier au centre du monde des souhaits de bonheur et de prospérité, associé à l’année qui commence : « Dans cette composition nocturne, sous un ciel gris bleuâtre parsemé d’étoiles, des renards phosphorescents au-dessus desquels planaient de mystérieuses fumerolles sont réunis au pied d’un grand micocoulier (enoki) à Ôji, au nord d’Edo, près du sanctuaire shintô d’Inari, la divinité du riz. L’attention est concentrée sur ce groupe près de l’arbre au premier plan, cependant qu’à une certaine distance apparaissent plusieurs autres renards qui se dirigent vers le premier groupe mais qui ne sont encore que de petits points lumineux perdus dans le fond de l’image. L’intense luminosité autour des renards contraste fortement avec l’obscurité nocturne et donne un effet dramatique et mystérieux à la scène.

D’après la légende, les renards, messagers d’Inari et gardiens du temple, étaient dotés de pouvoirs surnaturels.  Ils étaient censés se réunir avec leurs forces magiques sous cet arbre la nuit du dernier jour de l’année pour adorer Inari afin de protéger la récolte et conjurer le mauvais sort; alors émanaient d’eux des feux follets qui brûlaient à leur côté comme autant de flambeaux alimentés par leur haleine. C’était le moment pour les paysans de formuler des vœux : du nombre de renards et de la forme de leurs fumeroles dépendait l’abondance de la récolte à venir. Les paysans se rendaient ensuite au sanctuaire d’Ōji Inari (ou Shōzoku Inari), où le dieu leur confiait différentes tâches à accomplir pendant la nouvelle année. Lorsque mourut le grand arbre de l’époque de Hiroshige, les habitants décidèrent d’en planter un nouveau vénéré de nos jours encore. »

« Tout autour d’un arbre », le poème de Pascal Masson

« Tout autour d’un arbre, le soleil peut jouer, à colin-maillard, avec nos pensées.
Tout autour d’un arbre, la terre sait inhumer, toute feuille glabre, ou déjà séchée
Tout autour de mon arbre, j’ai laissé mes regrets, j’ai rendu les armes, et pleuré l’été.
Tout autour d’un arbre, l’âme se fait consoler, et nos larmes essuyées, par un cercle de fées.
Tout autour d’un arbre, les lunes esseulées, font des ombres bavardes, des reflets discrets.
Tout autour d’un arbre, le sol sait écouter, tout nos grands palabres, nos petits secrets.
Tout autour de mon arbre, la nuit j’ai demandé, d’être sous tes charmes, m’y abandonner.
Tout autour d’un arbre, l’amour se fait désirer, et nos âmes attisées, par un cercle de fées.
Tout autour d’un arbre, les nuages sont liées, aux chants des feuillards, à la canopée.
Tout autour d’un arbre, l’herbe se laisse caresser, par de maintes idées, généreux projets.
Tout autour de mon arbre, j’ai envie de tisser, de nouveaux départs, vers le monde entier.
Tout autour d’un arbre, le temps nous fait voyager, nos amarres libérées, par un cercle de fées.
Tout autour d’un arbre, le vent est parolier, pour les milliards, de feuilles accordées.
Tout autour d’un arbre, les parfums oubliés, reviennent en mémoires, comme une mélopée.
Tout autour de mon arbre, les musiques inventées se jouent du hasard, des formes déposées.
Tout autour d’un arbre, l’air et l’eau danse enlacés, et nos bras invités, dans le cercle des fées…     « 

photo S. Dallet

Gilbert de Lafayette, de la Forêt à la Révolution, par Joseph Delteil

En 1928, l’écrivain Joseph Delteil, proche des surréalistes, publie un livre étonnant sur Lafayette qu’il décrit comme le frère spirituel de Jeanne d’Arc, en familiarité d’esprit avec Saint François d’Assise.  « L’esprit trouve son compte dans cette pensée que La Fayette est un petit Auvergnat d’automne« .

La langue de Joseph Delteil, fils de bûcheron  et d’une mère « buissonnante », offre à la lecture une somptuosité sans égale, comparable à celle de Colette, elle même enchantée de fleurs et d’odeurs de sous-bois. Par des raccourcis somptueux de l’imaginaire, l’écrivain explique l’indépendance de Lafayette par sa fréquentation assidue des bois de Chavaniac, prélude aux immensités sylvestres de l’Amérique. Pour avancer dans cette prose foisonnante en lisière de la poésie, goûtons ces quelques lignes qui préludent à l’esprit des  arts foreztiers :

« La Forêt ! il la sent toute dans ses yeux, dans ses moelles, dans son cœur. Une aise étrange s’installe en lui. Enfin, enfin, voici la patrie de son être, sa Terre promise !  Voici l’Amérique ! ça sent la fougère glacée, le soleil humide, la fiente d’oiseau. L’air chatouille la gorge, saute dans les poumons avec un bruit cru. L’espace est dense, riche, on y patauge de la main et de l’œil. (…) on y va comme l’eau coule. Tout vit, le vent aux yeux de merle, la mousse au teint de fée, le ciel aux ailes d’arbres. Et tout est jeune, tout à l’âge de Gilbert. Quelle espèce de communion y a t’il donc entre l’âme de l’homme et l’ombre des bois ?
Dorénavant, le petit Gilbert établit dans la forêt le domicile de son âme. (…) Pour la forêt, cet enfant qu’on appellera l’homme des quatre Révolutions fit sa première révolution ».


 A suivre…

Réseaux racinaires, par Maud Boulet

Maud Boulet étudie en Master 2 d’Arts Plastiques à Rennes. Elle vient, parmi de jeunes artistes, d’être primée par un concours  « Les Artistes de demain » organisé par la Galerie Double S, associée  au Festival des Arts Foreztiers (Sylvie Dallet participe du Jury du concours) Ce concours sélectionne des oeuvres dédiées aux Quatre éléments et à la Nature, qui seront exposées en la galerie Double S  (15 rue Guénégaud, Paris) en juillet 2015.

Les dessins de Maud Boulet seront apportés et présentés au Festival des Arts Foreztiers par la Galerie Double S. Maud Boulet a crée pour le Festival un arbre  d’encre sur carte marine :

Dessinatrice de formes aquatiques et nébuleuses,  elle décrit  ainsi son travail :

« La Forme gonflée et tortueuse flotte comme une racine tirée de la terre.

Elle est issue de la rugosité de la nature végétale ;

écorce, tronc noueux, réseaux racinaires. »

L’Arbre en nous a parlé

Le poète et romancier François Cheng,  de l’Académie française a écrit, en 1998, ces mots éblouissants :

« Nous n’y pouvons rien /L’arbre en nous a parlé. »

La tradition juive et chrétienne accorde une place de choix aux arbres, par leur réalité même (la Bible mentionne une soixantaine d’espèces ligneuses), tant par les analogies spirituelles : bois du sacrifice et de la construction, ils sont toujours arbres de vie et des pourvoyeurs inlassables de cadeaux pour les humains. Un des Psaumes de la Bible dit ceci : Le juste poussera comme le palmier, il grandira comme le cèdre du Liban. Saint Bernard (1090-1153) est, avec Saint François d’Assise (1181-1226), régulièrement cité dans le Moyen Âge chrétien pour son attention aux arbres :

« Crois-en mon expérience : tu trouveras quelque chose de plus dans les bois que dans les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront ce que tu ne pourrais apprendre des plus grands maîtres ».

Au tournant du XXIème siècle, le Pape Jean-Paul II rappelle aux pélerins de Noël les bienfaits des arbres en ces termes : « Déjà, dans mon pays, j’aimais beaucoup les arbres. Lorsqu’on les regarde, ils se mettent en un certain sens à parler. Un poète considère les arbres comme des prédicateurs portant un message profond : Ils ne prêchent pas des doctrines et des recettes, mais annoncent la loi fondamentale de la vie. A travers la floraison du printemps, la maturité de l’été, les fruits de l’automne et le déclin de l’hiver, l’arbre raconte le mystère de la vie. C’est pourquoi les hommes, depuis les temps anciens, ont adopté l’image de l’arbre pour réfléchir sur les questions principales de la vie. (…)

« Comme les arbres, les hommes aussi ont besoin de racines profondément ancrées dans la terre. Seul celui qui est enraciné dans la terre fertile possède la stabilité. Il peut s’élever vers le haut pour accueillir la lumière du soleil et peut, dans le même temps, résister aux vents autour de lui. Mais celui qui croit pouvoir vivre sans fondement vit une existence incertaine qui ressemble à des racines sans terre (…) L’Apôtre Paul nous donne un bon conseil : Comme les arbres qui ont en Lui ses racines, appuyez-vous sur votre foi telle qu’on vous l’a enseignée. (…)  Recevez comme don le message de l’arbre, tel que l’a exprimé le Psalmiste :

Heureux l’homme […] qui se plaît dans la loi du Seigneur [et] murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté auprès des cours d’eau ; celui-là portera fruit en son temps et jamais son feuillage ne sèche ; tout ce qu’il fait réussit.  »

Arbres et Anabase

Le poète mauricien  Khal Torabully, compose sous ce titre un recueil de poèmes après un intense séjour en Guadeloupe. Ses poèmes sont des hymnes aux arbres caraïbes, dont ce   lamantin, « arbre dont les pieds/ chassent l’empreinte du soleil/et les murmures de la vie.. ». il rejoint par ses évocations brûlantes le souffle  du romancier Stephen Alexis et ses magnifiques « arbres musiciens »…

« Chêne dans une terre
olivier dans le désert,
banyan dans la poussière,
les noms que tu me donnes
ressemblent à une dévotion
venue de la rencontre
entre toi et la naissance du monde« 

L’arbre d’or

Du hameau d’Aubaron ( Fix-Saint-Geneys – Haute Loire), le compositeur Dominique Reynier nous envoie cette chanson… tandis que de Pébrac (Haute-Loire, Atelier du Panoramique auvergnat),  Anne- Marie Wauquier nous adresse son arbre aux monts du Dévès…

La vitre est sale /Larmes salées
De solitude / Le ciel se voile
Aux cils bleutés/  De lassitude

Refrain :  Ris le temps et chante l’heure /Pour l’arbre d’or que plie le vent

Aux rideaux blancs / Le chant des ans
Mêle des rides / Lève le pan
D’un geste lent / Trouve le vide

Refrain :   Ris le temps et chante l’heure / Pour l’arbre d’or que plie le vent

Nuages gris/ Hors de la tête
Déchire le pli/ De ta fenêtre
Au ciel à mis/ Un peu de fête
Un oiseau crie/ Ton cœur s’arrête

Refrain : Ris le temps et chante l’heure / Pour l’arbre d’or que plie le vent


Aubaron aux framboisiers (Photo Sylvie Dallet)