Troisième extrait de « Les mangeurs de nuit » de Marie Charrel

« -Natsukashii, murmure-t-elle.

-Pardon ?

Ellen quitte son poste d’observation au fond de la pièce pour la rejoindre. Elle s’attable en face d’Hannah. Dehors, la température souffle comme si le dernier jour du monde était venu. Des lames affutées déchirent le ciel où les dieux plurent des larmes de sel.

-Natsukashii, c’est un mot japonais. Il décrit le sentiment que réveille un souvenir soudain. Pas exactement de la nostalgie, une bouffée de bonheur plutôt. Un sourire fugace et joyeux. A cet instant même, le souvenir de mon père.

-Dans ma langue aussi, il existe des mots pour exprimer des nuances dont les autres peuples n’ont pas idée.

-Lesquels ?

Hannah rapproche sa chaise de la table pour l’écouter.

-Pour nous, il est impossible de résumer les différents états de l’eau en un seul mot. Nous avons Aks, le terme général, mais nous avons aussi Ksi’aamks, l’eau claire, Gwanks, l’eau claire du printemps, Gyep, l’eau profonde, Baxbeega’aks, celle des trombes marines. Même chose avec les saumons : Üüx, les coho. Misoo, les sockeyre. Sti’moon, les roses.

Hannah pense à l’enfant saumon offrant son corps au petit prince dévoré puis revenu à la vie.

C’est peut-être pour cela que les peuples se détestent, remarque-t-elle. Parce qu’ils n’ont pas les mêmes mots. Mon père disait que cela empêche les hommes de voir les choses de la même façon. Il disait aussi que les mots ont le pouvoir d’inventer le monde. Que grâce à eux, on peut reprendre ce que la vie nous arrache.

Un masque de douceur tombe sur le visage d’Ellen. Robert, son défunt époux, aurait pu tenir de tels propos. Lui aussi croyait à la puissance de la parole et des histoires. Il était convaincu que pour peu qu’ils déploient leur volonté dans cette direction, les hommes ont le pouvoir d’échapper aux lois dictées par le sang. De se libérer des choix que d’autres ont fait pour eux et des liens passés pour en tisser d’autres, plus forts encore. »

Thème « Les racines s’entremêlent »

Extrait de « L’arbre monde » de Richard Powers

« On est en 1950, et comme le jeune Cyparisse, qu’elle découvrira bientôt, la petite Patty Westerford tombe amoureuse de son cerf favori. Le sien est fait de brindilles, mais il n’en est pas moins vivant. Sans oublier : des écureuils faits avec deux coquilles de noix collées, des ours en bubble-gum, des dragons nés de cosses de caféiers du Kentucky, des fées arborant une capsule de gland, et un ange dont le corps en pomme de pin n’a besoin pour ses ailes que de deux feuilles de houx.

Elle bâtit pour ces créatures des maisons élaborées, avec des allées gravillonnées et des meubles en champignon. Elle les couche et les borde sous des couettes de pétales de magnolia. Elle veille sur elles…

Quand la tête de sa minuscule poupée de bois se détache, elle la plante dans le jardin, certaine qu’un autre corps lui repoussera.

Seul son père comprend son monde forestier… Bill Westerford emmène sa fille voir le monde.

Qu’est-ce qui est le plus nombreux : les étoiles de la Voie lactée ou les chloroplastes d’une seule feuille de maïs ? Quels arbres fleurissent avant d’avoir des feuilles, et inversement ? Pourquoi les feuilles au sommet des arbres sont-elles souvent plus petites que celles du bas ?

C’est ainsi que l’animisme des glands se transforme peu à peu en sa descendance, la botanique. Elle devient la meilleure et l’unique élève de son père pour la simple raison qu’elle seule, parmi toute la famille, voit ce qu’il sait : les plantes ont une volonté propre, de l’astuce et un but, tout comme les gens. Il lui parle, lors de leurs virées, de tous les miracles tortueux que la verdure peut concevoir. Les gens n’ont pas le monopole de l’étrangeté.

Il ramasse au sol une sorte de gros cornichon jaune qu’il lui tend. Elle l’a rarement vu aussi excité. Il saisit son couteau suisse et fend le fruit en deux, pour en exposer le beurre de la pulpe et les graines noires luisantes. A voir cette chair, elle a envie de crier de plaisir. Mais elle a la bouche pleine de pudding au caramel.

« Une papaye ! Le seul fruit tropical jamais échappé des tropiques. Le plus gros, le meilleur, le plus bizarre, le plus sauvage des fruits indigènes jamais produits sur ce continent. Et il s’est acclimaté ici, en plein Ohio. Et personne ne le sait ! »

Mais eux le savent.

Il lui explique que le mot book est issu du mot beech, en anglais comme en tant d’autres langages. Le livre est une arborescence née des racines du hêtre dans la langue originelle. Car c’est l’écorce de hêtre qui a accueilli les premières lettres du sanskrit.

Ce qu’elle préfère, ce sont les histoires où les gens se changent en arbres. Daphné, transformée en laurier juste avant qu’Apollon ne puisse l’attraper et lui faire du mal. Les meurtrières d’Orphée, retenues par la terre, qui voient leurs orteils se muer en racines, leurs jambes en troncs de bois. Elle lit le conte du jeune Cyparisse, qu’Apollon convertit en cyprès pour qu’il puisse pleurer à jamais son cerf abattu. Ses joues deviennent rouge betterave, rouge cerise, rouge pomme au récit de Myrrha, changée en myrte pour s’être glissée dans le lit de son père. Et elle pleure sur le couple fidèle, Philémon et Baucis, unis jusqu’à la fin des temps en tilleul et en chêne, récompensés d’avoir accueilli des inconnus qui se révélèrent être des dieux.

Elle relit son cher John Muir.

Nous traversons la Voie lactée tous ensemble, arbres et hommes. […] A chaque promenade avec la nature, on conçoit bien plus que ce qu’on cherche. L’accès le plus direct à l’univers, c’est une forêt sauvage.« 

Thème « Les racines s’entremêlent »

Premier extrait de « Etre la rivière » de Sacha Bourgeois-Gironde

« Très tôt dans leur histoire, les Polynésiens ont inventé des cartes à la fois cosmogoniques, mythologiques et géographiques qui situent toute chose visible dans un espace et un ordre hiérarchisé, à travers des liens d’apparentement, ce qui en facilite l’ancrage en mémoire. Ces cartes sont d’abord des cartes de navigation mentales, non écrites. En mer, pour s’orienter, il faut saisir l’interaction d’éléments de diverses natures : aériens (vents, zones à grains), terrestres (bancs de sable, écueils), et proprement marins (courants). Les maoris ont dû continuer à considérer la terre sur laquelle ils abordaient comme des navigateurs. »

Thème « La connaissance par le corps »

Premier extrait de « Philosophie de l’océan » de Roberto Casati

« La plus grande épopée maritime de tous les temps, nous le savons aujourd’hui, a été la colonisation de la Polynésie tout d’abord par des populations venant du sud-est asiatique, puis en vagues successives à partir des îles progressivement atteintes. Quand les Européens débarquèrent sur l’une ou l’autre île du Pacifique, imaginant fièrement en être les découvreurs, ils eurent l’énorme surprise de ma présence de civilisations organisées qui étaient clairement maîtresses de lieux depuis longtemps.

Dans tous les comptes rendus de la colonisation européenne ultérieure, qui dura trois siècles, on perçoit un vif sentiment de perplexité. Les Tasman, de Bougainville, Mendana, Cook connaissaient leur affaire, c’étaient des marins compétents.

Ils savaient ce que voulait dire aller en mer ; et c’est justement pour cela qu’ils ne comprenaient pas comment il avait été possible qu’avec des moyens qui leur paraissaient primitifs, sans cartes, sans instruments tel le sextant, sans théorie mathématique du ciel, et des embarcations légères, les peuples de Polynésie soient allés d’une île à l’autre sur de telles distances, ni comment ils avaient pu continuer à entretenir des commerces réguliers qui semblaient présupposer des compétences de navigation mystérieuses, presque surnaturelles.

La perplexité n’a fait que croître lorsque les détails de ces voyages ont été mis en lumière. Par exemple, on a vite réalisé que la colonisation s’est faite d’ouest en est, contre les vents et contre les courants dominants aux latitudes de la plupart des îles du Pacifique. On s’en est rendu compte en allant comparer les populations d’animaux domestiques, ceux qu’on appelle « commensaux » : chien, poulet, porc et rat.

Une autre donnée est l’évidente parenté ethnique, linguistique et de culture matérielle, entre les habitants de nombreuses îles du Pacifique.

Enfin, cela semble incroyables, quelques étapes de la colonisation de sont faites en utilisant des canoës construits avec des débris de bois flotté : morceaux trouvés sur la plage, maintenus ensemble par des coutures de fibre végétale.

Les alizés constituent l’obstacle théorique et pratique principal.

Pour expliquer la colonisation du Pacifique, ne pouvant accepter que des « primitifs » mal équipés soient capables de prouesses marines inatteignables pour les Occidentaux, ces derniers ont émis alors toutes sortes d’hypothèses au cours des quatre derniers siècles.

Te Rangi Hiroa, Nainoa Thompson, Tavake, Hipour, Mau Piailug, autant de noms qui mériteraient d’être davantage connus, derniers gardiens d’un savoir-faire qui s’est progressivement perdu ; tout comme on devrait aujourd’hui accorder davantage d’importance à l’extraordinaire histoire de de Tupaia, l’ « homme connaissance », qui s’embarque avec Cook à Tahiti, mû par la curiosité d’aller découvrir l’Europe, qui le surprend par sa capacité à prédire – sans consulter de carte – l’apparition d’une île durant la navigation et à garder ne mémoire la direction de toutes les îles alentour, et qui lui permettra  aussi de discuter avec les Maoris, une fois arrivé en Nouvelle-Zélande, à quatre mille kilomètres de Tahiti – un Aristote ou un Léonard polynésien. »

Thème « La connaissance par le corps »

Cours de danse

Circule, prend l’espace, ne fore pas, dit Patrick, je dessine l’espace, et il me plait de revenir sur un point le temps d’une fugue,

Danse grand, dit Fred, nous sentons l’énergie, suspension dans le contretemps, plié sur le temps,

Ne lâche pas le regard, dit Prince, nous sommes la murmuration qui dessine l’espace et gronde,

Ferme les yeux, dit Bénédicte, je travaille la sensation, la concentration,

Décide de chaque mouvement, dit Nam, le dessin s’expand dans la densité de la musique,

Maintiens, ne bloque pas, dit Aïga, je cherche l’équilibre, j’accepte mes vulnérabilités,

Cherche le contact, dit Patrick, la danse est relations, échanges de regards,

Entraîne-toi, trouve tes erreurs, analyse, et recommence, dit Bénédicte, je récite, je suis de plus en plus attentive,

Compte bien les temps, dit Anne, j’écoute la pulsation de la forêt, de la ville, de la musique,

Cherche en haut, cherche en bas, cherche autour, dit Patrick, le corps est instrument de connaissance,

Rassemble, souffle, propulse, inspire, dit Nam, la musique lie des profondeurs de la terre au ciel.

Thème « La connaissance par le corps »

Deuxième extrait de « Les mangeurs de nuit » de Marie Charrel

« Ellen leur apprenait à lire et tout ce qu’il y avait à savoir pour subsister sans dépendre de personne. Comment cultiver, pêcher, chasser : « Prends uniquement ce dont tu as besoin et ne jette rien, trouve une utilité à chaque chose. » Comment cueillir : « Toutes les baies sont comestibles, mais en manger trop donne la courante. ». Se soigner : « L’écorce de cèdre pour la fièvre, le champignon noir pour cicatriser ». Elle leur enseignait comment saler le saumon, pour le conserver durant l’hiver. Comment tanner les peaux. Rapiécer les vêtements. Elle leur apprenait à écouter. « Ferme les yeux. Concentre-toi sur ta respiration. Ralentis jusqu’à la caler sur le rythme de la forêt. »

Ecouter ? Tout au début, les deux garçons ne comprenaient pas de quoi elle parlait. Ils essayèrent encore et encore, sans succès, pendant des mois. Jusqu’au jour où ils n’eurent plus besoin de fermer les yeux pour sentir la forêt battre en eux comme un second cœur. Alors ils entendirent les griffes de l’ours raclant l’écorce d’un épicéa centenaire. L’eau des glaciers dévalant les pierres mouchetées de lichen. Le plongeon du louveteau découvrant la rivière. Le combat entre deux mulots pour une pomme de pin. Le craquement discret de la branche réceptionnant le bon de l’écureuil. Le crépitement du bourgeon prêt à jaillir. Ces sons les emplirent. Les deux enfants vibraient. Ils étaient ancrés à la terre et libres comme le vent.

Le soir, pour nourrir leurs rêves des images anciennes, Ellen leur narrait les contes tsimshian de son enfance. L’histoire de Petit Aigle et Aigle Seul, la légende d’Ailes coupées et Lame affutée ou encore, celle des loups et des chevreuils.

Dans la conception du monde tsimshian, les animaux possèdent un esprit semblable à celui des hommes. Ceux qu’ils nomment les hommes-saumons vivent dans des villages en aval des rivières. La saison venue, ils quittent leur enveloppe humaine pour se glisser dans le corps d’un saumon, remonte les eaux et nourrissent les Tsimshian de leur clair – mais à la condition que ceux-ci consomment la totalité des saumons, offrent leurs entrailles à la rivière et brûlent leurs arêtes. Car si le poisson n’est pas consommé entièrement, son esprit ne peut pas regagner son enveloppe humaine. Il ne pourra pas redevenir saumon l’année suivante. Le cycle est brisé.

… »

Thème « La connaissance par le corps »

« Danser, résister », par Nadia Vadory-Gauthier

« Ma danse n’existe pas en soi, elle est toujours produite par des relations. La relation (moléculaire, micropolitique, sensible, à un lieu, à quelqu’un ou à quelque chose) est première. C’est-à-dire que c’est à partir de la relation entre le danseur et le lieu, le danseur et les matériaux environnants, le danseur et d’autres personnes, passants ou amis ou qui que ce soit, que s’effectue la danse. Il n’y a pas d’un côté mon corps seul avec ses états de joie ou de tristesse, de fatigue ou d’énergie, et de l’autre le monde et les endroits que j’habite, dans lesquels je travaille ou que je traverse. C’est comme si, au fil du temps et des danses, l’un se tissait de l’autre pour composer un seul matériau, un mix corps-monde ou monde-corps, qui toujours se déroule.

Je danse chaque jour, dans les interstices de la vie courante. Je me glisse entre les choses, avec elles, je les accompagne sur un instant de leur trajectoire, je convoque de l’invisible, de l’informulé, du sensible. Je ne cherche pas la polémique ou la confrontation sur un mode binaire, j’investis un multiple, un entrelacs, une hétérogénéité.

Y aller quoi qu’il arrive. Quelles que soient l’humeur ou la forme, par toutes les météos du corps et du ciel, se contenter de peu, avoir certains jours la surprise de présents du présent, la joie indescriptible et simple d’un agencement inattendu… Y aller, rencontrer le monde immédiat, manifester, œuvrer tant bien que mal pour une poésie du quotidien, danser seule ou avec d’autres, connecter, être vivant dans la matière, être en mouvement… Danser l’instant, l’éternité d’une seconde… ; danser la vie qui passe et qui vibre dans les intervalles entre les images brillantes qui prétendent nous tenir lieu du monde. … un art (« a » minuscule) qui se mêle à la vie qui en devient indissociable… une exigence de connexion à la vie, pour « guérir la vie » en la reconnectant à ses forces fluidiques.

… Pour réaliser une minute de danse, il me faut « craquer » l’allumette du présent. »

Thème « Intensité du présent par la relation aux autres et au monde »

Dans notre nature urbaine

La ville à hauteur d’abeilles, le miel béton,

La ville à hauteur d’oiseaux, dans le vert éclatant du mois de mai,

Un levé de soleil, la Seine comme un long ruban doré déroulé jusqu’au Havre,

Le tram ce gros boa, le heurt à vélo, la chute, la peur,

Croiser le regard du conducteur, respect,

Fêter en soi chaque double-tram, un double-tram, c’est quand deux trams se croisent,

Imaginer les vies des passagers aperçus dans chaque tram,

Saluer la dame qui fait traverser les écoliers, chaque matin,

Chercher les verts et les mauves, les verts et les roses,

Retrouver chaque matin une tulipe, applaudir les premiers coquelicots,

Maudire celui qui roule à vive allure, cette gerbe d’eau qui s’infiltre dans les chaussures,

Aimer des parfums, en détester d’autres, en retrouver avec bonheur, celui du pétrichor,

Ecouter les pulsations de la ville et observer parfois des murmurations.

Thème « Intensité du présent par la relation aux autres et au monde »

Extrait de « Les abeilles grises » de Andreï Kourkov

« Les abeilles se comportaient de manière un peu trop sage. En tout cas, Sergueïtch ne percevait pas sous son corps la vibration habituelle. En revanche, il se sentait soudain en paix et en harmonie avec le monde qui faisait silence le temps du repos.

Il se rappelait le soin avec lequel Aysiku et Server, le fils de ses voisins, avaient installé les ruches. Ils avaient glissé des cailloux et des braches sous les deux ruches de l’extrémité pour que la surface offerte fut parfaitement horizontale. Le terrain était inégal, tout en creux et en bosses. Le jeune Tatar, qui s’était révélé un ami de Bekir, s’était montré dégourdi. Il avait demandé à s’allonger une minute. Puis avait lestement sauté à terre.

« Marrant ! avait-il dit. Je n’avais encore jamais essayé de coucher au-dessus d’un essaim d’abeilles ».

Et dès qu’il cessa de voir au-dessus de lui le noir océan céleste, où baignaient les étoiles et la lune, il sentit dans son dos et ses jambes la vibration des ruches. Il perçut sous lui le bourdonnement étouffé, comme si avoir les yeux clos lui rendait l’ouïe plus sensible.

L’air de la nuit criméenne portait en lui de chaudes senteurs d’herbes et de genièvre.

Il dormait. Il respirait à plein poumons, sa poitrine se soulevant vers le ciel étoilé à chaque inspiration, et s’abaissait lorsqu’il expirait. Dans la chaleur de la Crimée, bercé par la vibration de sa couche aux vertus thérapeutique, il rêvait. Dans son rêve, il dormait sur ses six ruches dans le jardin de la maison de Mala Starogradivka. »

Thème « Intensité du présent par la relation aux autres et au monde »

Premier extrait de « Les mangeurs de nuit », de Marie Charrel

« La poésie lui procure la même sérénité qu’une marche en forêt. Le sentiment d’être le maillon minuscule d’une chaîne plus grande et plus importante que lui, une cathédrale magnifique face à laquelle il n’est que poussière. Le désir de ne pas peser, de faire corps avec l’autour. Devenir le vent à travers soi.

Hannah gémit de nouveau. Il pose la main sur son épaule, ferme les yeux. Récite intérieurement le vers qu’il vient de lire. La respiration de la blessée se calme. Elle remue encore un peu, puis sombre dans un sommeil apaisé. « Je suis le marcheur de ruisseau et l’amoureux des poèmes oubliés. » Voilà ce qu’il lui dira lorsqu’elle ouvrira enfin les yeux. »

Thème « Intensité du présent par la relation aux autres et au monde »